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Guet-Ndar secoué encore par une violente houle


Rédigé par DakarFlash.com, le Mercredi 13 Juillet 2016 || 17 Partages

 

Des digues de protection par-ci et par-là, constituées de sacs de sables. A la plage de Guet-Ndar, les habitants s’affairent à «repousser» les vagues. En attendant la mise en œuvre de solutions concrètes pour éviter d’autres raz-de-marée comme celle qui a détruit, cette semaine, plusieurs habitations.

 

Encore elles ! Ces déferlantes nerveuses qui débordent leur lit naturel, enjambent le ressac pour chambouler la quiétude et le quotidien des populations, sont de retour et ce, au moment où on les attend le moins. Marième est à bout de nerfs, depuis le soir où les vagues ont fait irruption dans sa maison. Rien ne laissait présager pareille intrusion, après un début de soirée tranquille où seules les agitations du grand bleu se percevaient au loin de cette maison s’ouvrant sur une ruelle de ce quartier des pêcheurs et dont l’arrière-cour donne sur la mer. L’Océan Atlantique était agité. Terriblement agité, dissimulant aboiements de chiens errants, ronronnements de moteurs de pirogues et cris stridents des petits qui, comme excités par la mer, vadrouillaient encore dans les rues. Ce soir, comme tous les autres, ces vagues coléreuses venaient frapper au pied du mur de son gîte, laissant sa brise rafraîchir pièces, coins et recoins de son domicile de sept pièces. Mais Marième qui vit au quotidien ces sautes d’humeur de l’océan, ne s’attendait pas à un tel remue-ménage. Elle n’imaginait pas cette attaque inopinée des vagues dont la force de frappe a fissuré et même fracassé murs, portes et fenêtres. «C’était tel un coup de tonnerre…», relate nonchalamment la quinquagénaire au teint clair, le foulard posé de manière désordonnée sur la tête.

Depuis quelques jours, Guet-Ndar a les pieds dans l’eau. Il subit la furie d’une houle impitoyable. La déferlante ne laisse aucun répit à ses voisins. Elle a dévasté portes et fenêtres, pirogues et habitats de fortune, au grand dam des populations infortunées. Au premier jour de l’assaut, trois (3) ou quatre (4) maisons détruites étaient recensées. En une semaine, le grand bleu a ravagé le triple ou même le quintuple de ce chiffre de départ. Plus d’une dizaine d’habitations sont détruites par les vagues. Leur hargne qui a emporté des pans entiers de murs, n’a épargné ni embarcations frêles, vétustes et même solides, ni enclos de bétails, encore moins abris de fortunes dressés sur la plage. Tous partis, sous les eaux. Ce phénomène a, du coup, ralenti les activités économiques du quartier basées essentiellement sur la pêche, puisque amis, parents, proches, voisins des sinistrés se sont mobilisés, au nom d’une solidarité coutumière propre à Guet-Ndar, pour filer un coup de main aux familles touchées afin qu’elles puissent sauver ou ramasser ce qui peut encore l’être. Des aller-retour incessants d’hommes aux biceps bien saillants portant, torse nu, chevets, bonnetières, commodes ou partie d’une armoire ; des mioches aux pieds nus, vêtus de petites culottes, traînant des ballots ou supportant difficilement sur leur faibles poitrines un bidon d’eau. Ou encore ces femmes qui cherchent à caser au préalable, chez le voisin éloigné, leur nourrisson pour retourner à pas de charge dans la maison, ramasser les biens qui pourraient encore  être utiles, mais négligés ou laissés au rebut par la gent masculine. C’est ce décor qui a prévalu ces jours au populeux quartier des pêcheurs. Après le sinistre, la mairie qui est venue au chevet des populations, a relogé les 17 familles touchées par la houle dans les logements sociaux érigés à Khar Yalla. Ce qui élève au nombre de 30, les familles boutées hors de chez elles par la mer et accueillies par ces logements, puisque 13 issues du quartier de Goxu-Mbacc (situé sur la partie nord de la Langue de Barbarie) avaient déjà élu domicile là-bas, depuis plusieurs mois maintenant. Elles avaient été chassées l’année dernière par cette même houle qui avait épargné Guet-Ndar. Le sinistre était presque pareil. Une dizaine de maisons furent détruites à Goxu-Mbacc. «C’est tout le littoral qui rencontre ces phénomènes d’érosion. Il y a des moments où nous avons de forts coefficients, des houles qui créent ces problèmes», confie un environnementaliste. En mars 2015, les eaux marines déchaînées avaient grignoté des dizaines de maisons de Goxu-Mbacc. En janvier 2014, toute la Langue de Barbarie fut touchée par le raz-de-marée, de Goxu-Mbacc à Guet-Ndar. Les évocations historiques retiennent d’autres dates proches ou lointaines, marquant des cataclysmes aussi sévères les uns que les autres. Le phénomène est récurent et empêche les populations de la Langue de Barbarie de dormir tranquillement, car la mer peut frapper à tout moment. «L’État prendra des dispositions pour accompagner ces populations», avait dit le maire-ministre de l’Hydraulique et de l’assainissement qui visitait, l’année dernière, les maisons touchées par la houle à Goxu-Mbacc. Ce processus semble long pour les populations qui redoutent au quotidien les remontées maritimes et les houles. «Nous voulons du concret, on a eu trop de promesses», tonne d’un timbre fort Astou Ndiaye, habitante de Guet-Ndar, elle aussi sinistrée. Le foulard bien noué autour de la ceinture, les cheveux en bataille, les yeux en amande rougeâtres, témoins de ses nuits blanches, la peau d’une noirceur d’ébène par endroits, Astou se lâche : «J’avais entendu à la radio, après le sinistre de Goxu-Mbacc  l’année dernière, le maire dire que des concertations seront entamées pour apporter des solutions et qu’ils allaient déloger les populations qui sont dans ces zones dangereuses. Pourquoi rien n’a été fait ?»

