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Gambie : Yahya Jammeh isolé


Transgambienne, Etat islamique, commission électorale… Yahya Jammeh est assurément dans une dynamique négative. Alors qu’il se prépare à briguer un cinquième mandat en décembre prochain, le chef de l’Etat gambien enchaîne les décisions hasardeuses, qui le confrontent à des manifestations inédites à l’intérieur du pays, et à des désapprobations de plus en plus affirmées à ses frontières et au-delà. L’opposition, qui a trouvé un os à ronger dans la nomination d’un proche parent du Président à la tête de la commission électorale, ne sera pas facile apaiser. L’église gambienne, elle aussi sur le qui-vive depuis l’annonce de Brufut, l’attend de pied ferme. A la frontière, le Sénégal est déterminé à rendre coup pour coup et au niveau l’international, les Etats Unis et l’Onu ont décidé de s’intéresser de plus près à la gestion de l’enfant de Kanilaï. S’il ne redresse pas la barre, le Président gambien risque de perdre sa mainmise sur un peuple déjà étouffé par la taxe. «Don’t get the devil out of me (Ne réveille pas le diable qui sommeille en moi)». Ainsi parlent les Gambiens…

Rédigé par DakarFlash.com, le Lundi 18 Avril 2016 || 841 Partages

Gambie : Yahya Jammeh isolé

LA GAMBIE PROCLAMEE ETAT ISLAMIQUE

L’église n’entend pas se laisser faire

Alors que les Gambiens s’attendent à le voir revenir sur sa parole, comme ce fut cas avec le port du voile obligatoire pour les femmes de l’administration, le Président Yaya Jammeh a annoncé son intention d’envoyer son projet d’Etat islamique à l’Assemblée nationale. Un pas de plus dans la provocation, que les 50 églises : catholique, pentecôtiste, méthodiste, anglicane, charismatique…, n’entendent pas laisser passer.

Sur la large avenue «Sénégambia» à Banjul, la Charia attendra, ce soir encore. «Nous sommes venus pour nous amuser et je ne vois pas ce qui pourra nous en empêcher», défie Amy Njie. Cheveux rasés, blue jean sur des hanches généreuses et crop top effleurant son  nombril, la jeune femme a tous les atours que peut conférer la vingtaine. Même les boutons d’acné qui font tâche sur un visage agréable. Parmi le groupe de quatre femmes, Amy est assurément celle qui dégage le plus d’énergie et qui attire le plus les regards des hommes venus s’encanailler, le temps d’une nuit, sur la longue et célèbre avenue. Musique, alcool, sexe bon marché, fast-food… Ici, la jeunesse gambienne trouve chaque soir une alternative aux lendemains de chômage et de trime. Au grand dam de l’homme fort du pays qui, après un premier avertissement à l’encontre des femmes qui fréquentent les lieux de débauche, a proclamé le 12 décembre dernier à Brufut (15 mn de Banjul), la République de Gambie, Etat islamique. Une annonce aussitôt mise en ligne sur le site officiel de la Présidence : «Le destin de la Gambie est entre les mains du Tout-Puissant Allah. A partir d’aujourd’hui, la Gambie est un Etat islamique». Habituée aux déclarations légères de son Président, la population n’en a pas fait grand cas. Tout le contraire de l’église gambienne.

 

Entre scepticisme et stupeur

A Westfeald, dans la banlieue de Banjul, des échoppes en tous genres se côtoient sur la principale avenue. Coincée entre une masure de menuisiers métalliques et un exigu atelier de modistes, une large bâtisse d’un opérateur de téléphonie mobile héberge un mini marché en son sein, à gauche. Derrière le comptoir, Fatu accueille prudemment les clients, les yeux baissés et la tête recouverte d’un voile blanc. Sur l’étagère devant le box de la caissière, les whiskys, rhums, vins…, sont de sortie dans des bouteilles aux dimensions multiformes. Fatu ne voit rien de déplacé dans cet agencement commercial : voile/alcool. Elle n’en boit pas, mais en vend, parce que le produit est très demandé et constitue une partie non négligeable de son chiffre d’affaires. Elle dit, de sa toute petite voix : «Je ne pense pas que cette annonce d’Etat islamique soit très réaliste». D’ailleurs, le Président Yaya Jammeh, qui cultive son image de bon musulman, en s’affichant toujours avec un exemplaire du Saint Coran et un chapelet, n’a donné aucun détail sur l’applicabilité. Au mieux, s’est-il fendu d’une explication sommaire sur ses desseins. «Parce que les musulmans forment la majorité en Gambie», a-t-il dit, avant de retourner à son mutisme et de laisser à ses fonctionnaires la tâche de rassurer un pan entier de la population gambienne, les chrétiens.

