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A Diourbel chez la famille de Nafissatou Thiam : «Le jour où la mère de Nafi, Danièle Denisty, s’est convertie à l’Islam»


De sang sénégalais, la Belgo-sénégalaise Nafissatou Thiam, 21 ans seulement, a été sacrée championne olympique de l’heptathlon au terme d’un splendide duel avec la tenante du titre la Britannique Jessica Ennis-Hill, samedi à Rio. Pour mieux faire connaître cette médaillée d’or olympique, L’Obs s’est rendu auprès de sa famille paternelle dans le quartier Keur Boumack de Diourbel où elle a passé quelques jours de vacances l’année dernière à pareille époque.

Rédigé par DakarFlash.com, le Samedi 20 Août 2016 || 3193 Partages

A Diourbel chez la famille de Nafissatou Thiam : «Le jour où la mère de Nafi, Danièle Denisty, s’est convertie à l’Islam»
 

Nafissatou Thiam souffre, elle donne tout ce qu’elle a dans cette course des 800 mètres. Elle allonge les foulées, grimace, mais ne lâche rien, elle tient la corde pour décrocher la médaille d’or de l’heptathlon. A des kilomètres de Rio (Brésil), son homonyme Nafissatou Sène, vieille mémé qui porte beau ses 87 piges, a les yeux rivés sur la télé, elle tonne d’une petite voix pour encourager son sang, sa petite fille, son homonyme. Puis, c’est le triomphe. Nafissatou Thiam, la Belgo-Sénégalaise, 21 ans, décroche l’or olympique. Elle exulte de joie, écrase une larme. Au quartier Keur Boumack à Diourbel, sa grand-mère, Nafissatou Sène, tape difficilement dans les mains, tenant son chapelet. Dans le salon de ce domicile sobre des Thiam, la joie est contagieuse. Nafissatou Thiam vient d’inscrire en lettres d’or son nom au panthéon de l’athlétisme mondial. C’est une fille en or. Le précieux métal autour du cou au moment de l’exécution de l’hymne national de la Belgique. Au Sénégal, sa grand-mère est émue quand elle la voit pleurer. Sans savoir ce qui se passe dans la tête de sa petite-fille. Sans savoir les tourments de cette fille de Bamba Thiam, l’enfant du pays qui a très tôt quitté le Sénégal pour aller chercher fortune chez les Belges. Au moment où sa mère refusait ferme la tentation de l’ailleurs. Nafi pleure, sa grand-mère sourit de plaisir. Sa petite fille est reine de l’heptathlon, ces difficiles sept épreuves qu’elle a traversées avec le cœur d’une combattante, la flamme d’une battante. Ce samedi-là, la famille Thiam de Diourbel ne l’oubliera pas de sitôt. Elle a longtemps fêté cette médaille d’or de Nafi sans rien savoir de ce qu’elle a fait de son jour d’après. Puisque dans cette famille aux revenus modestes, les priorités sont ailleurs. Même si dans cette famille, personne n’aurait cru que ce nom (Thiam) serait hissé au sommet de l’olympe. Sur la plus haute marche du podium. Tout court. Une fierté pour toute une lignée dont Nafissatou est le porte-drapeau rêvé. «Aujourd’hui, nous sommes très fiers d’elle. Nafissatou Thiam nous a honorés et a hissé notre nom plus haut», entonne-t-on en chœur au milieu de la cour familiale où les femmes ont déjà pris d’assaut la maison à l’annonce de l’arrivée des journalistes. C’est dans cette maison où les murs réclament désespérément une couche de peinture, une folie de lucre, que tout a commencé. C’est de cette localité du quartier Medinatoul à Keur Boumack que la nouvelle championne est originaire. La démarche nonchalante, Alpha Diaw, ami d’enfance du père de Nafissatou Thiam, connaît tout de la famille. Ou presque. Moulé dans un kaftan vert, l’homme est fier aujourd’hui d’avoir guidé les premiers pas de la championne olympique à Diourbel.  «Nafissatou a effectué son premier voyage au Sénégal en 1998, elle n’avait que 3 ans à ce moment. Elle, sa maman et ses autres frères vivaient dans ma maison. D’ailleurs, je me rappelle, Nafissatou, quand on mangeait, elle ne prenait pas de cuillère. Elle préférait manger avec sa main, mais avec beaucoup de difficultés», raconte-t-il.
 

