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Baisse du prix du médicament : 4 milliards de FCfa d’économie réalisés en 2014, selon le Pr. Amadou Moctar Dièye


Rédigé par DakarFlash.com, le Mardi 12 Janvier 2016 || 16 Partages

Baisse du prix du médicament : 4 milliards de FCfa d’économie réalisés en 2014, selon le Pr. Amadou Moctar Dièye

Depuis 2013, les prix des médicaments n’ont pas connu d’augmentation au Sénégal, révèle le Pr Amadou Moctar Dièye, directeur de la pharmacie et du médicament. Les baisses notées sur 270 produits pharmaceutiques dont des anticancéreux ont parfois atteint 80%. Elles ont permis en 2014 de réaliser une économie de 4 milliards de FCfa en faveur de la population sénégalaise. Dans cette interview, le Pr Dièye revient, entre autres, sur les conséquences des médicaments de la rue, la nécessité de promouvoir les médicaments génériques qui sont aussi efficaces que les produits de spécialité. Entretien !

L’accessibilité financière des populations aux produits pharmaceutiques constitue un problème au Sénégal. Quelles sont les actions que vous menez pour que les malades accèdent plus facilement aux médicaments ? 
C’est toujours difficile de dire que les médicaments sont accessibles financièrement. Il y a des gens qui sont dans les mutuelles et qui ont une prise en charge de 60 à 80 % ou plus. Pour cette catégorie de la population, on ne peut pas dire que les médicaments ne sont pas accessibles sur le plan financier. Pour ceux qui n’ont pas la couverture sociale, c’est un peu difficile. De manière générale, les gens disent que les médicaments sont chers, mais l’Etat a fait beaucoup d’efforts pour les rendre accessibles financièrement. En effet, il y a des médicaments qui ne sont pas du tout chers. Ceux qui disent que les médicaments sont chers n’ont pas toujours la bonne information. Ces dernières années, nous avons enregistré des diminutions importantes sur les prix des médicaments. En 2014, nous avons fait le point et nous avons noté qu’il y a des baisses de prix concernant plus de 270 produits. Elles ont parfois atteint 75% et même 80%. Ces diminutions du prix des médicaments ont permis de réaliser des économies de 4 milliards de FCfa au profit de la population sénégalaise pour la seule année 2014. Nous avons eu aussi des baisses sur certaines catégories de médicaments, notamment les anticancéreux pour lesquels nous avons enregistré des baisses allant de 20 à 37%. Je me souviens d’un médicament qui devait coûter 1.700.000 FCfa qu’on n’est parvenu à vendre à 1.060.000 FCfa. Le patient a ainsi économisé 640.000 FCfa sur une boite de médicaments. S’il devait en utiliser 6, il économiserait 3.840.000 FCfa. Pour ce qui concerne l’insuline, nous avons eu des baisses importantes durant l’année 2015. Par exemple, l’insuline sous forme stylo qui coûtait 42.224 FCfa est vendue aujourd’hui à 18.140 ou 21.765 FCfa. Les diabétiques économisent presque 50% sur ce produit. Il y a d’autres insulines qui étaient à 1.442 FCfa que l’on vend maintenant à 966 FCfa. Ces diminutions ont été obtenues grâce au travail remarquable de la Pharmacie nationale d’approvisionnement, de l’Association sénégalaise de soutien aux diabétiques (Assad), de l’Ordre des pharmaciens, des grossistes privés, des laboratoires pharmaceutiques et de la Direction de la pharmacie et du médicament. Tout le monde a fait des concessions, ce qui a permis des réductions importantes. Cependant, nous sommes confrontés à certaines difficultés concernant cette baisse sur l'insuline. Il y a des citoyens d’autres pays qui viennent se ravitailler au Sénégal, ce qui pose problème, parce que cela fausse nos statistiques. En plus, il y a des risques puisque si on commande pour les patients sénégalais et que d’autres personnes viennent se ravitailler, cela peut même être à l’origine de ruptures. Nous exhortons les pharmaciens à être plus vigilants à ce niveau.

