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Abou Abel Thiam : «Yahya Jammeh est un cas psychanalytique»


Rédigé par DakarFlash.com, le Jeudi 28 Avril 2016 || 139 Partages

Président du Conseil de surveillance de l’Autorité de régulation des postes et télécommunications (Artp) et ancien porte-parole du Président de la République, Abou Abel Thiam n’y est pas allé avec le dos de la cuillère pour parler de la situation actuelle en Gambie et du comportement de Yahya Jammeh qu’il a qualifié de « mauvais pour l’image africain ». M. Thiam s’est également prononcé sur le dossier Karim Wade et compagnie avant d’évoquer le référendum du 20 mars dernier ainsi que sur la situation actuelle du système éducatif sénégalais. Selon lui, un sursaut d’autorité du gouvernement est obligatoire afin de mettre fin aux interminables grèves des enseignants.

Quelles appréciations faites-vous des récents événements en Gambie ?

La situation entre la Gambie et le Sénégal est tout d’abord une situation de paradoxe. Voilà deux pays qui devraient s’entendre compte tenu de ce qu’ils partagent au plan historique, mais aussi sur le plan du positionnement géographique. À la place, ils se retrouvent dans des difficultés récurrentes de cohabitation. C’est dommage. Le Président Yahya Jammeh est parvenu à une chose : celle de renverser l’ordre et la configuration entre le Sénégal et la Gambie. Si vous regardez bien la carte, le Sénégal environne la Gambie et s’il y a quelqu’un qui devait avoir une sensation d’étouffement c’est bien le territoire gambien.

Mais par la géopolitique, par son hostilité et son bellicisme, le Président gambien est parvenu à inverser les choses et aujourd’hui c’est le Sénégal qui est étouffé par la Gambie. La région sud, c’est-à-dire Ziguinchor et Tambacounda, est en proie à des difficultés qui trouvent leur origine dans les agissements du régime gambien. Au final, la Casamance est beaucoup plus enclavée, elle est beaucoup plus en proie à des difficultés que la Gambie compte tenu de son positionnement entre cette République de Gambie et la Guinée-Bissau qui est plus au Sud. Le Président Yahya Jammeh est un cas.

C’est un cas psychanalytique, mais aussi un cas politique parce que ses agissements relèvent d’une insulte aux Africains. C’est également un cas parce que son comportement est mauvais pour l’image de l’Africain. C’est une affaire douloureuse (ce qui se passe en Gambie, NDLR) pour le peuple gambien. C’est une affaire pénible pour le Sénégal. Nous avons hâte qu’une solution soit trouvée.

À propos du président Yaya Jammeh, je relève qu’il est arrivé à la tête de la Gambie, c’est à dire d’un Etat et d’une Nation, à un âge où il n’était même pas susceptible de fonder un foyer. Il a pris le pouvoir à l’âge de 27 ou 28 ans. Depuis lors, il est à la tête de la Gambie avec des déclarations loufoques qui consistent notamment à dire qu’il sait faire des miracles comme soigner le Sida. Le meilleur des miracles qu’il pourrait faire aujourd’hui c’est de revoir sa façon de faire. On a honte du président Jammeh en tant qu’Africain.

Pensez-vous que Yahya Jammeh est réellement prêt à fermer l’Ambassade du Sénégal à Banjul ?

De toute façon, venant du Président gambien, rien ne peut me surprendre. Il a eu des comportements et des déclarations qui font que je m’attends à tout venant de lui. Mais, on n’est pas à un paradoxe près. La République de Gambie, dans sa capitale, abrite le siège du comité des droits de l’Homme africain. Je pense que la communauté internationale à un devoir vis-à-vis de la Gambie et vis-à-vis du peuple Gambien.

Mais, le peuple gambien aussi se doit de prendre son courage à deux mains. Il est dit dans les textes coraniques et bibliques que les peuples ont les dirigeants qu’ils méritent. À savoir, si vous avez à la tête de votre pays un satrape, un dictateur, qui vous fait subir toute sorte de choses et que vous l’acceptiez, cela veut tout simplement dire que c’est ce dirigeant que vous méritez. Mais si vous, peuple, vous pensez que vous avez droit à un meilleur leader, vous vous battez pour cela.

Pourquoi Macky Sall est-il resté aphone alors qu’il est le président de la Cedeao ?

C’est difficile. Je comprends la position du Président Macky Sall. C’est difficile d’être juge et arbitre à la fois. Il est président de la Cedeao, mais il est avant tout le Président du Sénégal. Il ne peut pas, en sa qualité de président de la Cedeao, régler un différend entre son propre pays et son voisin. Il faut que les gens comprennent que c’est une situation inédite. Si c’était entre la Gambie et la Guinée-Bissau ou bien entre deux autres pays de la Cedeao, il aurait la latitude de jouer pleinement son rôle de président en exercice de la Cedeao. Mais, à partir du moment où c’est notre pays qui est impliqué dans un différend, on doit reconnaitre qu’il s’agit d’une position difficile.

L’État n’a-t-il pas concédé un nouveau revers dans l’affaire Karim Wade avec le rejet de la requête concernant la saisie-arrêt des comptes bancaires de Monaco ?

