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Halifa Sallah, opposant gambien : "En Gambie, un salarié ne peut pas acheter 4 kilogrammes de viande par mois pour sa famille"


Rédigé par DakarFlash.com, le Mardi 6 Octobre 2015 || 8 Partages

Halifa Sallah, opposant gambien : "En Gambie, un salarié ne peut pas acheter 4 kilogrammes de viande par mois pour sa famille"

Halifa Sallah est un opposant gambien, membre de l'Organisation démocratique du peuple pour l'indépendance et le socialisme (People's Democratic Organisation for Independence and Socialism, Pdois), un Parti qui existe depuis le magistère du Président Dawda Jawara. Il est l'une des principales figures de la coalition d'opposition, la National Alliance for démocratie and developement (Nadd), chef de l'opposition à l'Assemblée nationale de la Gambie. Dans cette interview accordée à Seneweb, il explique que Yaya Jammeh a atteint ses limites et qu'il est temps que le peuple le remplace par quelqu'un d'autre. Il veut, toutefois, que le changement soit effectué par les urnes, sans effusion de sang.

Beaucoup de personnes pensent que le peuple gambien est brimé par Yaya Jammeh. Est-ce votre avis ?

C'est ce que pensent certains. C'est leur manière de voir. Notre conviction est qu’il y a deux sortes de libération  : la libération du territoire et la libération du peuple. Nous n’avions pas besoin du pouvoir tant que nous n’avions pas cherché à savoir d’où nous venons et qui nous sommes. Voilà ce que nous incarnions avant l’arrivée du coup d’Etat (perpétré par Yaya Jammeh pour chasser Dawda Jawara du pouvoir). Les gens qui avaient pris le pouvoir avec ce coup d’Etat avaient fait appel à nous pour diriger le pays, ensemble. Mais nous avions refusé catégoriquement. Parce que, nous avons pensé que la manière dont ils ont pris le pouvoir n’était pas légitime. Durant toute cette période d’éveil des consciences, nous avons constaté qu’il y a eu un retard. On dirait qu’il n’y avait pas d’opposants en Gambie...

Justement, nombre de personnes soutiennent qu'il n'y a pas d'opposants véritables en Gambie...

C’est pour cette raison que nous nous sommes levés pour enlever cette idée de la tête de ces gens. Nous pensons qu’il y a deux sortes de pouvoir : le pouvoir du régime en place et le pouvoir du peuple. Les gens doivent savoir que ce pouvoir détenu par les gouvernants a été confié par le peuple. Ce constat qui a été fait par ces gens s’explique par le fait que les médias publics en Gambie sont contrôlés par le pouvoir en place de sorte que nous ne pouvons pas communiquer et informer le peuple de notre existence en Gambie. Face à cela, nous avons décidé d’aller vers les populations pour les sensibiliser et discuter avec elles. Et nous avons la certitude qu’elles ont bien compris notre message. Les populations doivent savoir que c’est elles qui ont élu le président de la République. Et aujourd'hui, il ne fait plus leur affaire.

Pourquoi vous dites cela ?

En matière de croissance, la Gambie est très en retard. Un salarié gambien, après avoir acheté un sac de riz, ne peut même pas acheter 4 kilogrammes de viande pour sa famille. Son salaire ne le lui permet pas. C’est pourquoi, nous avons fait savoir aux gambiens que pour diriger un pays, il faut des connaissances et des compétences. L’essentiel des investissements que le pouvoir de Yaya Jammeh effectue, est basé sur les impôts, les dettes et les dons. Nous pensons que l’Etat ne doit pas seulement se baser sur les impôts pour développer le pays. Il faut mettre en place des coopératives qui servent à financer des sociétés. Cela permettra de pourvoir à des emplois, mais aussi aidera les gouvernants à financer des infrastructures sur fonds propres. Donc, le peuple doit savoir choisir celui qui est apte à diriger un pays.

Donc vous pensez qu’il est possible de faire quitter Yaya Jammeh par ses élections ?

Je vous ai tantôt dit que c’est le peuple qui détient le pouvoir et non le chef de l’Etat. Jammeh n’a pas de pouvoir car le jour des élections, il n'a que sa voix. Il ne peut pas dire au peuple de voter pour lui, par la force.

Pourtant, plusieurs opposants Gambiens pensent que seul un coup d’Etat peut le débouter du pouvoir parce qu'il a terrorisé le peuple.

Moi, je pense qu’il faut que les gambiens changent de mentalité et qu’ils sachent que c’est eux qui détiennent le pouvoir. Nous pensons que nous pouvons prendre le pouvoir par les élections. Les gens voient notre travail sur le terrain, depuis des années. Ils doivent nous accompagner dans le travail que nous sommes en train d'accomplir et nous pourrons faire partir Yaya Jammeh sans user d'armes.

Pensez-vous que Yaya Jammeh vous laissera faire?

Après son coup d’Etat contre Dawda Jawara, le pouvoir de Yaya Jammeh nous avait arrêté et trainé au tribunal car il voulait faire disparaitre tous les partis politiques qui existaient. Malheureusement pour lui, il n'a pas obtenu ce qu'il voulait. Nous avons la ferme conviction que si le peuple le veut et décide de nous confier le pays, il va quitter car personne ne pourra voler les élections. Notre parti a été créé avant même que Yaya Jammeh ne finisse ses études.

Nous nous dirigeons vers la libération du peuple. Les africains sont trop fatigués à travers le monde, à cause de leur mentalité. L’heure de la libération de l’Afrique a sonné et les gens doivent s’y atteler. 

Les président Yaya Jammeh et Macky Sall ne seraient pas en odeur de sainteté. Qu'en pensez-vous ?

Nous nous pensons que le Sénégal et la Gambie sont indivisibles. S'il devait y avoir concurrence entre Yaya Jammeh et Macky Sall, ce devrait être leur capacité à réaliser des infrastructures de qualité et faire développer leurs pays respectifs au profit de leurs deux peuples.

Certains pensent que le président Jammeh joue un rôle dans l'exacerbation du conflit casamançais. Est-ce votre avis ?

Je ne le pense pas. Le conflit de la Casamance est trop complexe. Nous le connaissons bien car il a débuté au temps du président Jawara. En ce moment, Jammeh était encore à l’école. Il est très facile de régler ce problème. Il faut que les gens s’asseyent et discutent sérieusement. Après cela, chaque citoyen sénégalais devra savoir qu’il est au Sénégal et devra oeuvrer pour la paix et la quiétude de son pays. C’est cela qui a manqué dans le conflit de la Casamance.


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