Menu
DakarFlash
DakarFlash.com



"Charlie", Hyper Cacher : les cérémonies d'hommage ont 3 vertus... mais elles tombent mal


LE PLUS. Un chêne a été planté place de la République en mémoire des victimes des attentats de Paris et sa banlieue. Et Johnny Hallyday a chanté "Un dimanche de janvier" lors d'une cérémonie organisée en hommage aux victimes du début de l'année. Comment les témoins vivent-ils ces commémorations ? Réponse avec la psychologue Hélène Romano.

Rédigé par DakarFlash.com, le Dimanche 10 Janvier 2016 || 12 Partages

"Charlie", Hyper Cacher : les cérémonies d'hommage ont 3 vertus... mais elles tombent mal

Un an après les attentats de "Charlie Hebdo" et de l’Hyper Cacher, nous rendons hommage aux victimes à travers une série d’événements.

Les 3 objectifs des hommages

Ces cérémonies commémoratives collectives poursuivent trois objectifs.

D’abord, elles servent à marquer un temps dans le processus de deuil. La cérémonie d’hommage crée une rupture entre le « temps d’avant », période du drame, du deuil, de la peine et le "temps d’après", où l’on passe à autre chose, où l’on peut revenir dans la vie.

Ensuite, elles permettent à un groupe qui a été totalement bouleversé d’avoir un moment pour panser les conséquences des morts multiples, une façon de recréer et renforcer la solidarité collective.

Enfin, les cérémonies servent à nous rappeler à tous que la mort, ce n’est pas l’oubli et qu’il faut faire un travail de mémoire.

Un timing déstabilisant

La spécificité de ce triste anniversaire, c’est qu’entre les attaques de janvier et aujourd’hui, il y a eu le 13 novembre.

Si ces nouveaux attentats n’avaient pas eu lieu, nous ne ressentirions certainement pas cette forme de malaise. La collusion entre les deux événements peut donner un goût amer à ces commémorations.

J’ai senti un malaise chez certains. Plusieurs victimes de novembre m’ont dit qu’elles ne se sentaient pas concernées par ces événements, qu’elles n’arrivaient pas à être "dedans". Pour ces gens traumatisés par les événements de novembre, il est trop tôt.

Le danger est toujours là

L’autre difficulté, c’est : comment passer à autre chose ? On sait bien que ce n’est pas possible et l’attaque avortée au commissariat du 18e arrondissement de Paris l’a bien prouvé. On ne peut pas avancer en se disant que le pire est derrière nous.

La cérémonie de commémoration ne peut donc pas avoir cet effet d’apaisement, car on sait que le danger est toujours là. 

D’ailleurs, d’ordinaire, les cérémonies d’hommage n’ont pas lieu pendant les guerres, mais après. Il a fallu attendre bien longtemps avant de rendre hommage eux résistants, par exemple.

Malgré tout, il est important de marquer ce temps, un an après le drame. Pour la solidarité et pour la mémoire.

Une réactivation de la mémoire traumatique possible

Et si un hommage reste important au niveau du collectif, on peut quand même se demander si ces cérémonies n’ont pas pour effet de réactiver la mémoire traumatique chez les victimes des attentats.

Psychiquement, beaucoup de choses se passent durant la première année et c’est pour cela que ces hommages ont un sens, mais d’un point de vue individuel, si ces cérémonies répondent aux besoins de certains, elles peuvent être douloureuses pour d’autres. Chacun vit les choses différemment en fonction aussi du niveau d’exposition.

Pour "Charlie Hebdo", les premières victimes sont les défunts, les gens qui étaient présents lors de la tuerie et les proches endeuillés. Mais il ne faut pas non plus oublier les sauveteurs, dont on néglige trop souvent le degré de traumatisme.

Parmi les gens touchés, il y a aussi des gens plus loin, des gens du quartier…

Quand on écoute Coco, la femme de Wolinski ou la compagne de Bernard Maris, on voit bien qu’elles n’ont pas le même regard sur ces commémorations. Les hommages permettent à certains de retrouver la liberté de parler, à d’autres de comprendre ce qu’il s’est passé. Et certains ne veulent pas en entendre parler.

Un rappel de la réalité de la mort

Certaines victimes vivent à cette occasion des réactivations traumatiques, comme à chaque fois qu’on reparle d’un événement traumatisant.

A chaque crash d’avion, des victimes d’anciens crashs reviennent me voir. Après les attentats de 2015, les victimes de ceux de 1995 ont aussi revécu certains traumatismes.

Mais même sans avoir vécu de drame collectif, certaines tragédies réactivent des histoires individuelles difficiles, comme des deuils.

Ces cérémonies rappellent tout simplement la réalité de la mort, mais elles nous disent également que l’on n’est pas seul face à la douleur. Et c’est déjà une grande vertu.

avec leplus





Nouveau commentaire :