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Dépigmentation dans les Collèges et Lycées :Sévère réquisitoire des élèves-garçons


Rédigé par DakarFlash.com, le Samedi 7 Novembre 2015 || 255 Partages

Dépigmentation dans les Collèges et Lycées :Sévère réquisitoire des élèves-garçons

La dépigmentation ou ”xessal” n’est plus réservée qu’aux grandes dames ou aux filles âgées de 18 ans et plus. Lesquelles, il faut le noter, étaient, jusqu’à un passé encore récent, plus passionnées par la pratique.

Même si, de nos jours, beaucoup ont pris conscience de ses conséquences néfastes, il n’en demeure pas moins que les très mineures en font leur tasse de thé. Pardon, une sorte de fierté.

Dans les établissements scolaires, la dépigmentation est devenue un moyen de séduction des filles, pour s’attirer tous les regards. Du moins, d’après la plupart des avis  recueillis par Actusen.com, qui, dans le cadre de ses séries de reportages sociétaux, a choisi d’en lever un coin du voile.

Et vous met au parfum de «la team xessal» dans les Lycées et Collèges de Dakar, la capitale sénégalaise. Bienvenue à bord et attachez vos ceintures, parce que chacun y va de son réquisitoire de feu !

Avenue Dial Diop. La circulation s’annonce très dense. Il est 10H30 quand nous nous pointons devant le Collège d’enseignement moyen (Cem) Blaise Diagne. C’est la recréation. Ici, le pain est à la portée de toutes les mains.

A vue d’œil, on dirait que c’est la bouffe la plus prisée par les élèves. Chacun profite de la pause pour se remplir un peu le ventre, avant de rependre les cours. Quelques élèves, un peu timides, n’acceptent pas de se prononcer sur le “xessal” des jeunes filles.  Pour ne pas les forcer, nous nous dirigeons dans la cour de l’école.

A l’intérieur, ce sont des clans qui se forment par affinité par-ci et par-là. Sept jeunes hommes sont en train de manger des beignets au coco, ils sont tous des camarades de classes.  Alpha Oumar Kinda, 14 ans, est l’un d’entre eux. La bouche pleine de beignets, il nous demande de patienter quelques minutes, le temps pour lui de finir de manger. En classe de 4eme, notre interlocuteur est habillé d’un pantalon court de couleur beige et d’un maillot de football rouge.

“C’est dégoûtant, ya  Allah da ka tèrè (Dieu l’a interdit), ça donne le cancer de la peau et des vergetures“

Sac au dos, la main sur l’épaule d’un de ses camarades, il s’explique : «le Xessal n’est pas bon pour les grandes filles, à fortiori les petites. Il peut causer beaucoup de problèmes à la personne, qui s’y adonne, surtout quand celle-ci prend de l’âge.  A l’école, les filles le font seulement pour les hommes, les charmer et  pour avoir des copains», nous apprend-t-il.

Mais c’est peine perdue, estime-t-il. Pour lui et ses camarades, le phénomène de la dépigmentation ne leur fait plus rêver, car ils sont maintenant éveillés. Mieux, la bande  à Oumar Kinda taxe la dépigmentation de tous les noms d’oiseaux.

En français, comme en wolof, ils ne mâchent pas leurs mots. «C’est dégoûtant, Yallah da ka tèrè (Dieu l’a interdit), ça donne le cancer de la peau et des vergetures», clament-ils. Le groupe de sept élèves se rappelle cette jeune fille qui s’adonnait à la dépigmentation à l’école. L’un d’entre eux nous décrie comment la jeune fille s’est métamorphosée, en l’espace de 12 mois.

«Il y a une élève, qui se dépigmentait, l’année dernière. Elle était comme une métisse. C’est le professeur qui lui a dit d’arrêter, puisque ce n’est pas bon pour la santé et que c’est dangereux à son jeune âge. Cette année, elle est toute noire», nous confie un des lycéens.

Un peu plus loin dans la cour du Lycée Blaise Diagne, un groupe de jeunes filles bavarde. Elles sont quatre amies de la même classe. Toutes en jeans, certains délavés au ton bleu, d’autres au style déchiré comme le look des Rockeuses. Elles portent des débardeurs comme pour affronter cette chaleur, qui plane sur la capitale, faute de pluies, ces jours-ci.

Adja : “elles viennent faire du défilé à l’école ou pour attirer les hommes. Elles portent des crop-top (Dioumbakh Out), des mini jupes, des robes fentes et des tatouages“ 

Une des élèves que nous avons surnommée Adja, pour avoir voulu parler dans l’anonymat, toute souriante, avec des tresses simples sans mèches, accepte de réagir, contrairement à ses camarades. Teint noir d’ébène, petite de taille, elle dénonce le comportement qu’adoptent certaines jeunes filles  à l’école.

