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Cahier Ramadan 2016 – Le journal intime de Zeynab, 26 ans, épouse d’immigré : Ma résolution du Ramadan


Rédigé par DakarFlash.com, le Mercredi 29 Juin 2016 || 59 Partages

Cahier Ramadan 2016 – Le journal intime de Zeynab, 26 ans, épouse d’immigré : Ma résolution du Ramadan
 

On pense que certaines choses n’arrivent qu’aux autres. Et lorsqu’elles vous frappent de plein fouet, vous avez du mal à y croire. Je ne réalise pas encore qu’une telle honte puisse s’abattre sur moi. Rompre mon serment du mariage ou en être contrainte, était pour moi impensable. Il fallait donc que je me ressaisisse, que je reprenne ma vie en mains. C’était plus que je ne pouvais supporter, j’étais arrivée à un point de non-retour. Plus question de me laisser mener par le bout du nez, la mascarade avait assez duré. Je ne pouvais plus risquer de voir mon histoire d’amour avec Yassin se terminer sous prétexte que je n’étais pas celle que sa famille avait choisie…

 

Les mots de mon beau-père résonnaient encore dans ma tête. Je n’ai pas réussi à fermer l’œil, de toute la nuit. Mon lit était devenu subitement beaucoup trop large pour moi. Recroquevillée dans un coin de la chambre, je pleurais toutes les larmes de mon corps. Comment mon mari, celui que j’avais aimé du premier regard, celui grâce à qui j’ai découvert les joies de la vie à deux, pouvait me témoigner d’un aussi flagrant manque de considération ? Pourquoi accepte-t-il d’être mené à la baguette par ses parents ? Qu’est-ce qui a pu le pousser à boire leurs paroles et à systématiquement rejeter les miennes ? Autant de questions auxquelles, je n’arrivais pas à trouver réponses. En revanche, j’étais certaine d’une chose : ils n’auront pas le dernier mot. Aucune autre femme ne viendra prendre ma place dans le cœur de Yassin et je ne bougerai d’un iota du domicile conjugal. Si à distance, ils ont réussi à semer la zizanie dans mon couple, je peux tout aussi tenter de recoller les morceaux. Tout est clair maintenant dans ma tête. Je me reprends, sèche mes larmes et sors de la maison, en toute hâte. Néanmoins, j’ai eu le temps de mesurer le climat pesant qui y régnait. Entre le regard glacial que m’a jeté Maïram, les piques que me lançait Pape, j’ai compris qu’ils s’étaient tous réveillés avec une dent contre moi. Je passai malgré tout, mon chemin, sans leur accorder la moindre attention. Dehors, un vent frais caressait mes yeux encore bouffis de mes sanglots de la veille. Le voile qui me recouvrait la tête, traînait presque par terre, tellement il était grand. N’eut été cette bonne dame que j’ai croisée sur le terminus du bus, je ne l’aurais même pas remarqué. «Ma fille, tu es train de balayer la rue», me souffla-t-elle au creux de l’oreille. Je fis mine de le réajuster, en attendant patiemment le prochain bus. J’observais les passants aller et venir, avec leur bouille des mauvais jours. Les effets du Ramadan, sans doute. Cure-dents coincés dans la bouche, ils ne pouvaient s’empêcher de cracher partout. J’étais sidérée par autant d’incivisme, mais n’en avais que faire. C’était le cadet de mes soucis ! Arriver au plus vite à la Sicap était ma plus grande préoccupation…

 

