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Dr. Bakary Sambe : « Pourquoi l’attentat de Ouagadougou tarde à être revendiqué… L’indignation sélective de certains mouvements Wahhabites est à déplorer »


Rédigé par DakarFlash.com, le Lundi 21 Août 2017 || 43 partages || 0 commentaires

Dr. Bakary Sambe : « Pourquoi l’attentat de Ouagadougou tarde à être revendiqué… L’indignation sélective de certains mouvements Wahhabites est à déplorer »
 
Plus d’une semaine après, l’attaque terroriste de Ouagadougou n’est toujours pas revendiquée. Cela rompt d’avec les pratiques des groupes terroristes qu’oppose même une certaine concurrence dans la région. Dans cet entretien, le Directeur de Timbuktu Institute-African Center for Peace Studies (Dakar) analyse cette « situation assez singulière ». 

Pour Bakary Sambe, « au début, certains indices comme le retard de la revendication avaient dirigé les analystes vers la piste Etat Islamique qui ne disposerait pas encore d’un appareil de communication huilé dans cette région assez éloignée du centre de commandement, mais aussi en se penchant sur les précédentes attaques attribuées à Abul Walid Al-Sahraoui qui cherche un territoire de déploiement dans la région ». 

Mais, soutient le spécialiste des réseaux transnationaux,  « de plus en plus, on pourrait penser que  le fait que l’attentat ait touché des victimes qui comptent parmi les plus grands prédicateurs salafistes comme les deux koweïtiens et le Cheikh Tano, a dû mettre les commanditaires dans un certain embarras, ne pouvant pas justifier au niveau de leur base affective de s’en prendre à des personnalités jugées proches idéologiquement. » 

« Ils ne peuvent pas facilement admettre d’avoir commis un attentat qui a coûté la vie à des acteurs salafistes aussi importants comme Cheikh Walid El Aly et Cheikh Fahd Al-Housseiny, proches de la mouvance d’Ihyâ Turâth qui répand l’idéologie wahhabite dans le monde et dans la région avec plusieurs voyages déjà effectués en Guinée, Gambie mais aussi des liens avec des groupes salafistes sénégalais identifiés », explique le coordinateur de l’Observatoire des radicalismes et conflits religieux en Afrique. « Pour toutes ces raisons, il faut absolument redoubler de vigilance », insiste-t-il. 

« On dirait même que cette dernière attaque de Ouagadougou semble avoir plus touché les mouvances radicales africaines qui ont beaucoup communiqué à travers des condamnations aussi claires comme jamais auparavant », souligne le directeur de Timbuktu Institute.  

Et cela « expliquerait aussi, d’après lui, que des communiqués aient émané de différents mouvements islamistes qui n’ont jamais réagi officiellement de la sorte ces dernières années ni contre les exactions récurrentes de Boko Haram, d’Aqmi au Mali et encore moins les attentats de Bassam ou la destruction des mausolées de Tombouctou bien avant ». 

Selon toujours Bakary Sambe, « il faudrait déplorer le fait que dans le communiqué des acteurs proches de la mouvance wahhabite, de la Ligue des anciens étudiants sénégalais d’Arabie Saoudite dirigée par Mohamed Ahmad Lô et d’autres mouvements islamiques sénégalais, on puisse noter une hiérarchie des indignations contre cette horrible attaque, différenciant, de manière indécente, entre musulmans et non musulmans mais aussi qualifiant, arbitrairement, certains de victimes et d’autres de martyrs selon leurs obédiences ». 

« Cette pratique qui en dit long sur une certaine proximité idéologique a, d’ailleurs, beaucoup choqué au Burkina Faso, un pays africain frère, où la population a encore une fois montré son unité conformément à l’harmonieuse tradition de cohabitation religieuse que les djihadistes essaient, d’ailleurs, de détruire », conclut Dr. Bakary Sambe.
 

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