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Abdou Khadre LÔ écrit à Macky : «Nous allons continuer à nous indigner car ...»


Rédigé par DakarFlash.com, le Lundi 13 Février 2017 || 52 partages || 0 commentaires

Monsieur le Président de la République, 
Vous vous en prenez à ceux qui parlent et ont également pris des initiatives pour une prise en charge normale de cancéreux qui doivent être évacués dans des pays disposant de machine de radiothérapie. Vous dites « Il faut que certains gens aillent chercher autre chose à faire que de dire des choses qu'ils ne maitrisent pas. 
Des gens qui n'ont rien à faire de leur vie à part errer, profitent des situations dont ils ne savent rien, pour dire n'importe quoi (…) Quand j'ai été informé de la panne, j'ai dit au ministre de la santé de s'en occuper en achetant de nouveaux appareils. Le ministère a un budget de plus de 100 milliards alors il n'a aucun mal à acheter une machine d'un ou de deux milliards. Juste que nous ne voulons pas réparer mais nous allons acheter les machines de dernière génération comme aux USA, en France ou même ici à Abu Dhabi (…). Alors, de grâce, que ceux qui profitent des situations pour manipuler les gens, arrêtent. On sait ce que les populations attendent de nous et nous ferons le nécessaire».   

Les initiateurs du #200millionsChallenge apprécieront vos propos.  
A titre personnel, je pense, Monsieur le Président de la République, que cette situation n’aurait jamais dû arriver. Si nous avons l’argent disponible, pourquoi en sommes nous arrivés là alors ? C’est cela qui devrait vous énerver et non ceux qui s’indignent de cet état de fait. Je vous prie d’écouter les paroles de votre proche ami journaliste Madiambal Diagne. Peut-être qu’il fait partie de « ceux qui n'ont rien à faire de leur vie à part errer». Il était invité la semaine dernière de l’émission Faram Facc, sur la TFM. Ce que révèle votre ami « oisif errant » sur ce dossier dépasse l’entendement. Et si tout se passait normalement, le procureur devrait s’autosaisir de cette affaire d’une extrême gravité.   

Monsieur le Président de la République, nous allons continuer à nous indigner car au delà de la radiothérapie, c’est tout le secteur de la santé qui va mal. De la médecine générale à la spécialisation. Permettez-moi d’être « oisif errant » pendant 10 minutes pour vous dire certaines choses que vos services savent et que vous savez donc.   

Monsieur le Président de la République, beaucoup de médecins généralistes sont de simples prestataires de services dans les structures de santé, payés à la tache. Ils officient sans contrat de travailleur en bonne et due forme.   

Aujourd’hui, nous n’avons que 40 lits de réanimation disponibles sur l’ensemble du pays. Imaginez un accident de grande ampleur. Que Dieu nous en préserve !  

Monsieur le Président de la République, des régions entières du pays sont sans spécialistes. A titre d’exemple, Diourbel est resté 2 ans sans chirurgien généraliste. A l’arrivée de celui-ci, le chirurgien orthopédiste en fonction (de nationalité guinéenne) est parti en France. Donc tous les accidentés fracturés dans la région, sont évacués à Touba. De même, l’hôpital de Fatick que vous avez inauguré n’avait pas de chirurgien. Il a fallu débaucher celui de Ourossogui, un autre citoyen guinéen.  

Monsieur le Président de la République, vos services savent pourquoi nous en sommes là. Aujourd’hui, le médecin généraliste (8 ans d’étude) qui veut faire une spécialisation (5 années supplémentaires) doit payer 500.000 F CFA par an. Une fois cette forte somme sortie, les plus chanceux percevront une bourse de 150.000 F CFA/ mois. Ces médecins en spécialisation qui s’occupent des malades dans tous les services, doivent donc sauver nos vies et toucher 0 franc ou 150.000 F CFA / mois.   

Du coup, aujourd’hui, dans toutes les spécialisations nous avons plus d’étrangers que de Sénégalais. Le ratio peut aller jusqu’à 1 Sénégalais pour 20 étrangers.   

Alors Monsieur le Président de la République, laissez-nous crier notre indignation. Le rafistolage dure depuis 50 ans. La seule différence est que notre génération d’ « oisifs errant » refuse le fatalisme. 
Nous ne sommes certes pas médecins mais avons des professionnels dans nos familles et notre entourage. Mieux et surtout, nous sommes usagers directs du système de santé de notre pays. Cela nous autorise à en parler. A vous d’agir efficacement pour une vraie politique de santé. Les remontrances ne servent à rien.  

De la part d’un « oisif errant » occasionnel. 

Excellente semaine ! 

DakarFlash3



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