La baisse des coûts est-elle supportée par  l’Etat, surtout que plus de 80% des médicaments utilisés par les patients sénégalais sont importés ? 
Il y a une partie qui est supportée par l’Etat du Sénégal. L’insuline par exemple est subventionnée, ce qui fait que les prix ont beaucoup baissé. Pour les autres baisses, ce sont les fonctionnaires de l’Etat et le privé qui se sont entendus pour faire baisser les prix des médicaments en faisant la promotion des médicaments génériques. Avant, nous avions beaucoup de spécialités de référence que les gens vendaient presque au prix de « leur choix ». Maintenant puisque l’Etat a fait rentrer beaucoup de génériques, il y a la compétition. Les gens qui vendaient à 15.000 FCfa se rendent compte qu’ils n’arrivent plus à écouler leurs produits, parce qu’il y a ceux qui vendent à 5000 FCfa. Ils sont obligés de baisser leurs prix jusqu’à 8000 FCfa par exemple ou moins. Ce sont des stratégies mises en place par l’Etat, avec l’appui des pharmaciens d’officine, des pharmaciens grossistes et répartiteurs privés. Ce sont toutes ces actions combinées qui ont fait que les prix des médicaments ont baissé. C’est ce qui justifie la somme de 4 milliards de FCfa économisée en 2014 par la population sénégalaise. Pour 2015, nous n’avons pas encore fait le point, mais nous pensons que cette baisse se poursuit parce qu’au Sénégal, l’Etat veille à ce qu’il n’y ait pas d’augmentation de prix pour les médicaments. C’est ce qui explique que, depuis 2013, il n’y a pas eu d’augmentation de prix pratiquement sur aucun médicament au Sénégal. Les prix ont diminué pour certains médicaments et sont restés stables pour d’autres. Le ministère de la Santé et de l’Action sociale travaille pour qu’il n’y ait pas d’augmentation des prix des médicaments sur l’ensemble du territoire, même si la pression est de plus en plus importante sur nous.

Quelles sont les initiatives prises au Sénégal pour promouvoir les médicaments génériques et faire comprendre aux populations qu’ils sont aussi efficaces que les produits de spécialités ?     
Pour faire la promotion des médicaments génériques, nous avons mis en place une stratégie nationale de promotion de ces produits. Elle est en phase de validation. Dans cette stratégie, nous allons décrire tout ce que nous devons faire pour la promotion des médicaments génériques. Mais ce que nous faisons actuellement, c’est d’autoriser les pharmaciens à faire ce qu’on appelle la substitution, c’est-à-dire lorsqu’un médecin prescrit un médicament A, que le pharmacien puisse le remplacer par un médicament B générique qui est beaucoup moins cher. Pour cela, nous sommes en train d’élaborer un Guide des équivalences thérapeutiques. Lequel va répertorier tous les médicaments commercialisés au Sénégal, en particulier les produits de référence et les médicaments génériques avec leurs prix. Avec ce Guide, quand le médecin veut prescrire le médicament A qui coûte 20.000 FCfa, il verra à côté le médicament B, C ou D qui coûtent 10.000 FCfa, 7.500 FCfa ou 5000 FCfa et qui sont équivalents aux médicaments A. Nous suggérons dans ce cas au médecin de prescrire au patient le médicament le moins cher, parce que tous ces produits ont la même efficacité et les mêmes effets indésirables. Si le médecin ne le fait pas, nous donnons l’autorisation aux pharmaciens de vendre les produits les moins chers. Si ce dernier ne le fait pas, le malade pourra réclamer le médicament moins cher, car c’est lui qui paie de sa poche. Si le malade ne le réclame pas, que la mutuelle qui rembourse puisse dire qu’elle va payer sur la base des médicaments qui coûtent moins cher. Ce sont des choses qui sont faites dans des pays développés et le patient peut prendre le médicament de son choix, mais les mutuelles vont rembourser sur la base du prix le plus bas. Il faut que les mutuelles sénégalaises s’intéressent à ce système de remboursement. Elles ne doivent plus accepter de payer les médicaments les plus chers.

