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FIFA : l’enquête autour de Joseph Blatter fragilise Michel Platini


Rédigé par DakarFlash.com, le Samedi 26 Septembre 2015 || 4 Partages

FIFA : l’enquête autour de Joseph Blatter fragilise Michel Platini

L’année 2015 aura scellé l’implosion de la Fédération internationale de football (FIFA). Vendredi 25 septembre, à 16 h 21, le ministère public de la Confédération helvétique (MPC) a annoncé, dans un communiqué, avoir ouvert la veille une « procédure pénale à l’encontre du président de la FIFA Joseph Blatter pour soupçon de gestion déloyale et – subsidiairement – abus de confiance ». 

 

Le MPC lui reproche également « un paiement déloyal de 2 millions de francs suisses » (1,8 million d’euros) en faveur du Français Michel Platini, patron de l’Union des associations européennes de football (UEFA) depuis 2007 et candidat déclaré à la succession du Valaisan. Ce versement aurait été effectué « au préjudice de la FIFA, prétendument pour des travaux effectués entre janvier 1999 et juin 2002 ». Ces informations ont fait frissonner les 170 journalistes qui jouaient des coudes devant les portes du « Home of FIFA », l’imposant siège de l’instance à Zurich.

Prévue à 14 heures à l’issue de la réunion du comité exécutif de l’organisation, la conférence de presse de « Sepp » Blatter – 79 ans, en poste depuis 1998 – avait été annulée sans justification. Auparavant, l’avocat du Valaisan, Lorenz Erni, avait été aperçu aux abords du quartier général de la Fédération internationale. Alors qu’il a promis de lâcher les rênes de la FIFA à l’issue d’un congrès électif extraordinaire, programmé le 26 février 2016, le patriarche du foot mondial fait pour la première fois l’objet d’une poursuite judiciaire. Lui, l’animal politique à sang-froid qui s’était dit « clean » à la fin d’août, dans un entretien à la BBC.

Le MPC « soupçonne » d’abord le septuagénaire d’avoir signé, en septembre 2005, « un contrat défavorable à la FIFA » avec l’Union caribéenne de football (CFU), présidée alors par le Trinidadien Jack Warner. Ce dernier, ancien patron de la Confédération d’Amérique du Nord centrale et des Caraïbes (Concacaf), est au centre de la litanie d’affaires de corruption qui ébranlent la FIFA depuis l’arrestation, le 27 mai, à Zurich, de sept dirigeants de l’instance mondiale pour des faits présumés de corruption et de racket.

Dévoilé le 12 septembre par la chaîne de télévision suisse alémanique SRF, ledit contrat octroyait les droits télévisés des Mondiaux 2010 et 2014 au CFU pour 600 000 dollars (536 000 euros). Il a été signé conjointement par M. Blatter et M. Warner, démissionnaire de son poste de vice-président de la FIFA en 2011. L’homme d’affaires australien Jaimie Fuller, fondateur en janvier du mouvement New FIFA Now, avait alors estimé que le montant de ces droits serait beaucoup trop bas, « environ 5 % de la valeur du marché ». Dans cette affaire, Warner aurait réalisé un profit estimé à 17 millions de dollars (15 millions d’euros) avant que la FIFA ne résilie le contrat en 2011, la CFU n’ayant pas rempli ses obligations. « M. Blatter coopère, a indiqué son avocat américain Richard Cullen. Il n’y a pas eu de mauvaise gestion. »

Le MPC reproche donc également à M. Blatter « un paiement déloyal de 2 millions de francs suisses » (1,8 million d’euros) en faveur de M. Platini, au préjudice de la FIFA, prétendument pour des travaux effectués entre janvier 1999 et juin 2002 ». A l’époque, l’ex-numéro 10 des Bleus officiait comme « conseiller football » de M. Blatter avant de siéger, dès juin 2002, au comité exécutif de la FIFA et d’en devenir le vice-président.