Mansour Faye avait également dit qu’une zone sécuritaire et des moyens techniques allaient être mis en place pour empêcher la mer de continuer de grignoter cette bande de terre. Il s’était aussi engagé à bâtir d’autres logements sociaux pour les familles qui seront délogées. Et pourtant, une partie de ces logements sociaux devait, dans le cadre de la sécurisation de l’habitat par la commune, servir à recaser les cinquante foyers les plus exposés à la frénésie de l’océan. L’autre partie était destinée à la population de Diaminar (un quartier du faubourg du Sor). Une mesure préventive qui, par la force des choses, s’est mutée en opération curative. Inoccupés durant plusieurs années après leur érection, ces logements sociaux sont aujourd’hui ouverts aux sinistrés de l’érosion côtière qui y logent à qui mieux mieux, en attendant les commodités, car il n’y a ni eau, ni électricité.

«4 milliards de FCfa pour installer des brise-lames…»

Se voulant un peu plus concret cette fois-ci, le maire a avancé un chiffre. Il parle de quatre (4) milliards de FCfa pour l’installation de  brise-lames sur quatre (4) km de la Langue de Barbarie. Le gouverneur de région, Alioune Aïdara Niang, a indiqué que l’Etat est en train de mettre en place «des procédures dérogatoires du Code des marchés publics pour accélérer les décaissements» dans le but d’arriver à des solutions techniques pouvant régler définitivement ce problème qui «n’est pas encore un phénomène d’avancée de la mer, mais un raz-de-marée…».

A l’issue de sa visite de terrain, Alioune Aïdara Niang a déploré les actions des populations qui, dit-il, «sont allées se coller au mur de protection, s’exposant ainsi à la furie de la mer». La Direction de la protection civile (Dpc) a mis à la disposition des populations 4 000 sacs à terre pour endiguer les vagues. Et le prélèvement de sable pour les populations de Guet-Ndar à la carrière se fera sans aucune taxe, a déclaré le chef de l’Exécutif régional.

Pour assurer un minimum de commodité aux occupants des maisons sociales, une borne-fontaine sera installée au niveau des logements sociaux, sur instruction du Directeur général de la Sones, précise Balla Guèye, adjoint au maire chargé du Cadre de vie et des affaires domaniales et foncières. «La procédure va être entamée aujourd’hui et va prendre au maximum deux jours. Les techniciens de la Sones procéderont plus tard aux branchements individuels pour chaque famille.» Pour ce qui est du défaut d’électricité, la mairie va procéder à l’installation de projecteurs dans les rues et ruelles des logements, en attendant les branchements individuels par famille. La promesse est de l’adjoint au maire, Balla Guèye.


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