«Le jour où la mère de Nafi, Danièle Denisty, s’est convertie à l’Islam»
 

Taille moyenne, teint clair, Alpha Diaw se souvient du jour où il a poussé la maman de Nafissatou à embrasser la religion musulmane. «Je l’ai prise par la main pour l’emmener chez l’imam. Ce dernier l’a convertie à l’Islam. Elle a pris le nom de Aida Thiam», poursuit notre interlocuteur. Trouvé dans sa maison située dans le même quartier que celle des Thiam, l’homme d’une cinquantaine d’années connaît mieux Nafissatou que les autres. Cet ancien reporter sportif et actuellement président des entraîneurs de football local, est informé à la seconde de tout ce qui se passe chez son ami d’enfance. Pourtant, la famille paternelle de la championne belge ignorait que l’une de ses filles était à la quête de l’or olympique, la médaille qui fait rêver tout athlète. «Vous savez que mon domaine, c’est le sport. Donc, je suis tout le temps devant mon téléviseur et je ne rate presque rien des Jeux olympiques. Lorsqu’elle s’est qualifiée en finale, je suis allé au domicile des Thiam. Mais les membres de sa famille ne savaient même pas ce qui se passait à l’autre bout du monde. Quand je suis arrivé, je leur ai demandé de suivre la télévision, car Nafissatou est en train de crever l’écran. Elle vient de se rapprocher de  la médaille d’or dans l’épreuve de l’heptathlon. C’est à ce moment que tout le monde s’est retrouvé au salon pour assister au sacre de Nafissatou», dit-il. La maison des Thiam explose de joie, à la grande surprise des voisins, qui n’y comprennent rien. Rio est fou d’amour pour Nafi, Keur Boumack explose de joie. L’ambiance est festive et la joie se lit sur tous les visages.
 

«La dernière visite de Nafissatou Thiam à Diourbel remonte à août 2015»
 

Nafissatou Thiam s’est nourrie au fil de sa vie de moules-frites et de chico au gratin des plats si adoucis que les Belges adorent, mais la championne olympique n’a pas oublié ses racines. Son pater, Bamba Thiam, a réussi à la galvaniser en un rien de temps avant son entrée dans l’arène. «Avant son exploit, je lui ai dit : les Thiam sont les Keïta, tes ancêtres étaient des combattants, des gens qui ont bravé la douleur et la souffrance et elle m’a répondu avec des sms où elle met plein de petits cœurs», s’enorgueillit le père. C’est que Nafi est attachée aux racines de ses parents. Nafissatou a tôt cherché à savoir d’où vient son père, pour chercher sa voie et se retrouver. Et elle le matérialise par une féroce envie de découvrir les racines de son père. De faire un retour aux sources. A pareille époque, Nafissatou effectuait son troisième voyage au royaume d’enfance de son père à Diourbel auprès des siens. «Elle était à Diourbel en 1998 en compagnie de sa maman, de sa grande sœur, Fama Thiam, et de ses frères, Issa et Ibrahima. Trois ans plus tard, en 2001, elle est revenue, a passé une partie de ses vacances à Diourbel. Son dernier voyage remonte au mois d’août 2015, vers le 25. Mais son jeune frère, Ibrahima était venu tout seul en vacances en 2014, pour un mois, avant de retourner. Sa grande sœur aussi était venue en 2013», explique Alpha Diaw. Puis l’ami de la famille enfile sa robe d’avocat pour défendre le père sur les «fausses» allégations de la presse occidentale selon lesquelles le père avait abandonné ses enfants. Il plaide le ton haut : «C’est n’importe quoi ce que racontent les journaux occidentaux. Ils soutiennent que Nafissatou ne connaît rien en Afrique. Mais c’est tout à fait faux, parce qu’elle est venue  trois fois en Afrique. A pareille époque quand ils sont arrivés à Diourbel, ils m’ont trouvé à la place publique avec des amis. On est restés pendant presque une heure là-bas. J’ai saisi l’occasion pour la présenter à tout le monde.» Aujourd’hui, la nouvelle championne olympique en heptathlon porte, selon Fama Thiam, grande sœur de Bamba Thiam, Diourbel dans son cœur. C’est dans la chambre de cette dernière que la petite Nafissatou, une fois au Sénégal, passait des nuits paisibles et des journées agitées. «Elle dormait sur mon lit en compagnie de ma fille et de sa sœur. Un jour, en revenant du marché, nous avons pris une charrette pour rentrer. Elle était très contente, puisque c’était une nouveauté pour elle.  Elle avait trouvé très original le fait de l’utiliser comme moyen de transport», confie Fama Thiam. Mais le dernier voyage de Nafissatou à Diourbel n’a duré que le temps d’une rose. Son arrivée coïncidant avec le début de l’année scolaire en Europe (début septembre), elle, son frère et sa sœur, n’ont pu faire que deux jours au Sénégal avant de reprendre les airs. «Ils avaient prévu de faire une semaine à Diourbel. Malheureusement, ils sont venus tardivement en vacances et ils ont passé deux jours avec nous avant de rentrer. En Europe, ils commencent les cours en début septembre», soutient l’ami d’enfance du père de la championne, tout en indiquant qu’elle parle souvent au téléphone avec son homonyme.
 

