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Burkina : l’armée à Ouagadougou pour négocier avec les putschistes


Rédigé par DakarFlash.com, le Mardi 22 Septembre 2015 || 58 Partages

Journée de blocus dans les rues de Ouagadougou le 21 septembre 2015. Malgré les descentes du RSP, qui tire à balles réelles, les manifestants bloquent les rues contre le coup d'Etat du général Diendéré.

Dans la nuit de lundi à mardi 22 septembre 2015, l’armée burkinabée est entrée sans résistance dans la capitale où elle négociait la reddition des putschistes de la garde présidentielle, a indiqué un haut responsable de la gendarmerie. « Tous les corps (d’armée mobilisés lundi pour marcher sur la capitale) sont entrés à Ouagadougou », a-t-il déclaré à l’Agence France-Presse (AFP).

Des colonnes de l’armée régulière, loyales au régime de transition de Michel Kafando, étaient arrivées aux portes de la capitale, placée sous couvre-feu depuis plusieurs jours, en début de soirée lundi. Elles avaient alors stoppé leur avancée. En fin d’après-midi, des chefs de l’armée avaient intimé l’ordre aux putschistes du régiment de sécurité présidentielle (RSP) de « déposer les armes » et prévenu que des unités de province convergeaient vers la capitale.

En « signe d’apaisement », le général Gilbert Diendéré, chef des putschistes à l’origine du coup d’Etat du 17 septembre, a répété, lundi 21 septembre au soir, qu’il respecterait l’accord de sortie de crise, qui prévoit le retour à la tête du pays des autorités civiles de transition.

Le général Diendéré, qui fut le bras droit de l’ex-président Blaise Compaoré, a dit craindre que la situation actuelle ne conduise « au chaos, à la guerre civile et à des violations massives des droits de l’homme » dans le pays. Il s’est engagé « à œuvrer pour la cohésion de l’armée » et a présenté ses « excuses à la nation, à la communauté internationale ».

Dans la soirée, on apprenait que le président renversé Michel Kafando avait trouvé refuge à la résidence de l’ambassadeur de France à Ouagadougou, Gilles Thibault, selon un message de ce dernier sur Twitter. M. Kafando avait été arrêté mercredi en plein conseil des ministres par les putschistes. Ces derniers avaient ensuite annoncé sa libération mais l’avaient placé en résidence surveillée. Le général Diendéré s’est en outre engagé à libérer le lieutenant-colonel Isaac Zida, premier ministre du régime de transition, placé en résidence surveillée depuis le coup d’Etat.

Appel à « regagner les casernes »

Si l’armée et la hiérarchie militaire étaient restées en retrait depuis le coup d’Etat, ce mouvement de troupes a changé la donne. Selon une source sécuritaire, les unités arrivent de l’ouest du pays (Dédougou et Bobo-Dioulasso), de l’est (Kaya et Fada N’Gourma) et du nord (Ouahigouya). Les soldats de Dédougou appartiennent à un régiment de commandos parachutistes formés par des conseillers américains et bien équipés. Le 34e régiment de blindés est également en chemin.

D’après le correspondant du Monde à Ouagadougou, l’une des colonnes s’est rapprochée de la capitale. « On s’emploie activement à faire lâcher le RSP », a confié une source diplomatique. En attendant l’arrivée des troupes, Ouagadougou se vide, selon des journalistes sur place. « Des événements d’une gravité certaine risquent de se produire ce jour même. Dans ces conditions, il vous est demandé d’observer un confinement total à domicile dès maintenant », a mis en garde l’ambassade de France.

Les présidents du Niger et du Tchad, Mahamadou Issoufou et Idriss Déby Itno, ont demandé lundi aux militaires putschistes du Burkina Faso de « regagner les casernes » et de céder le pouvoir au régime de transition burkinabé.

Le président de la République François Hollande a lui aussi appelé lundi « les forces impliquées dans le putsch » au Burkina Faso « à déposer immédiatement les armes et à rendre le pouvoir aux autorités légitimes ». Il a aussi « confirmé que la France se réservait la possibilité d’appliquer des sanctions contre ceux qui s’opposeraient à la tenue d’élections régulières », et « que la coopération civile, financière et militaire française avait été suspendue » et ce « jusqu’à la reprise effective de la transition, sous autorité civile », a indiqué l’Elysée dans un communiqué.

Un projet d’accord « honteux »

La transition mise en place après la chute de Blaise Compaoré en octobre 2014 devait prendre fin le 11 octobre avec la tenue d’élections générales dans le pays. Un processus pacifique stoppé net par le putsch du RSP jeudi. Ce régiment, considéré comme une armée dans l’armée et contesté par une partie de la population, est l’ancienne garde prétorienne de Blaise Compaoré. C’est son commandant historique, le général Diendéré, un proche du président déchu, qui a depuis pris les rênes du pays.

Une médiation a été engagée par la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Mais le projet d’accord, qui doit être examiné mardi lors d’un sommet extraordinaire de la Cédéao à Abuja, suscite colère et méfiance à Ouagadougou.

Le président renversé Michel Kafando s’est déclaré « très réservé sur ce projet d’accord » qui laisse sans solution des « problèmes de fond », dans un entretien à la radio RFI. Quant au collectif Balai citoyen, en pointe dans le soulèvement populaire qui avait provoqué la chute du président Blaise Compaoré en 2014, il l’a qualifié de « honteux ».

Des barricades ont été érigées dans les rues de la capitale burkinabé et de sa périphérie pour protester contre le texte, qui prévoit la « restauration des institutions de la transition et du président Kafando », mais aussi l’amnistie des putschistes et la participation de candidats pro-Compaoré aux prochaines élections.
 
source: rfi

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