Pourtant dans les pharmacies, quand un malade se présente sans ordonnance, les pharmaciens lui proposent les médicaments les plus chers. Peut-on dire que nos pharmaciens sont de grands commerciaux ?  
C’est difficile de confirmer que les pharmaciens proposent aux patients les médicaments les plus chers. Mais nous savons que la marge du pharmacien est calculée sur la base du prix du médicament. Donc, plus le médicament est cher, plus la marge est élevée. Il y a un conflit d’intérêt. Nous n’avons pas les moyens pour confirmer qu’ils conseillent aux patients les médicaments les plus chers. Mais, la logique voudrait que quand deux médicaments ont la même efficacité que l’on propose aux patients le médicament le moins cher.

Quelle comparaison faut-il faire entre les médicaments essentiels et les médicaments génériques ? 
Les médicaments essentiels sont indispensables au traitement de plus de 80% des pathologies de la population. Ce sont des médicaments dont on ne peut pas se passer. Mais, ils peuvent être des médicaments génériques ou des médicaments de référence. Donc, il y a des médicaments de référence et des médicaments génériques. Parfois on parle de médicaments essentiels génériques parce que ces médicaments sont d’abord essentiels. Maintenant, quand on ajoute générique, c’est parce qu’on veut des médicaments les moins chers. C’est pour cette raison que la Pna commande des médicaments essentiels génériques. Elle commande des génériques parce qu’ils sont moins chers et sont aussi efficaces que les médicaments de référence. La seule différence, c'est le prix. Je dis toujours à mes étudiants que le médicament générique, c’est comme la marchandise qu’on achète sans la Tva par rapport à celle achetée avec la Tva. C’est la même marchandise, la seule différence, c’est le prix.

Est-ce pour cette raison qu’on fait de plus en plus la promotion des médicaments génériques ?
Nous  faisons la promotion des médicaments génériques parce qu’ils sont aussi efficaces et moins chers que les médicaments de référence. Ils sont moins chers pour deux raisons principalement : quand quelqu’un découvre un produit de référence, il est le seul à le commercialiser. Il détient une exclusivité pendant 10 ans. Il impose pratiquement son prix. Par exemple si quelqu’un découvre un produit contre la maladie à virus Ebola, il peut décider de le vendre à 10 millions de FCfa. On n’y peut rien parce que si le patient ne peut pas acheter ce médicament à ce prix, il risque de mourir. Là, les gens n’ont pas le choix. Mais, une fois que le brevet tombe dans le domaine public, après 10 ans de commercialisation, d’autres laboratoires peuvent fabriquer le même médicament. Celui qui a découvert ce médicament peut continuer à vendre à 10 millions de FCfa, mais un autre laboratoire va vendre à 2 millions de FCfa et un autre à 1 million de FCfa. Ce sont ces genres de compétition qui font que le médicament générique est moins cher.
La deuxième raison est que pour découvrir un médicament de référence, il faut environ 10 ans de recherche, alors que pour un médicament générique, il faut en moyenne un an. Ce n’est même pas de la recherche. Il suffit d’acheter le principe actif pour faire la fabrication. On investit moins d’argent pour fabriquer un générique par rapport à un médicament de référence, ce qui fait que les médicaments génériques sont moins chers. Ce sont ces deux raisons principales qui font que les génériques sont moins chers que les médicaments de référence.