«Il ya beaucoup de filles qui se dépigmentent ici, surtout celles qui sont en classe de troisième. Elles viennent faire du défilé à l’école pour attirer les hommes. Elles portent des crop-top (body Dioumbakh Out, actuellement en vogue), des mini-jupes, des robes fentes et mettent des tatouages sur leurs corps», narre-t-elle, avec désolation.

En faisant le tour de la cour du Cem Blaise Diagne, nous tombons sur d’autres jeunes filles, sous un arbre. Elles discutent de tout et de rien.  Elles sont en majorité de teint noir. Mais, l’une d’entre elles est de teint marron qui semble être retouché.

Se sentant un peu gênée pour nous ne savons pas quelle raison, elle n’a voulu piper mot sur la pratique de la dépigmentation, en milieu scolaire. Comme elle, le reste du groupe a préféré faire la moue et ne pas disserter sur le sujet.

Cheikouna Pouye : “les garçons intelligents ne les regardent même pas. Ce sont les lutteurs, les laveurs de voitures, les chômeurs qui les aiment“

«La dépigmentation peut gâcher l’avenir des jeunes filles qui la font». Cette idée est de Cheikouna Pouye, 17ans.  Elève, le jeune homme de teint noir, en bon Wolof, pense qu’une fille, qui se dépigmente, s’expose à des risques. «Si tu as un cancer de la peau et que tu dépenses beaucoup d’argent pour te soigner, tu peux guérir comme tu peux aussi mourir. C’est ton avenir qui est en jeu», explique-t-il.

Poursuivant, il assure que, pour lui, «ce n’est pas joli, une peau dépigmentée. Les garçons intelligents ne les regardent même pas. Ce sont les lutteurs, les laveurs de voitures, les chômeurs qui les aiment» renchérit-il. Son air très sérieux nous laisse croire que jamais, il ne fréquentera une fille qui se dépigmente.

Une femme ou une fille qui s’éclaircissent la peau, on en connait tous, puisque les rues sont bondées de ces types de cette catégorie.  Et ce n’est pas Cheikhouna Pouye qui nous dira le contraire, lui qui a été dans la même classe qu’une fille qui s’adonnait à cette pratique.

D’ailleurs, nous confie t-il, «elle a été renvoyée. Elle restait dans la cour de l’école pour discuter avec ses copains. Ce sont des voyous qui veulent gâcher leur avenir. Après, elles vont devenir des femmes de ménage», dit-il, comme pour craindre le pire.

Alpha Oumar Kinda : «les élèves se dépigmentent  pour  plaire aux hommes, les charmer, avoir des copains à l’école.  Mais ignorent qu’elles sentent l’oignon en classe».  

 

Alpha Oumar Kinda, 14 ans, élève au Cem Blaise Diagne, accable les filles adeptes du “xessal”. Alpha Oumar Kinda : «les élèves se dépigmentent  pour  plaire aux hommes, les charmer, avoir des copains à l’école.  Mais ignorent qu’elles sentent l’oignon en classe».

Pour avoir le cœur net sur le phénomène, Cap sur le Groupe Scolaire Ma Samba situé à Diamaguene. Il est à peu près 11heures, quand, sous un soleil de plomb, nous arrivons sur les lieux. Ici, une rue très étroite abrite l’élémentaire et le moyen secondaire. Les élèves ont cours, mais quelques uns trainent dehors.

Trois filles sont assises à coté d’une vendeuse de goûter. Elles se montrent timides,  jusqu’à l’arrivée de deux de leurs camarades de classes qui prennent part à notre discussion. Ce sont des garçons et sont tous en classe de première. Joints à nous, le débat prend une autre tournure.

Aicha, teint noir, élève en classe de première : «certaines filles sont plus préoccupées par les produits de beauté que leurs leçons»

Aicha, de corpulence moyenne, teint noir, avec ses longues mèches tressées, dit connaitre les raisons qui poussent certaines filles à s’éclaircir la peau. «C’est pour plaire à leurs petits amis. Les garçons préfèrent les teints clairs. Certaines filles imitent aussi leur maman ou une sœur etc. Elles sont plus préoccupées par les produits de beauté que leurs leçons» déclare-t-elle, toute fière d’elle.

Massaër invite ses «sœurs et mamans» à prendre exemple sur Mame Diarra Bousso plutôt qu’à penser à faire du buzz

Sérère bon teint, style très  simple, Massaër Diouf est vêtu d’un t-shirt de couleur mauve sur un jean bleu. «Les filles ne sont pas conscientes que la dépigmentation ne les rendra pas plus  belles,  ou ne fera pas qu’on  leur accorde plus d’attention. C’est juste pour faire le buzz», regrette-t-il.

Le jeune garçon dit ne pas comprendre qu’un  élève pense à autre chose qu’à ses études. Sur ce, Massaër Diouf invite ses «sœurs et mamans», à prendre exemple sur Mame Diarra Bousso, mère de Serigne Touba. Fondateur du Mouridisme.