Il y avait bien longtemps que je n’avais pas les remis les pieds dans mon ancien quartier. J’avais coupé tout contact avec mes amis, pour me consacrer à mon ménage, comme me l’ont recommandé mes «Badiennes» (tantes), lors de ma nuit de noce. Une vague de tristesse mêlée à un sentiment de nostalgie m’envahit soudainement. Ici, j’avais vécu des moments inoubliables. C’est là que j’ai grandi auprès de parents aimants. Le décès brutal de ma mère refait encore surface et avec lui, ma plaie qui ne s’est jamais cicatrisée. J’en voulais à mon père, comme s’il était responsable de cette tragédie et l’ai presque rayé de ma vie. Il a assisté à mon mariage comme un simple spectateur. Et c’était justement la cause de tous mes malheurs. Il n’a jamais été au courant des injustices que je subissais au sein de mon foyer et j’étais décidée à y mettre un terme. D’un pas assuré, je suis entré dans le salon, papa était en train de prier, chapelet à la main. Il avait pris le «Wird Niassène», depuis la mort de ma mère et ne décollait jamais de sa natte de prière. Lorsqu’il m’aperçut par dessus son épaule, il a failli tomber à la renverse. Il était bien loin de sa surprise ! Mon air de chien battu lui avait sauté aux yeux et il me demanda de suite, ce qui n’allait pas. J’entrepris alors de lui raconter mon calvaire de A à Z, pendant les 4 années vécus chez ma belle-famille. Après mon récit, j’ai vu une lueur d’amertume dans ses yeux. Comme s’il s’en voulait d’avoir été en retrait de ma vie. D’un calme olympien, il prit son téléphone et composa le numéro de Yassin à Bruxelles. Il ne l’avait jamais contacté auparavant et sur un ton autoritaire, lui fit savoir que j’étais à la maison. «Zeynab est ici et je ne compte pas la laisser rentrer chez tes parents. En tout cas, pas tant que tu ne m’auras pas dit ce que tu entends d’elle. Tu l’as épousée pour faire d’elle le souffre-douleur de ta famille ou son esclave ? J’envoie de ce pas chercher sa tante, afin qu’elle aille récupérer ses affaires et si tu tiens toujours à divorcer d’elle, comme l’a sous-entendu ton père, tu peux toujours le faire. Mais sache que ce ne sera pas sans conséquences», lui dit-il sec. Assise à côté de lui sur le canapé, j’ai failli lui arracher le téléphone des mains. Je ne voulais pas quitter mon époux et mon père lui, semblait d’un autre avis. J’entendais Yassin à l’autre bout du fil, balbutier quelques mots, essayer de justifier le comportement de ses parents à mon endroit et débiter inlassablement ce qu’on lui a fait croire jusqu’ici. Papa lui n’en démordait pas et insistait sur le fait qu’il n’avait aucune preuve de ce qu’il avançait. Il finit par obtenir gain de cause. Yassin lui avoua qu’il avait prévu de revenir au bercail avant la Korité, pressé par sa mère qui lui demandait de m’accorder le divorce…

 

Au même moment, mon portable sonnait, le numéro de Pape s’affichait. Je ne décrochais et il continuait à appeler. Quand papa eut fini sa conversation avec mon époux, il me demanda de répondre à l’appel. Je lui obéis sans sourciller. Pape a failli me casser le tympan à force de me hurler dessus. «Où es-tu passée. Ne sais-tu pas que tu as des obligations à remplir et tu sors sans prévenir. Tu sais parfaitement qu’aujourd’hui, tu dois préparer le «Ndogou» que nous offrons aux talibés de la Dahra du quartier», peste-t-il. A vrai dire, cela m’était complètement sorti de l’esprit. La veille, Pape et ses amis avaient fait leurs courses et m’avaient remis les provisions. Je devais, comme tous les ans, me coltiner la lourde tâche de tartiner de beurre des dizaines de baguettes de pain, faire bouillir une grosse marmite de lait et préparer un bol de lakh. Tous les ans, à l’approche du Ramadan, Pape et sa clique avaient l’habitude de récolter des fonds auprès de mécènes pour, disent-ils, venir en aide aux plus démunis. L’école coranique du coin était leur cible. Là, personne ne poserait de questions et ne trouverait à redire. Ils achetaient sacs de riz, dattes et sucre qu’ils leur offraient en don, en plus du «Ndogou» concocté par mes soins. Ils se gardaient bien de dévoiler les sommes astronomiques qu’ils ramassaient, au nom de ces pauvres petits talibés et s’en mettaient plein les poches. Hé bien, cette année, ils vont devoir se débrouiller sans moi, papa ayant décidé que tant que Yassin ne sera pas de retour, je ne regagnerai pas mon foyer. Voilà qui a le mérite d’être clair…

igfm


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