Le marché illicite du médicament constitue encore une préoccupation dans notre pays. Quelles sont les actions majeures mises en œuvre pour combattre ce fléau ?
Par rapport au marché illicite ou à la vente illicite des médicaments, en 2014, nous avons mené l’opération « porc-épic ». C’était sous l’égide d’Interpol, avec la police, la gendarmerie, la Direction de la pharmacie et du médicament et l’Ordre des pharmaciens. Cette opération, menée simultanément à Dakar, Kaolack et Diourbel, a permis de saisir 3,9 tonnes de médicaments et d’arrêter 42 personnes jugées et mises en prison. Nous pensons que cette action a entraîné une diminution de la vente des médicaments dans la rue, parce que les vendeurs se rendent compte qu’ils ne sont plus à l’abri. En effet, ils peuvent subir des pertes sèches pouvant aller de 500.000 à 2 millions de FCfa, voire 5 millions de FCfa, dans la mesure où les médicaments saisis sont brûlés. En plus, ils peuvent être envoyés en prison. Les peines d’emprisonnement étaient de 15 jours. Certains estiment que c’est insuffisant, mais nous pensons que c’est un avertissement. Et il faut noter qu’au Sénégal, c’était la première fois que 42 personnes fussent arrêtées en même temps et mises en prison pour vente illicite de médicaments. Cet avertissement est à l’origine de la baisse des activités de vente illicite des médicaments qui, il faut le reconnaître, n’a pas disparu totalement. Mais, aujourd’hui quand on se promène à Dakar, on ne voit pas des gens vendre de manière ostentatoire des médicaments. Cependant, il se peut qu’il y’ait des rabatteurs qui parviennent à trouver des médicaments, mais nous considérons que cette vente illicite a beaucoup diminué.
Sur le plan de la réglementation, le ministère de la Santé a pris un arrêté  pour mettre en place un Comité national de lutte contre la vente illicite des médicaments et l’exercice illégal de la pharmacie. Ce comité est en train d’être mis en place. Pratiquement la quasi-totalité des ministères concernés ainsi que la Primature, le Conseil économique, social et environnemental et la plupart des Ordres professionnels ont déjà désigné leurs représentants. Nous voulons que tous les acteurs concernés s’unissent pour combattre la vente illicite des médicaments.

Pouvez-vous revenir sur les dangers des médicaments de la rue ? 
Ceux qui commercialisent les médicaments dans la rue ne connaissent rien de ces produits. C’est le premier danger. Un médicament même bon à l’origine, s’il est mal conservé devient un danger parce que pouvant se transformer en produit toxique. Il peut aussi perdre son efficacité. Par exemple, si un médicament est administré à une femme enceinte, alors qu’il est contre-indiqué chez cette femme, ce produit peut créer un avortement et d’autres problèmes. Donc, les médicaments vendus dans la rue sont dangereux, car ils peuvent causer des dommages importants aux patients et même entraîner la mort. Si le médicament est périmé, ce n’est pas le problème des vendeurs de la rue et ils sont capables même de changer la date de péremption. Tous ces paramètres font qu’il est extrêmement dangereux d’acheter les médicaments dans la rue. Les pharmaciens qui les dispensent ont fait des études poussées dans ce domaine. Après leur baccalauréat scientifique, ils ont fait 6 ans d’études pour avoir un diplôme. En plus de cela, ils subissent des formations continues pour faire ce que l’on appelle la dispensation. Cette formation leur permet de savoir si on prescrit un médicament à un patient est-ce qu’il peut le prendre vu son état de santé. Si le malade souffre par exemple d’insuffisance rénale, on lui conseillera de prendre le médicament adapté à sa maladie et la dose qui sied. On peut aussi prescrire deux médicaments (A et B) que l’on ne doit pas prendre en même temps parce qu’il faut observer un décalage de 2 heures, car si le malade les prend en même temps, l’un peut empêcher l’efficacité de l’autre. Le pharmacien est le seul habilité à comprendre cela et à l’expliquer au patient. Celui qui vend des médicaments dans la rue ne connaît pas ces notions. Le patient peut avoir deux médicaments dont l’un est destiné au traitement et l’autre à lutter contre les effets secondaires du premier. Le vendeur de la rue n’est pas capable d’identifier ces choses-là. Il peut vendre un médicament au patient qui, au cours de la prise du produit, peut être confronté aux effets secondaires. Ce dernier pensera que ce médicament n’est pas bon. Pourtant, il peut être bon, sauf que celui qui le lui a vendu n’a pas les capacités de donner des explications sur l’association du deuxième médicament qui permet de combattre les effets secondaires du premier.  Pire, le vendeur de la rue pourrait vendre uniquement le deuxième médicament qui n’est prescrit que pour lutter contre les effets secondaires du premier et la pathologie du patient ne sera pas traitée et pourra donc s’aggraver.