 

 

La Trinity methodist churh est une des temples qui pullulent au cœur de Sérékunda (banlieue de Banjul). Posée sur la route, l’église joue sur le registre de l’hospitalité. Portails grandement ouverts, le calme et les ombres reposantes, accueillent sans distinction, ceux qui arpentent la rue en cette fin de matinée où le soleil ne fait pas de quartier. Sur le côté latéral du bâtiment interne, une petite porte mène à l’église. A l’intérieur, pas âme qui vive pour troubler l’atmosphère de recueillement. En forme de bateau et construit sur deux niveaux, le lieu de culte est occupé sur toute sa surface par de longs bancs de couleur marron, disposés de sorte à faire place nettes à deux longues allées qui mènent à l’autel. Des tambours rouges agencés en dessous de la chaire, font face à un autre aménagement de chaises rouges, avec une table-basse sur laquelle est posée une pile d’exemplaires de la Bible. Le tout donne sur une petite porte, invisible depuis l’entrée principale, et qui tient de lieu de bureau pour le révérend Ka. Chemise en wax sur un pantalon noir, l’homme reçoit en toute simplicité, mais attentivement. Une main en travers de la bouche, l’autre sur un stylo qui tape nerveusement le bois de la table, les yeux en alerte, le révérend émet un petit rire de gorge dès que le mot «islamique» est prononcé. Le stylo bat toujours la mesure, tandis que l’homme prend tout son temps pour réfléchir à sa réponse. Un ange passe. Un autre est stoppé à mi-chemin : «Nous avons une rencontre demain avec toutes les autres églises de la Gambie, pour décider de l’attitude à adopter. D’ici là, je ne peux me prononcer sur rien». La fin de non-recevoir est polie, mais le révérend ne peut s’empêcher de laisser passer un commentaire. «We’re all worry (Nous sommes tous inquiets)», lâche-t-il, entre ses dents. Retour à Westfeald. L’église catholique de Ste Thérèse abrite le secrétariat général du diocèse catholique. C’est l’une des parties engagées dans les pourparlers avec le gouvernement gambien. Ici, les rires fusent et les chants montent au ciel. Un homme, plus saoul que sobre, entouré de trois femmes, met de l’ambiance avec ses histoires. Dans sa longue toge blanche ornée d’une croix en bois, father Peter jette un regard bienveillant sur ce manège. Nous sommes en fin de journée, l’aumônier reçoit dans l’enceinte de l’église un groupe de jeunes, une Bible à la main. Ni lui ni ses ouailles ne sont habilités à répondre à la question sur l’Etat islamique, mais les rires et les oraisons qui continuent de s’élever dans le ciel crépusculaire de Banjul, constituent déjà une réponse assez claire sur le sérieux avec lequel ils prennent cette question.

 

Séance de prières.

A l’église catholique Ste Thérèse, le seul qui semble prendre la chose au sérieux ici, c’est l’abbé Emile Sambou. Sans surprise, puisque l’homme est le vicaire général du diocèse catholique. L’abbé Emile parle wolof, anglais, français. Avec ses pairs responsables de l’église chrétienne en Gambie, il vient de rencontrer la vice-présidente du pays, Isatou Njie Saidy, qui fait office d’intermédiaire entre Yaya Jammeh et eux. Faisant fi de leurs dissensions théologiques, les cinquante églises de Gambie ont écrit deux lettres au Président pour l’inviter à leur apporter plus de précisions dans ce qu’il entend par «Etat islamique». Dans une première réponse rédigée par son secrétariat, l’homme fort du régime a apaisé les peurs de cette partie de ses administrés. «Il nous a dit qu’il entendait Etat islamique dans le sens large du terme et que l’église et tous les autres cultes y avaient leur place», dit l’abbé d’une voix sceptique. Pour cause, malgré une autre lettre de demande d’audience, jamais le Président n’a voulu rencontrer directement les responsables de l’église chrétienne. Isatou Njie Saidy s’en est chargée, avec une réponse aussi évasive que celle de son patron. «La liberté de culte serait garantie dans cet Etat islamique.» L’abbé Emile et ses collègues ont dû se contenter de cette dérobade, sans pour autant renoncer à prendre le taureau par les cornes. Loin de revenir sur sa décision, comme ce fut le cas avec le port du voile obligatoire pour les femmes de l’administration, le Président Jammeh a fait part de son désir d’introduire le projet d’un nouvel Etat à l’Assemblée nationale. L’église a protesté, en organisant une séance de prières au stade. C’était le 5 mars dernier. Le lendemain, plusieurs lieux de culte chrétien ont reçu le soutien et la visite d’opposants politiques. Seulement, l’église gambienne ne veut pas se laisser prendre à ce jeu de récupération. Le prochain acte dépendra uniquement de Yaya Jammeh, des déplacements de ses pions sur l’échiquier gouvernemental. L’église n’a aucun représentant à l’hémicycle, elle ne se fait pas trop d’illusions si jamais le projet échoue sur la table des représentants du peuple. Les opposants politiques gambiens qui ne se gênent pas pour jeter à la figure de l’ancien lieutenant son parcours et l’inviter à la raison. «Yaya Jammeh a été éduqué par des chrétiens, il a été à l’école catholique et a vécu toute sa scolarité chez un certain Alphonse Tamba, un des dirigeants de l’église. Alors, pourquoi se retourner contre les chrétiens ?»


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1.Posté par mousseul le 18/04/2016 22:49
Ô Peuple de Gambie, lève -toi et vends cher ta peau ! Sinon le tyran sanguinaire va t'égorger vivant. Tu es en danger de mort. Appelle à l'aide la communauté internationale. Que le Seigneur te bénisse et te préserve des projets sataniques de ce fou à lier !

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