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CHRONIQUE DE ALIOUNE FALL : En politique, on finit toujours par tuer le père


Un fils digne finit par prendre la dague, l’enfoncer au cou de son père ; du regard, manger son âme, recueillir son sang et le boire jusqu’à la dernière goutte. Ce rituel est un passage forcé vers une réincarnation du souffle vital du patriarche. Par l’acte, le fils digne aspire les pouvoirs du patriarche, grand roi et seul souverain.

Rédigé par DakarFlash.com, le Lundi 16 Octobre 2017 || 80 partages || 0 commentaires

 

Précisons que les plus grands souverains adhèrent au projet parricide, assistent le digne fils dans son sacrifice et lui tient le gobelet qui doit contenir son propre sang, pendant que le futur souverain enfonce la dague. Le plus grand roi prie pour ne jamais être témoin de sa déchéance. Son déclin est la chute des idoles et idéaux de toute une communauté ; et quand il ne peut plus éviter la chute, il ne se débat pas, il s’abandonne au destin d’une chute célébrée plutôt qu’une fin de charogne.

Cela au profit d’un prince qui a un pur souffle de vie, une rage, la force et la puissance de la jeunesse qui inspire espoir. Et, si le patriarche joue contre le destin, il est ligoté, traîné, dévêtu de ses habits et de sa fierté, poignardé et jeté aux charognards. Tant mieux, si l’histoire le présente comme  un martyr. Il n’y a aucune fierté à servir un roi affaibli par l’âge et les revers.

Les parricides ne sont pas forcément des lâches. Ils sont aussi soucieux de l’avenir de l’empire que celui qui a fait les grandes conquêtes et qui oublient qu’ils ne seront pas en âge de faire les prochaines, qui se voient trop beaux et éternels et qui sont d’une mentalité anachronique. Les parricides ont soif de la victoire du lendemain, quand les patriarches sont aveuglés par les gloires connues et chantées et qui appartiennent maintenant au passé. Ainsi, ne devient-il pas impérieux de tuer le père et d’ouvrir l’empire aux perspectives d’avenir.

L’autre alternative qui existe est la construction d’un édifice à partir des piliers du château du père et petit à petit l’isoler dans une arrière-cour en compagnie de vieux stériles qui le berceront de tactique vengeresse jusqu’à ce que la mort le surprenne dans son sommeil

Au Sénégal, les pères sont tenaces, ils tiennent le coup, ils restent suffisamment longtemps pour assister à leur propre déchéance. La démesure de leur orgueil finit par leur coûter la fierté de partir sous les honneurs. Alors, ils finissent par semer la tension dans la famille, monter les uns contre les autres et instaurer une guérilla fratricide pour éviter le parricide.

L’affronter ou l’isoler, Thierno Bocoum semble faire le choix. Il a surtout évité d’éjecter brutalement le père, pour ne pas se faire éclabousser par son sang. Il n’est pas le premier, encore moins le seul à le faire. On ne le vivra pas comme un choc. En politique, les adversités se vivent dans et en dehors des formations politiques. Propulsé par sa visibilité lors de la dernière Législature, Bocoum  s’est vu totalement empli de légitimité et de popularité pour s’ôter du giron de son leader. A tort ou à raison ? Seul l’avenir nous le dira.

En attendant, on devrait se demander s’il a eu le choix ? Thierno Bocoum n’avait pas manifestement pas d’autres alternatives que de tirer profit d’une situation qui l’avantageait par rapport à d’autres responsables du parti. Thierno Bocoum est de la génération de ceux qui ont soutenu Idrissa SECK plus du fait de l’injustice qu’il semblait vivre que du contenu de son discours politique. Avec d’autres, il s’est fait bouclier du leader du REWMI pendant plus de 10 ans.

Autant d’années perdues à se justifier et à s’expliquer sur les accusations de détournement. Par moment, assez laborieusement, les jeunes responsables parvenaient à justifier les incessants retournements de veste et double discours de leur mentor, concernant ses rapports avec WADE. Après la défection des anciens frondeurs du PDS victime de la « desseckisation » du régime de WADE, l’heure est venue pour les responsables de la seconde génération de s’affirmer. Cette opération ne se fera point sans bataille de positionnement.

Abdourahmane Diouf, depuis la montée en puissance de Déthié Fall dans le parti, réoriente ses priorités dans ses activités professionnelles en dehors du Sénégal et s’active plus pour des besoins de cohérence que pour un investissement entier pour le parti en attendant de se fixer sur son avenir politique. Dans la distribution des rôles, le chef s’interdit une équité et installe un sentiment de  jalousie dans ses rangs. C’est fait à dessein. Cela ouvre une guerre fratricide qui finit par épargner le patriarche. Et pour combien de temps encore ?

Le charisme d’un chef de guerre se maintient par la victoire. Les vieux dinosaures du champ politique n’en ont plus eu depuis Mathusalem. De quelle victoire peuvent-ils s’enorgueillir durant leur longue vie politique. En dehors des élections de 2007 où Idy a acquis une place honorable de second qui ne lui a même pas ouvert les voies d’un second tour, il n’a fait que collectionner des déceptions au plan national.

Attaqué de toute part dans son fief, chaque élection révèle un recul de son hégémonie dans la ville finissant par se faire sèchement corriger par ses protagonistes dans le département de Thiès. La magie du verbe n’a jamais suffi pour gagner des élections. Le leadership médiatique peut se maintenir, tant qu’on peut avoir des envolées verbales dont sont friands les journalistes ; mais elles ne suffiront jamais à rallier les masses.

Pour les plus optimistes, il finira par être Président mais les acteurs qui l’entourent eux sont réalistes. Ils prennent de plus en plus conscience d’un fait têtu: le dragon ne crache plus le feu et qu’une succession s’impose. Mais l’audace du parricide manque à certains. Thierno Bocoum n’a pas longtemps hésité. Ce n’est pas un simple abandon de domicile, mais une tentative de prise de pouvoir dans le même parti. En témoignent les démissions en cascade. A-t-il les épaules fortes et les bras puissants pour arriver à ses fins ?

Dans un contexte où le paysage politique fait sa mue, il y a lieu de faire une dichotomie entre la popularité tirée d’une forte présence sur les réseaux sociaux et celle plus réelle et dont l’acquisition est plus pénible. Qu’on le veuille ou non, ceux qui ont l’audace de prendre leurs responsabilités aujourd’hui sont ceux qui occuperont les devants de la scène politique demain, quand les pantins et dames de compagnie agonisants du régime actuel tireront leurs derniers souffles.

Alioune FALL

 
 
 

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