Menu
DakarFlash
DakarFlash.com



Accaparement de la Corniche : Un an après la visite, les mises en gardes et les engagements de Macky Sall, la situation empire


C’est le collectif « Non au mur » et « Sos littoral » qui vont s’arracher les cheveux. Leur lutte contre l’érection de l’ambassade de la Turquie sur la corniche (juste à côté de Terrou-bi) n’a servi à rien. Même si cela avait poussait la Turquie et l’Etat a faire marche arrière, aujourd’hui le site a été repris, pour la construction d’un hôtel dont les travaux sont en cours. Une situation qui va empirer l’accaparement de la corniche par des privés, aujourd’hui si avancée, que les populations riveraines sont quasiment réduites à aller voir ailleurs, si elles ont envie de voir la mer, de humer la brise ou de se baigner. Et pourtant, il y a un an, jour pour jour, au plus fort de la contestation, le Chef de l’Etat avait fait un déplacement en grand pompe sur la corniche, prenant dans la foulée des engagements, qui visiblement n’ont pas été matérialisés, vu l’aggravation de la situation.

Rédigé par DakarFlash.com, le Jeudi 5 Mai 2016 || 938 Partages

Accaparement de la Corniche : Un an après la visite, les mises en gardes et les engagements de Macky Sall, la situation empire

non-au-mur-

 

Un hôtel à la place de l’ambassade de Turquie

azalai-2azalaihotel-kharafi-mamelle

Qui ne se rappelle pas de la grande indignation et de la polémique soulevées par l’affaire du « mur de la honte » de la Corniche, devant le lieu où devait être construite l’ambassade de la Turquie. L’affaire avait fait tellement de bruit que l’Etat et la Turquie ont fait marche arrière.

Mais hélas, le collectif « Non au mur » et ceux qui avaient poussé un ouf de soulagement, de voir cette partie de la corniche, laissée libre de tous accès, peuvent déchanter. Alors que la Turquie a renoncé à construire son ambassade sur ce front de mer, curieusement, un hôtel est en train de pousser sur le même site. En effet, les constructions de l’hôtel Azalaï (voir photos ci-dessus) sont bien visibles et avancés sur les lieux.

Un coup de plus pour les Dakarois, en particuliers les populations des quartiers environnants  de Guel-tapée, médina, Fass, privées de plage.  Déjà, le Magic Lang et l’hôtel terrou-bi, ont colonisé toutes les portions de plage favorables à la baignade entre Soumbédioune et l’Université, en particulier, la célèbre plage des enfants. Il ne leur reste que la toute petite portion, très caillouteuses et dangereuse, en face de la cour de cassation et celle, toute aussi restreinte, en face du rectorat de l’université.

 

Une floraison d’hôtels et de projets de résidences immobilières

safia-21mixta-senegalhotel-corniche

Ailleurs, jusqu’aux Almadies, la situation est la même, de plus en plus alarmante.  Du cap manuel à la pointe des Almadies, le domaine maritime privé est déclassé, partagé et vendu au plus offrants. De Magic Lang aux Almadies, c’est une chaîne d’hôtels déjà construits, en cours de construction ou en projets. Des projets immobiliers importants sont aussi en cours sur le front de mer de la corniche, avec des sociétés comme Mixta, Sofia (photos ci-dessous). Cela sans compter les domaines privés. Avec tout ces « barrages » de béton, l’accès et même la simple vue de la mer sera bientôt impossible aux populations environnantes.

 

La visite, les mises en garde et les engagements du Chef de l’Etat sans effet sur la privatisation du front de mer

macky-terrou-bi1

Au plus fort de la révolte du collectif «Non au mur» contre la construction de l’ambassade de Turquie et de Sos littoral contre l’accaparement de la corniche, le Chef de l’Etat s’était déplacé sur la corniche, pour constater de lui-même, la situation (voir photo). Une situation désastreuse qui l’avait poussé à annoncer des initiatives pour trouver des solutions à l’agression de la corniche.

