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Abdoulaye Diagne Faye : «C'est fini, j'arrête ma carrière»


Fin de parcours pour Abdoulaye Diagne Faye. À 38 ans, l'ancien défenseur central des Lions, passé par la JA, avant de partir à Lens, puis de traverser la Manche, a décidé d'arrêter sa carrière.

Rédigé par DakarFlash.com, le Jeudi 14 Janvier 2016 || 134 Partages

Abdoulaye Diagne Faye : «C'est fini, j'arrête ma carrière»

Votre contrat vient de finir en Malaisie avec votre collègue el Hadj diouf, quels sont vos projets?
J’étais au Sénégal pour des vacances, je suis actuellement en Angleterre. Depuis trois mois, mon contrat est terminé en Malaisie. Je ne sais pas si c’est une coïncidence ou pas, mais, aujourd’hui (hier), j’ai pris la décision de prendre ma retraite en football. Je l’ai décidé aujourd’hui. Au moment où vous m’appeliez au téléphone, j’étais en réunion ce matin avec mon business adviser (conseiller en affaires), il m’a demandé si je comptais jouer pour un autre club? Je lui ai répondu que j’ai arrêté. Nous travaillons depuis 10 ans, il gère mes affaires, mes comptes et prend des orientations pour moi.

Pourquoi avez-vous pris cette décision?
J’ai 38 ans, mon anniversaire, c’est le 26 février prochain. J’avais juste un contrat d’un an en Malaisie avec El Hadj Diouf. Par la suite, il y a un club de 3ème division en Angleterre qui a sollicité mes services, c’est Leyton Orianne. Le coach voulait m’avoir dans son groupe et il m’attendait pour les entraînements. Lorsque je suis arrivé en Angleterre, je n’étais plus motivé. Je ne voulais pas être ridicule. Soit j’assure, soit je laisse tomber. toute chose a une fin, l’aventure s’arrête pour moi. c’est un grand jour pour moi et je suis très ému. J’ai eu un parcours sportif très riche, je remercie Allah. Je suis le fils aîné de ma famille et je pense avoir donné le bon exemple. Je remercie tous ceux qui m’on aidé dans ma carrière, mes parents, ma femme qui a été patiente avec moi pendant tout ce temps.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans votre carrière ?
Quand je venais pour la première fois en France faire des tests à Guingamp, il s’est passé quelque chose d’extraordinaire : je les avais réussis et lors d’un match amical contre rennes, il y avait des recruteurs de Lens venus en espions. Je devais signer le lendemain mon contrat et j’étais aux anges. J’étais seul dans ma chambre d’hôtel très excité. Je n’avais pas d’argent, pas de crédit pour téléphoner mes proches et je n’avais personne autour de moi pour partager mon bonheur. Je n’arrivais pas à dormir et mon agent était à Lyon. À 11 heures, le téléphone de l’hôtel sonne, je décroche et quelqu’un à l’autre bout du fil me dit : «Abdoulaye, nous sommes des dirigeants de Lens, on t’a suivi lors du match contre Rennes et on veut que tu signes avec nous». Je réponds que je dois signer avec Guingamp et que c’est non. Le gars insiste en ces termes : «Ne t’inquiètes pas pour ça. On t’a vu à l’oeuvre, tu es un grand joueur. Tu vas venir signer chez nous. Lens et Guingamp, ce n’est pas pareil. Nous allons jouer la League des champions. Une Mercedes viendra te prendre et on se verra». Après, j’étais inquiet, parce que c’étaient des inconnus. Je pensais à un kidnapping et tout. Je me demandais comment ils ont fait pour savoir où je logeais, mon numéro de chambre et tout. Le gars me rappelle après et je lui dis «oui, j’arrive». Après 5 heures de route, j’ai demandé au gars «Où on va ?». Il me passe au téléphone quelqu’un pour me rassurer. On arrive finalement à 8 heures du matin et je vois les couleurs sang et or du club de Lens. C’était comme un rêve. On m’a invité à venir déjeuner. Il y avait le président Gervais Martel et le coach Joël Muller. J’aperçois Rigobert Song, Seydou Keïta. Quelques mois auparavant, je les voyais à la télé et là, ils étaient devant moi.