Pourtant, malgré les nombreuses annonces de la fermeture de « Keur Serigne Bi », la vente de produits pharmaceutiques se poursuit sur ce site. Qu’est-ce qui bloque les tentatives de mettre fin aux activités menées à cet endroit ? 
Ce que nous privilégions, c’est de faire des descentes sur le terrain avec la police. Nous allons aussi continuer à faire de la sensibilisation parce que nous pensons que ceux qui prennent ces médicaments le font par ignorance. La plupart des gens qui ont été à l’école connaissent les dangers liés à l’utilisation des médicaments de la rue et ne les achètent pas. Le problème d’ignorance de certains étant réel, nous devons informer la population sur les conséquences désastreuses des médicaments. En plus, nous privilégions les descentes sur le terrain avec la police et la gendarmerie pour que les vendeurs sachent qu’ils sont en infraction et risquent la prison. Les forces de l’ordre et la justice feront leur travail. Les gens pensent que les peines ne sont pas assez dissuasives, mais ce n’est pas le cas, parce qu’un vendeur de médicaments de la rue peut être emprisonné jusqu’à 2 ans. C’est prévu dans le Code pénal en son article 227, car cela est qualifié d’exercice illégal d’une profession réglementée. Les vendeurs qui ont été pris l’année dernière ont été condamnés à 15 jours, mais ce sont des magistrats qui jugent. Nous estimons que cette peine est pédagogique, parce que la peine peut aller jusqu’au-delà, puisque si quelqu’un vend des médicaments de la rue à une personne qui meurt après la prise du produit, ce dernier peut tomber dans le champ de l’homicide involontaire. Donc vous voyez que les  gens peuvent aller aux assises et avoir des condamnations beaucoup plus lourdes.

Aujourd’hui avez-vous renforcé la sécurisation des circuits de distribution des médicaments, quand on sait que des manquements sont des fois notés dans le contrôle aux frontières ?
C’est un peu compliqué aux frontières. Mais nous maîtrisons le circuit officiel des médicaments. Au Sénégal, nous avons des grossistes répartiteurs  (6)  qui assurent la distribution dans le privé et un grossiste répartiteur public qui est la Pharmacie nationale d’approvisionnement (Pna). Ce sont ces sociétés que nous reconnaissons parce qu’elles sont légales. Nous connaissons tous les produits qu’elles commandent, car à chaque fois qu’un médicament entre au Sénégal, nous délivrons une autorisation. La Direction de la pharmacie et du médicament est la seule structure habilitée à délivrer une autorisation. Pour les produits de ce circuit officiel, il n’y a pas de problème. Tout est bien tracé. Nous connaissons la quantité des produits qui entre au Sénégal et ceux à qui ils sont destinés, notamment les pharmacies. Par contre, là où on peut avoir des soucis, c’est par rapport aux produits qui entrent de manière frauduleuse au Sénégal en passant, soit par le port, soit par l’aéroport ou les frontières terrestres. Nous savons que la Douane fait beaucoup d’efforts pour endiguer ce phénomène, même si l’on trouve souvent ces produits au Sénégal. Nous continuerons à combattre cette vente illicite des médicaments en pensant qu’un jour on va y arriver. Notre stratégie est de tarir les sources d’approvisionnement de ces produits, parce que nous pensons que c’est le meilleur moyen de lutter contre ce phénomène. Si les vendeurs clandestins ne trouvent pas de médicaments, le problème sera résolu.