Cependant, force est de constater que l’idée de Massaër n’est pas celle de Bamba, un autre garçon du groupe. Il soutient que «ce n’est pas parce qu’on se dépigmente, qu’on est nulle à l’école. Cela m’importe peu. L’essentiel est qu’elle soit intelligente. Cela  me suffit», dit-il, d’un ton ferme.

Fatou Fall, épouse d’un immigré : «mon mari n’aime pas le xessal, mais, ma mère veut que je ressemble à mes belles sœurs, raison pour laquelle c’est elle qui m’achète des produits éclaircissants»

Fatou Fall, l’air réservé, très claire, a, cependant, le visage en deux tons. La dépigmentation est passée par là. La jeune mariée est élève au Groupe Scolaire Ma Samba de Diamaguene. «Mon mari est un modou-modou (immigré) et n’aime pas la dépigmentation.  Depuis que j’étais fiancée, ma mère m’achetait des produits éclaircissants, pour que je les utilise”, narre-t-elle.

Poursuivant son récit, Fatou Fall ajoute : “elle (maman) veut que je ressemble à mes belles sœurs qui se dépigmentent». Habillée d’un pantalon 3/4 qui laisse apparaître ses pieds  tachés, elle indique qu’à chaque fois que son mari rentre, elle arrête les crèmes  jusqu’à son retour, afin de recommencer de plus belle.

Après Diamaguène, un tour au quartier Point E. Nous sommes à l’école Awa Balla Mbacké. Les élèves  ont pris d’assaut les lieux. La tendance mode se sent par ici. Les filles sont habillées avec des derniers cris, suivant de très près la mode. Les garçons aussi ne font pas l’exception.

Annie Daniel : “une petite fille de 5 ans met la crème de sa mère  parce qu’elle veut lui ressembler“

Annie Daniel, dans sa robe noire, sac à main à coté, est avec une autre camarade. Elle nous confie qu’elle préfère rester soi-même. «En classe, on voit du n’importe quoi. Certaines filles restent à charmer les élèves et les professeurs. Et dans la rue, elles charment aussi les automobilistes. Les filles se dépigmentent beaucoup», déclare-t-elle.

Et pire, regrette-t-elle, «il y en a même qui font des injections, ou mélangent plusieurs types de produits. Elles pensent qu’elles sont plus belles que les autres». Un comportement qui ne plait apparemment  pas à Annie puisqu’elle s’exprime d’un ton agaçant.

Face à un tel phénomène, la responsabilité des parents est évoquée par plusieurs intervenants pour que la dépigmentation stoppe chez les adolescents. Pour Annie, les parents ne doivent pas laisser leurs filles utiliser leurs laits de corps. En effet, la jeune fille nous raconte que chez elle, «il y a une petite fille de 5 ans, qui se dépigmente» affirme-t-elle.

Avant de nous faire part de son étonnement quand elle a interrogé la petite sur son choix. La réponse est à vous couper le souffle. «Je prends le lait de ma mère. Je veux lui ressembler et c’est très beau à voir», lui a-t-elle répondu.

Dans la rue, certaines personnes n’arrivent pas à comprendre l’incompétence des parents face à leurs enfants qui se détruisent avec les crèmes éclaircissantes.

Mme Camara : “chaque fois, ils disent meuneulou mako Dara (je ne peux rien contre elle), c’est un faux problème“

Pour Mme Camara, une dame rencontrée, ce n’est pas la peine de passer par quatre chemins et fuir le débat. Elle préfère, en tout cas, dit-elle, jouer franc-jeu. La quarantaine dans son boubou Wax, Madame Camara attend le Bus. Mais le sujet l’intéresse tellement qu’elle laisse son bus passer. A son avis, les parents  ont démissionné de l’éducation de leurs enfants. «On est à une perte de nos mœurs. Chaque fois, les parents disent Meunoulou mako Dara (je ne peux rien contre elle), mais c’est un faux problème», estime-t-elle.   La dame dit ne pas comprendre une telle chose et se demande : «comment tu peux avoir ton enfant dans ta maison tu le nourris matin et soir, et puis tu dis que tu ne peux rien faire pour le mettre dans le droit chemin?».

Sa solution est la suivante : «je ne lui donnerais pas à manger. Dina rak ak yaw ba dougou boite vocale (je vais me battre contre mon enfant jusqu’à ce qu’il fasse ce que je veux», dit-elle. Dans la foulée, Madame Camara donne, tout de même, des conseils aux filles, qui se dépigmentent.

«C’est une très mauvaise habitude de faire du xessal (dépigmentation) à l’école. Il faut être naturelle, apprendre comment  assurer la relève de demain,  être un  leader pour un Sénégal émergent.  Il faut tout faire pour éradiquer cette pratique», préconise-t-elle.
Actusen


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