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Fatimé Toumbé, épouse de l’ancien secrétaire d’état à la santé sous Habré : «Il faut que Habré rende compte au peuple tchadien»


Rédigé par DakarFlash.com, le Mardi 6 Octobre 2015 || 4 Partages

Fatimé Toumbé, épouse de l’ancien secrétaire d’état à la santé sous Habré : «Il faut que Habré rende compte au peuple tchadien»

Un nouveau témoin à charge a, hier lundi, fait face à la barre des Chambres africaines extraordinaires (Cae). Il s’agit de Fatimé Toumbé, épouse de l’ancien Secrétaire d’Etat à la Santé, Haroum Godi, qui aurait été exécuté sous le règne de Hissène Habré. Elle a appelé l’ancien président à rendre compte au peuple tchadien.

De loin, on ne voit que sa tête. Couverte d’un voile noir qui descend jusqu’aux pieds, elle reste sereine à la barre des Chambres africaines extraordinaires (Cae). La voix douce, calme et posée, elle ne s’énerve pas, ne polémique pas et raconte ce qu’elle a vécu, avec une émotion habillée de courage. Lequel lui fait dire, face au mutisme d’un Hissène Habré indifférent aux débats : «Nous comptons sur vous pour que justice soit faite.» Et, face à toutes ces atrocités qu’auraient commises l’ex-chef d’Etat tchadien, la vérité doit, selon elle, éclater au grand jour. C’est en ces termes qu’elle réclame, sans sourciller : «Il faut qu’il (Habré) rende compte au peuple tchadien, qu’il nous éclaire sur beaucoup de situations.» Epouse de l’ancien Secrétaire d’Etat à la Santé, de 1984 à 1987, Haroum Godi, de l’ethnie hadjarai, Fatimé Toumbé, assistante sociale de profession, a ainsi raconté comment, le cœur meurtri, elle a vu son époux quitter le cocon familial, lui laissant la lourde charge de maîtresse de maison. Lointaine, elle narre : «Un jour, mon mari m’a dit : ‘’Les temps sont graves. Occupe-toi des enfants et de ma mère.’’ Et il disparut.» A tout jamais.

Fatimé qui porte ce lourd passé, véritable fardeau qu’elle traîne, année après année, avec l’espoir de tout raconter, un jour, devant la juridiction compétente chargée de juger celui qu’elle désigne comme le responsable de tous ses malheurs, poursuit : «C’est une semaine après, que les éléments de la Direction de la documentation et de la sécurité (Dds) sont venus à la maison. Un des responsables est entré dans le salon et en est ressorti avec une feuille sur laquelle, j’ai clairement reconnu les écritures de mon époux», a-t-elle ajouté. Elle indique que «ce sont les mêmes recommandations» faites par son mari qui y «figuraient». Ce qui, face aux questions de la défense orientées vers une possibilité que son mari ait pu rejoindre les rebelles ou un autre camp et se serait fait tuer dans les affrontements, l’intrigue, mais elle reste persuadée qu’il a été exécuté. «Mon mari, une personnalité influente de l’ethnie hadjarai, a été exécuté comme l’ont été beaucoup d’autres cadres de cette communauté», accuse-t-elle. Haroum Godi était un collaborateur direct de Hissène Habré. «Il a même mené, avec succès, les négociations avec la dissidence du Nord pour les ramener à Ndjamena», a-t-elle rappelé. Et de dire, peinée : «Son seul tort, c’est d’avoir dénoncé l’impunité, suite au décès de l’ancien ministre des Affaires Etrangères, Idriss Meskin, et de son oncle, tous des hadjarai. Cela a été même la cause de son limogeage», a-t-elle rappelé.

Dans ce douloureux souvenir, elle est revenue sur l’annonce de la mort de son époux : «Un matin, en allant en ville, j’ai entendu un communiqué officiel à la radio nationale dire : ‘’Le traître Haroum Godi a été exécuté.’’» Ce jour-là, se souvient-elle : «Une grande souffrance m’a habitée. Est-ce normal de prendre quelqu’un et de l’exécuter, alors qu’il était contre l’injustice ?», s’est-elle interrogée, soulignant que 25 ans après, cette blessure est toujours vive, douloureuse. «L’ethnie hadjarai a été tellement persécutée qu’après l’annonce de l’exécution de mon époux, aucun membre de sa famille ou ses amis ne se sont présentés à la maison pour compatir à notre douleur. Mon aîné avait 12 ans et le cadet en avait deux», déclare-t-elle. Des moments difficiles qu’elle confie n’avoir pu dépasser qu’avec l’aide de son père. «C’est tout une génération de hadjarai qui a été sacrifiée. Je travaille et, avec l’aide de mon père, j’ai pu assurer l’éducation de mes enfants. Tous les autres dont les mamans ne travaillaient pas se sont retrouvés dans la rue.»
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