Mais, vous n’avez pas assez d’inspecteurs pour empêcher que des médicaments entrent frauduleusement au Sénégal ?
C’est sûr que le personnel n’est pas suffisant, même si beaucoup d’efforts ont été faits dans ce sens. Le ministère travaille pour que la Direction de la pharmacie et du médicament ait plus de pharmaciens inspecteurs qui vont être sur le terrain pour traquer les vendeurs des médicaments de la rue. En plus, on souhaite disposer de brigades spéciales pour lutter contre ces médicaments de la rue. A ce niveau, nous pouvons faire mieux, mais nous sollicitons d’autres acteurs de la société comme la Police, la Gendarmerie, le Service national d’hygiène et la Douane pour nous aider encore à mieux lutter contre les faux  médicaments.

L’implication des pharmaciens dans le trafic illicite des médicaments est avérée. Où est-ce que vous en êtes dans la croisade contre les professionnels véreux ? 
Dans la vente illicite des médicaments, au jour d’aujourd’hui, on ne peut pas dire que les pharmaciens sont impliqués. Certains pharmaciens étaient impliqués, il y a 5 ou 6 ans, dans la vente illicite des médicaments. Ces derniers ont été mis à la disposition de la justice. Ils étaient au nombre de trois, mais depuis lors, nous n’avons pas constaté l’implication flagrante de pharmaciens dans la vente illicite des médicaments. Tout ce que nous pouvons dire est que nous ne protégeons pas les pharmaciens qui seraient impliqués dans la vente illicite des médicaments, même si ce sont des confrères. Ceux qui s’adonnent à la vente illicite de médicaments ne sont pas à l’abri d’être pris un jour et d’être mis à la disposition de la justice. Nous continuerons à nous battre pour assurer la traçabilité des médicaments en faisant en sorte que quand une certaine quantité de médicaments arrivent au Sénégal, que nous puissions connaître leur destination. Nous faisons des inspections. Si on nous dit qu’une pharmacie a reçu 100 boites de médicaments et une autre 10, si nous constatons qu’il y a une grande différence, nous allons vers la pharmacie qui a reçu la grande quantité pour procéder à la vérification. Pour les médicaments vendus exclusivement sous ordonnance, le pharmacien doit transcrire le nom du patient dans l’ordonnancier. Ainsi, les inspecteurs en pharmacie doivent pouvoir vérifier la destinée des médicaments reçus par le pharmacien. Si ce dernier n’arrive pas à fournir ces informations, nous prenons des mesures en demandant que l’approvisionnement de cette pharmacie soit suspendu. Nous pouvons même donner l’ordre pour la fermeture de cette pharmacie dès lors que le pharmacien n’arrive pas à prouver la destinée des médicaments qui lui ont été livrés. Nous venons de nommer d’ailleurs un pharmacien chargé du suivi des approvisionnements pour mieux assurer cette fonction. Nous le faisions, mais c’est officiel maintenant. Avec cette nomination, nous pourrons nous assurer que les produits qui entrent dans la pharmacie sont destinés aux clients, mais pas pour ravitailler un vendeur de la rue ou un toxicomane.
Vu le nombre réduit des inspecteurs, nous enregistrons parfois des failles, mais nous travaillons à améliorer les choses et à trouver des solutions qui ne demandent pas de moyens, parce que ce sont des lettres que nous écrivons. En plus de cela, nous faisons des inspections sur l’ensemble du territoire national. Des équipes d’inspecteurs sont régulièrement envoyées dans les régions pour effectuer des contrôles, et ceci tous les semestres. C’est pour nous assurer que ceux qui font la dispensation des médicaments sont des personnes habilitées à le faire au niveau des officines privées, mais aussi des structures de santé publique. Ces inspections nous permettent de savoir si les médicaments qui sont dans le secteur public viennent du circuit licite ou pas et si les prix que nous homologuons sont respectés.