Qu’est-ce qui s’est passé après ?
La catastrophe, les gens de Guingamp étaient paniqués. Au petit matin, ils ont frappé à ma chambre et je n’ouvrais pas. Quand ils ont ouvert la porte, ils ne m’ont pas trouvé. J’étais sous leur responsabilité. Et quand ils ont su où j’étais, le Président à appelé Gervais pour le menacer et a exigé que je rentre tout de suite. En foot, il n’y a pas de sentiment. Alors Joël Muller m’a dit « Je veux que tu viennes signer à Lens, mais il faut que tu retournes à Guingamp. On t’attend». Et le gars m’a ramené à Guingamp pour 8 heures de trajet. J’étais fatigué. Il y avait Didier Drogba et Malouda qui sont venus vers moi et me dire «Put…toi tu as de la chance, tu viens directement de Dakar et Lens veut te recruter ? Nous, on est là depuis des années et rien». Je réalise alors l’enjeu, Lens étais 2eme du championnat. Pour moi, il n’y a pas de hasard. Après les entraînements, le directeur sportif m’appelle pour que je signe mon contrat et me dit «tu vas signer un contrat de 4 ans, tu auras une voiture et un appartement. Tu ne connaîtras plus les galères en Afrique et tu vas aider ta famille. La vie te sourit». C’était une manière de me mettre la pression. Je dis «non, j’attends mon agent, je ne signe pas». Et il poursuit «si tu ne signes pas, tu vas retourner en Afrique et tu n’auras plus rien». Le président me dit la même chose, car ils ne voulaient pas que Lens me prenne. J’ai pris le risque, je suis reparti à mon hôtel. J’appelle Alex, mon agent, qui se défoule sur moi «Diagne, tu me mets en mal avec Guingamp. J’ai des problèmes». Après, il appelle Joël Muller et on me trouve un vol spécial de Guingamp à Lille. Et je termine le voyage en route pour Lens. Zut, je viens à Guingamp et j’atterris à Lens. J’ai eu un bon contrat et une grosse prime. Je n’ai pas fait de stage comme le font la plupart des joueurs. J’ai signé directement pro un contrat de 5 ans.

Combien vous aviez touché comme prime ?
C’était beaucoup d’argent, je ne savais pas quoi faire avec tout cet argent. «Watch bess la wone» (Je partais de rien). c’est une époque qui a coïncidé avec l’introduction des cartes bancaires. Il y avait une femme qui s’occupait des nos affaires, c’est elle qui m’a initié. J’étais jeune et je retirais beaucoup d’argent du gap. Je me rappelle un jour, je suis entré dans une boutique et j’ai fait une folie en achetant un collier qui coûtait 3.000 euros (2 millions FcFA). Ce sont des trucs de jeunes, mais je ne l’ai plus jamais refait. Aujourd’hui, j’ai fait beaucoup d’investissements. Je suis dans mon coin et j’essaye de mener une vie correcte.

Pensez-vous à une reconversion ?
Aujourd’hui, tout le monde peut être recruteur ou agent. On n’a pas besoin de passer un examen pour transférer des joueurs. J’ai décidé d’être recruteur. J’ai beaucoup de contacts avec des entraîneurs anglais, je vais aller les voir, rester dans le football. Je pourrais amener des joueurs en Angleterre ou en France.

Une carrière d’entraîneur ne vous tente pas ?
Non, il y a beaucoup de stress dans le métier d’entraîneur. Il est plus facile d’être recruteur. En plus, si on réussit à placer un joueur dans un club, c’est l’aider à s’épanouir, à changer sa vie pour le meilleur. cela me permet également de rester auprès de ma famille qui vit à Manchester. tous mes trois enfants sont nés ici, ils parlent anglais, même s’ils viennent souvent en vacances au Sénégal. Je préfère qu’ils continuent leurs études ici. Mais, ils ne sont pas déracinés (rires), ils parlent wolof.

Diagne, parlez nous de votre passage en Malaisie, ce championnat méconnu des Sénégalais…
Tout s’est bien passé là-bas. ce n’est pas un pays de foot, mais ils ont de l’argent. Dans leur championnat, chaque année les clubs recrutent une célébrité pour rendre attractif le championnat. Lorsqu’El Hadj Diouf est allé là-bas, il m’a appelé pour venir. c’est un pays lointain, c’est 17 heures de vol et un décollage horaire terrible. Quand je jouais, mon club était deuxième au classement, j’ai eu une blessure et on a fini 6éme au classement.

Est-ce que vous suivez l’équipe nationale ? Quel regard portez-vous sur le coaching d’aliou Cissé ?
Qu’on le laisse travailler et qu’on lui donne sa chance. On critique son système de jeu. Franchement, je pense qu’il peut aller loin car on a les joueurs qu’il faut. Le Sénégal est un grenier de footballeurs. Avec le temps, Aliou verra lui-même ses failles et il pourra se rectifier et hisser l’équipe assez haut. Je n’ai pas de relations particulières avec lui, on se croisait souvent à la salle de musculation de l’hôtel méridien. Mais je sais que c’est un type bien.

Comptez-vous apporter votre expertise au sport sénégalais ?
Bien sûr, je n’exclus pas de collaborer avec la FSF. Les gens savent que je ne parle pas trop, mais j’ai envie d’aider le football de mon pays, en particulier les jeunes. Me Augustin Senghor est un homme de dialogue, il a une forte personnalité, je crois que je peux apporter mon expérience pour l’aider dans sa mission. Je reste à leur disposition.

Et votre centre de formation à Rufisque, êtes-vous affilié à la FSF ?
Non, pas encore, mais j’ai des amis qui s’en occupent. ce centre de formation porte mon nom. Il existe depuis 8 ans. Le centre a un effectif de 20 gosses. Ils jouent souvent à Diambars ou à Génération Foot. Ils sont dans de très bonnes conditions. Aujourd’hui que j’ai pris ma retraite, j’aurai du temps pour les réunir et les aider à mieux avancer. 


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