Les rêves dorés de Nafissatou Thiam pour Diourbel…
 

La championne olympique ne compte pas laisser ses origines. Nafissatou va désormais porter Diourbel dans son cœur. Elle va participer à la formation des jeunes sportifs  dans le royaume d’enfance de son père. La médaillée d’or olympique compte apporter sa pierre à l’édifice. Avec le soutien de son père, Nafissatou veut mettre en place un centre de formation pour les jeunes de la région de Diourbel. «C’est son père qui m’a dit qu’elle veut construire un centre de formation à Diourbel pour aider les jeunes sportifs. D’ailleurs, elle sera au Sénégal vers la fin de l’année. Ce sera entre octobre et décembre. D’abord, elle va lancer ses programmes au niveau local et ensuite au niveau national», informe M. Diaw. Aujourd’hui, tout le Baol, le Sénégal, est derrière sa championne. De sa phrase fétiche : «Je préfère mourir que de laisser mon sang», Nafissatou reste fière de ses origines africaines. Dans leur famille, Nafissatou Thiam n’est pas la seule pratiquante de sport. Son frère aîné, Issa Mandela Thiam, a aussi été champion du monde junior de Kick Boxing. Pour rappel, la Belgo-sénégalaise, qui combine encore athlétisme et études de géographie, a signé un 13 sec 42/100e sur 100 m haies, 1,98 m à la hauteur, 14,91 au poids et 25 sec 10/100e au 200 m, lors de la première journée vendredi. Samedi, elle a enchaîné avec 6,58 m à la longueur, puis 53,13 m au javelot, pour prendre la tête du concours, avant le 800 m final. La suite, on la connaît…son homonyme, Nafissatou Sène, 87 ans, habitant Diourbel, s’est invitée par effraction et de la plus belle manière, dans ces jeux olympiques de Rio au Brésil.

 

LES ANECDOTES SENEGALAISES SUR NAFI

NAFISSATOU SENE, 87 ANS, HOMONYME DE NAFISSATOU THIAM

«Nafi m’aidait souvent à me lever»
 

«Je suis très fière d’elle. Nafissatou Thiam va encore surprendre tout le monde. Parce qu’elle est issue d’une grande famille. Depuis tout petits, Ndèye Nafi et ses frères passaient une partie de leurs vacances à Diourbel. Ils n’ont jamais passé la nuit à Dakar. Lorsqu’ils quittaient la Belgique, ils prenaient directement la route pour Diourbel. Ils avaient l’habitude de venir à Diourbel. Après quelques années d’absence, Nafissatou a décidé de venir au Sénégal. Elle est allée en France pour voir sa cousine, la fille de Fama, la grande sœur de leur papa, pour ensuite venir au Sénégal me rencontrer, moi son homonyme. Ndeye Nafi est le troisième enfant de son père. L’année dernière, ils étaient trois et passaient la nuit sur le même lit. Nafissatou m’aidait souvent à me lever. Leur père, Bamba, a toujours été là pour eux.»
 

FAMA THIAM, GRANDE SŒUR DU PÈRE DE NAFISSATOU

«Elle raffolait de Thieb Yap*…»
 

«Nafissatou mangeait presque tous les jours du poulet lorsqu’elle était là en vacances. Mais son plat préféré, c’est le «Thieb Yap». J’ai une fois préparé du riz à la viande pour elle. Lorsqu’elle a fini de manger, elle m’a dit qu’il faut qu’elle m’emmène en Belgique pour me préparer du Thieb yap tous les jours. Elle aimait beaucoup les fruits. Nafissatou Thiam est très calme. Comme l’a si bien dit ma mère, Nafissatou, sa grande sœur, et ma fille, dormaient sur le même lit. Tout ce que je peux retenir d’elle, c’est que c’est une personne sans problème. C’est pourquoi nous ne cesserons jamais de formuler des prières pour elle. Nafissatou a bien dit qu’elle tient à ses racines. Son père a donné mon nom à une de ses filles. J’ai fait le déplacement jusqu’en Belgique pour le baptême. Elle sait que son homonyme a pris de l’âge, c’est pourquoi elle a fait des sacrifices pour venir voir sa grand-mère. Je pense que son geste est à saluer.»

*riz à la viande

CHEIKH THIAM, FRÈRE CADET DU PÈRE DE NAFISSATOU

«Toute petite, Nafissatou ne connaissait que moi»
 

«Avant que Nafissatou parte à Rio, son père m’a appelé pour me dire qu’elle est en route. Et il faudra dire à maman, son homonyme, de formuler des prières pour elle. Lorsque Ndeye Nafi a remporté la médaille d’or, notre maman a été la première à en être informée. Nafissatou était toute petite lorsqu’elle effectuait son premier voyage. Arrivée à Diourbel, elle passait tout son temps à pleurer. Parce qu’elle ne connaissait personne à part son père. Lorsqu’elle je l’ai prise dans les bras, Nafissatou a arrêté de pleurer, parce qu’elle croyait que j’étais son père. La seule phrase qu’elle prononçait c’est : «Laisse-moi». A chaque fois que quelqu’un la touchait, elle refusait en disant : «Laisse-moi.»

 

IGFM


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