Selon le MPC, ce paiement a été effectué en février 2011. Soit un mois avant que M. Platini ne soit réélu pour un second mandat à la tête de l’UEFA, et quatre mois avant que son homologue de la FIFA ne soit reconduit pour la troisième fois à la tête de l’instance mondiale, avec le soutien discret de la Confédération européenne. En marge de la réunion du gouvernement de la Fédération internationale, Michel Platini et « Sepp » Blatter ont été entendus par le MPC, qui a rappelé le principe de la présomption d’innocence. Si le dirigeant helvète a été auditionné en qualité de « prévenu », le patron du foot européen avait le statut de « personne appelée à donner renseignements ». Une perquisition a par ailleurs eu lieu dans le bureau du dirigeant de la FIFA et « des données ont été saisies ».

Cette nouvelle déflagration judiciaire peut-elle remettre en question la candidature de Michel Platini à la présidence de la FIFA ? « Avec moi, il n’y aura que du foot, pas de politique  », avait confié le sexagénaire, le 24 septembre, à l’Associated Press. « Il aura du mal à s’en remettre, juge-t-on aux portes de la FIFA alors que le dépôt des candidatures est prévu le 26 octobre. C’est un tournant dans la campagne. On a affaire à une accusation d’emploi fictif avec un versement effectué neuf ans après les faits. »

Fragilisé par son vote controversé pour le Qatar, le 2 décembre 2010, lors du scrutin d’attribution du Mondial 2022, « Platoche » essuie déjà les critiques du prince jordanien Ali ben Al-Hussein et du Sud-Coréen Chung Mong-joon, ses principaux rivaux dans la course à la succession de Blatter. Ces derniers doutent notamment de sa posture de « chevalier blanc », malgré ses vains appels à la démission du patron de la FIFA, le 28 mai, la veille de sa réélection pour un cinquième mandat. « J’ai été contacté par de nombreuses associations membres ces dernières vingt-quatre heures et ce que j’ai entendu me fait penser, avec confiance, que si nous unissons nos efforts nous pouvons sortir plus forts de tout cela, a déclaré le prince Ali dans un communiqué. La nécessité d’avoir une nouvelle direction capable de rétablir la crédibilité de la FIFA n’a jamais été aussi évidente. »

« Blatter et Platini doivent démissionner maintenant », déclare Musa Hassan Bility, président de la Fédération du Liberia et, lui aussi, candidat. « C’est un jour triste pour le football. La FIFA n’est plus. Elle ne peut plus s’autogouverner, glisse le président d’une Fédération européenne. J’ai cru vivre loin des mensonges et des tromperies. J’ai eu tort. »

Michel Platini n’a pas tardé à réagir. « En ce qui concerne le paiement qui a été effectué en ma faveur, je désire clarifier que ce montant m’a été versé pour le travail que j’ai accompli de manière contractuelle pour la FIFA, s’est justifié l’ancien capitaine des Bleus. Je suis satisfait d’avoir pu éclaircir ce point envers les autorités. » Le patron de l’UEFA a notamment été défendu par le premier ministre Manuel Valls. « Il a toutes les qualités pour diriger la FIFA, a assuré le locataire de Matignon vendredi soir sur RMC. Je ne peux pas faire plus de commentaires, sinon d’apporter mon soutien et mon amitié à Michel Platini. »

L’ouverture de cette procédure pénale à l’encontre du président de la Fédération internationale – qualifié d’« intouchable » par ses admirateurs et jamais inquiété par les scandales – intervient huit jours après la suspension du Français Jérôme Valcke, secrétaire général de la FIFA depuis 2007. Bras droit du Valaisan et clé de voûte du « système Blatter », le quinquagénaire fait notamment l’objet d’allégations de corruption dans le cadre de la revente de billets du Mondial 2014, organisé au Brésil. Avant la tenue de son comité exécutif, la FIFA avait d’ailleurs donné aux enquêteurs suisses, « sous condition », accès aux e-mails de Valcke, qualifié par un ancien pilier de l’instance de « personnage davantage intéressé par le business que par le jeu ».

En plein séisme, la Fédération internationale a assuré qu’elle coopérait pleinement avec la justice suisse, qui enquête parallèlement sur « des mouvements financiers suspects sur 121 comptes bancaires » dans le cadre de l’attribution des Mondiaux 2018 et 2022, respectivement à la Russie et au Qatar. Si d’aventure Sepp Blatter démissionnait, le Camerounais Issa Hayatou, vice-président « senior » de l’institution et patron de la Confédération africaine, assurerait l’intérim à la tête de la FIFA jusqu’au scrutin du 26 février 2016.


Le Monde

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