Le dossier, c’est un tout. Le dossier judiciaire qui oppose Karim Wade à l’Etat du Sénégal à travers l’instruction puis le jugement de monsieur Karim Wade et compagnie est un tout. On ne peut pas extirper un aspect du dossier pour dire que c’est un revers. Moi, je fais foi en la justice sénégalaise, je fais foi en la procédure qui lui a été appliquée. Je suis un citoyen qui regarde les choses évoluer. Tantôt il y a des hauts, tantôt il y a des bas. Mais le plus important c’est que les droits de monsieur Karim Wade soient pleinement et entièrement respectés, mais aussi que les intérêts du peuple sénégalais à travers la reddition des comptes publics soient respectés.

L’État n’est-il pas en train de restreindre les droits de l’homme en refusant de respecter la décision de l’ONU qui a demandé à ce que Bibo Bourgi soit libéré afin qu’il se rende en France pour se soigner ?

Il n’y a pas de décision de l’ONU, il ne saurait y avoir de décision judiciaire de l’ONU. Les États sont souverains, les nations sont souveraines. À l’ONU, nous sommes un Etat comme tout autre, nous avons voix au chapitre comme tout autre. Pas plus en Afrique qu’au niveau de l’ONU, on ne peut avoir de décision supranationale qui édicterait des jugements qui s’appliquent dans notre ordonnancement juridique. Au-delà du peuple sénégalais, il n’y a que Dieu et rien d’autre.

L’opposition a fait état de l’existence de bureaux fictifs lors du référendum du 20 mars. Qu’en dites-vous ?

Si notre architecture juridique, notre système électoral permettaient des fraudes, cette opposition-là ne serait pas dans l’opposition aujourd’hui. Cette opposition dont vous parlez était au pouvoir. Ils savent bien qu’il est impossible dans le système électoral sénégalais de s’adonner à des pratiques de fraude. Ce n’est pas possible. Si c’était possible, ils auraient utilisé ces canevas-là pour rester au pouvoir. Maintenant, le fait qu’ils s’agitent après une défaite électorale est tout à fait compréhensible.

Quelle analyse faites-vous de la courte victoire du « Oui » sur le « Non » au référendum ?

Pour moi, d’abord il n’y a pas eu de courte victoire, il y a eu une victoire. Il y a une victoire du « Oui ». Et, ce « Oui » est un « Non » contre les manœuvres de déstabilisation du Sénégal. C’est un « Non » contre une sorte de coup d’État rampant et qui avait été organisé pour créer une insurrection au Sénégal à partir d’une pseudo-victoire du « Non ». En répondant « Oui », le peuple sénégalais a coupé court à ces manœuvres et il est heureux qu’il en soit ainsi. Il y a eu une victoire du « Oui » d’une majorité de Sénégalais qui ont répondu favorablement à l’appel du Président Macky Sall. Les manœuvres consistaient à pousser le Président à écourter son mandat, mais heureusement que les Sénégalais ont compris que l’occasion du référendum n’était pas une occurrence pour l’organisation d’élections présidentielles anticipées.

N’avez-vous pas de craintes quant à la réélection du Président Macky Sall ?

Je n’ai aucune crainte. Je n’ai d’ailleurs pas de raisons d’avoir de craintes.

Que pensez-vous de la situation actuelle au niveau du secteur éducatif ?

J’en suis très désolé et j’estime que la situation est très grave. D’abord, le constat c’est que notre système éducatif a produit des résultats qui ne sont pas honorables et cela se ressent à travers le niveau d’instruction de nos élèves, le niveau de langage de nos élèves. Les apprenants, aujourd’hui, ont un niveau très faible. Si on doit ajouter à cela des grèves intempestives par leur nombre et leur durée, je trouve qu’il est temps qu’on arrête cela.

Et sur ce plan, j’en appelle à la responsabilité des syndicats d’enseignants, mais aussi de l’État. Parce que j’estime que lorsqu’un fonctionnaire s’abstient de travailler sur une durée et que l’État continue malgré cela de lui payer son salaire, l’État se fait complice d’une situation anormale. Il faut un sursaut patriotique de la part des enseignants, qu’ils sachent quelles sont leurs responsabilités vis-à-vis des élèves, mais il faut aussi un sursaut d’autorité de la part du gouvernement.

Ce dernier ne doit pas se faire complice de la situation actuelle. La grève, par définition, c’est lorsque vous vous abstenez de travailler et que vous n’êtes pas payés. Mais si l’État continue de payer des enseignants qui restent si longtemps sans aller en classe, l’État se fait complice de cette situation sur le dos de nos enfants, et ça, c’est anormal. La première responsabilité pour l’enseignement des enfants incombe d’abord à l’État, avant les enseignants.

L’État doit garantir l’enseignement aux enfants et garantir un enseignement ininterrompu, j’insiste sur le mot « ininterrompu ». À partir du moment où le gouvernement continue de payer des salaires à des fonctionnaires qui restent des semaines et des mois sans aller au travail, non seulement c’est de l’irresponsabilité de la part de ces enseignants, mais c’est aussi de l’irresponsabilité de la part du gouvernement qui se doit d’arrêter ce que j’appelle une complicité manifeste avec le syndicat au détriment des enfants.

Vous pensez que l’État a laissé traîner les choses ?

C’est ce que je viens de dire d’une autre façon. Les enseignants ont le droit de faire la grève, mais il y a une responsabilité et des conséquences qui s’attachent à ce droit-là. C’est-à-dire que vous vous abstenez de travailler et conséquemment vous n’êtes pas payé. Mais, on ne peut pas rester à la maison, percevoir son salaire à la fin du mois, et prétendre qu’on est en grève. Ce n’est pas une grève, c’est un abandon de travail.

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