«J’ai constaté des situations assez préoccupantes. Je savais déjà que l’occupation anarchique du Littoral et de la corniche de Dakar posait problème. (…). Ce mouvement s’est amplifié aujourd’hui au point de créer un effet, un écran qui empêche les Dakarois d’avoir un accès et une vue sur la mer. Evide­mment, cela ne saurait être accepté totalement», avait déclaré le Chef de l’Etat, le 4 mai 2015, à l’issue de sa visite, devant le Terrou-bi. L’hôtel Terrou Bi à qui il avait demandé de ne pas toucher à la plage des enfants.

« Le Groupe Terrou-Bi a une extension qui, en même temps, touche la plage des enfants. Il faudrait pouvoir arrêter l’extension pour concilier à la fois l’impératif de l’extension de l’hôtel, mais aussi la nécessité de préserver la plage des enfants». Aujourd’hui, la réalité est tout autre. Son injonction n’a pas été suivie. L’Hôtel a poursuivi allègrement son extension et aujourd’hui, il n’y a plus de plage des enfants.

 

Mieux, le Chef de l’Etat avait révélé que sur toute la corniche, même si des titres ont été octroyés à des pays (pour la construction d’ambassades) seul la Turquie avait l’autorisation de construire. «Il y a des titres qui ont été octroyés, la commission (tripartite) me fera des propositions et des mesures seront prises à la suite de cela. Il y a le cas des ambassades. (…). Nous discuterons avec les différents pays sur les schémas alternatifs qui seront faits, soit ici même en repoussant l’intérieur, soit dans d’autres sites qui sont déjà identifiés. L’Etat sur toute cette corniche n’a donné d’autorisation que pour le mur de l’ambassade de Turquie», disait Macky Sall. Alors entre temps, qui a autorisé l’Hôtel Azalaï à construire sur le site qui avait été refusé à la Turquie? Qui a autorisé les projets immobiliers de Mixta et de Safia sur le front de mer? Qui a autorisé ces résidences qui poussent sur le front de mer?

Sans décider sur le vif, le Chef de l’Etat avait promis de mettre en place un groupe de travail, de réactiver la loi sur le littoral et de lancer un projet d’aménagement, dans le but de sauver la corniche.

«Après avoir reçu le collectif, j’ai décidé de mettre en place un groupe de travail entre le gouvernement d’une part et le mouvement citoyen pour qu’un état des lieux exhaustif soit fait et sur la base de cet état des lieux et des autorisations qui sont délivrées que des mesures soient prises pour sécuriser ce qui doit l’être. (…). Nous allons activer la loi sur le Littoral et le ministre de l’Urbanisme va nous faire les propositions. (…). Très prochainement, je vais demander au ministre de l’Urbanisme de lancer un concours d’architecture pour l’aménagement de la corniche. Si la corniche n’est pas aménagée, nous ne sommes pas à l’abri d’occupations anarchiques. Vous voyez, pour ceux qui la connaissaient avant, comment la pointe de Fann a été défigurée», s’était engagé Macky Sall.

Malheureusement, depuis la visite et les engagements du Chef de l’Etat, rien n’a changé, bien au contraire. La corniche est de plus en plus agressée, du moins ce qui en reste, puis qu’elle est aujourd’hui quasiment entre les mains de privés. Les Sénégalais et Dakarois ordinaires, de la Médina, de Gueul-tapé, de Fass, de Ouakam, de Fann, des Sicap…, sont priés d’aller voir ailleurs, s’ils veulent humer la brise de mer, se baigner ou simplement voir la mer!

Alors que la loi est sans équivoque sur le fait que l’occupation sur le domaine public maritime est à titre précaire et révocable, il est regrettable de constater des constructions gigantesques, bouchant la vue sur la mer, atténuant les vents maritimes et privant les populations de cette jouissance collective que procure la mer, au profit d’une poignée de personnes.

C’est vrai que l’Etat est le premier responsable de cette situation reste l’Etat. Car c’est lui seul qui peut déclassifier et attribuer une partie du domaine public maritime. Aujourd’hui, ce même état devrait trouver le moyen de mettre fin à l’accaparement de la corniche, du front de mer par des privés. A moins qu’il ne soit animé par la volonté de travailler pour l’intérêt de la plus grande masse des Sénégalais.


Dakarflash2



Nouveau commentaire :