Avez-vous une idée du nombre de pharmacies qui existent aujourd’hui au Sénégal ? 
En 2013, le Sénégal comptait 1013 officines de pharmacie. Actuellement nous devons en avoir normalement 1045 à 1050 réparties sur l’ensemble du territoire national. Nous devons être le pays de l’Uemoa où il y a plus de pharmacies d’officine.  

Quelles actions menez-vous à l’endroit des tradipraticiens qui, à travers la publicité, font savoir qu’ils sont capables de soigner toutes sortes de maladies en utilisant des plantes ? 
Pour la médecine traditionnelle, il y a un volet géré par la Cellule de la médecine traditionnelle à la Direction générale de la santé. A la Direction de la pharmacie et du médicament, on s’occupe de tout ce qui est médicament. Par rapport à cette publicité faite sur la médecine traditionnelle à longueur de journée et de nuit dans les médias, ce que nous disons aux Sénégalais, c’est de faire attention. Ils doivent écouter les médecins et les pharmaciens qui ont fait des études approfondies dans ces domaines et éviter de courir le risque d’utiliser des médicaments dont l'efficacité et la sécurité ne sont pas encore validées par les autorités compétentes, en l'occurrence le ministère de la Santé et de l'Action sociale qui envoie souvent des correspondances aux organes de presse pour leur demander de faire attention à ne pas diffuser les publicités des tradipraticiens. Malheureusement certains organes de presse continuent de le faire.  Nous voudrions saisir l'opportunité que vous nous offrez pour dire encore aux responsables des organes de presse de bien mesurer la portée de leurs actes par rapport surtout à l'éthique. A notre niveau, nous essayons aussi de sensibiliser les populations sur les risques. Il faut que l’on donne la bonne information aux populations. Les gens rapportent souvent que l’Oms dit que 80% des populations utilisent les plantes médicinales. L’Oms dit plutôt que « 80% des populations en voie de développement ont eu recours, au moins une fois dans leur vie, à une forme de médecine traditionnelle ». Donc, l’Oms exhorte les Etats à faire des recherches sur ces formes de médecine pour prouver leur efficacité, leur innocuité ou pour se rendre compte qu’il y a des problèmes afin de prendre les mesures utiles suite à des études approfondies. L’Oms demande aux gens de faire des études parce qu’on ne peut pas accepter un médicament si l’on n’a pas prouvé qu’il est efficace et bien toléré.
A la Direction de la pharmacie et du médicament, nous demandons aux gens qui veulent promouvoir cette médecine traditionnelle de déposer un dossier dans nos locaux. Nous sommes ouverts. Si quelqu’un a des preuves que la plante médicinale qu’il veut donner aux patients est efficace et bien tolérée, nous l’autoriserons à utiliser le produit pour le traitement des patients. Mais quelqu’un qui dit qu’il traite l’hypertension artérielle, alors qu’il ne parvient pas, sur les éléments scientifiques, à prouver comment il est parvenu à soigner cette maladie, nous ne pouvons pas autoriser son médicament. Nous n’avons pas de problème par rapport aux plantes qui, aujourd’hui, soignent  beaucoup de maladies. Mais l’efficacité de ces plantes doit être prouvée. Donc, nos tradipraticiens doivent démontrer et prouver que les plantes qu’ils utilisent sont efficaces et sûres. Notre philosophie, c’est de « ne rien accepter qui ne soit au préalable démontré comme tel ».

Propos recueillis par Maïmouna GUEYE et Eugène KALY

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