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Il y a quarante ans éclatait la « guerre de Noël » entre le Mali et le Burkina Faso


Le 25 décembre 1985, l’armée malienne lançait une offensive en territoire burkinabè. Officiellement déclenchée en raison d’un litige frontalier dans la bande d'Agacher, cette seconde « guerre des pauvres » constitue surtout l'apogée de plusieurs mois de tensions entre le Mali de Moussa Traoré et le Burkina Faso de Thomas Sankara.

Rédigé par DakarFlash.com, le Vendredi 25 Décembre 2015 || 18 Partages

Il y a quarante ans éclatait la « guerre de Noël » entre le Mali et le Burkina Faso
La bande d’Agacher, une zone frontalière litigieuse
C’est une fine langue de terre d’une trentaine de kilomètres de long, à cheval entre le Mali et le Burkina Faso. Depuis leurs indépendances, au début des années 1960, les deux pays se disputent cette zone désertique riche en minerais, baptisée bande d’Agacher. En décembre 1974, les militaires maliens et burkinabè s’opposent brièvement pour son contrôle lors d’une première « guerre des pauvres ». Les combats ne durent que deux jours et feront quelques morts, avant qu’une médiation des pays voisins mette fin au conflit entre les belligérants.
 
À la fin de l’année 1985, les tensions refont surface dans la bande d’Agacher. En cause : des incursions ponctuelles de policiers et militaires maliens de l’autre côté de la frontière, mais surtout une opération de recensement menée par des fonctionnaires burkinabè dans des villages revendiqués par les deux États. Bien réelle, la crispation autour de ce litige frontalier fournit aussi un prétexte pour en découdre à Moussa Traoré et à Thomas Sankara, deux dirigeants qui entretiennent des relations exécrables depuis plusieurs semaines.
 
La « guerre des pauvres » entre le Mali de Moussa Traoré et le Burkina de Thomas Sankara
Ce conflit entre ces deux pays sahéliens a rapidement été qualifié de « guerre des pauvres » par la presse internationale. Au pouvoir depuis 1968, le président malien Moussa Traoré voit d’un mauvais œil l’arrivée aux affaires du capitaine Thomas Sankara à Ouagadougou, le 4 août 1983. Comme son voisin ivoirien Félix Houphouët-Boigny, il se méfie d’une éventuelle « contagion » révolutionnaire au-delà des frontières burkinabè. La suspicion du président malien n’est pas infondée.
 
En septembre 1985, lors d’un discours à Ouagadougou, Sankara appelle pour la première fois à la révolution chez un voisin. « Les autres peuples qui sont à nos frontières ont eux aussi besoin de révolution […] Je veux parler du Mali. […] La révolution du peuple burkinabè est à la disposition du peuple malien qui en a besoin. Parce qu’elle seule lui permettra de lutter contre la faim, la soif, l’ignorance ; et de lutter surtout contre les forces de domination néocoloniales et impérialistes ».
 
« Thom’ Sank’ » est aussi convaincu que Moussa Traoré accueille et aide ses opposants à Bamako. Il les soupçonne de fomenter un complot pour le faire chuter, avec la bénédiction des dirigeants ivoiriens et togolais – eux aussi préoccupés par l’influence des théories sankaristes dans leur pays. Selon notre ancien collaborateur Sennen Andriamirado, auteur du livre Sankara le rebelle (Jeune Afrique Livres), l’entourage du président du Conseil national révolutionnaire (CNR) est alors persuadé que ses ennemis ont mis sur pied un plan pour prendre le pouvoir par la force : « profiter d’une nouvelle guerre entre le Burkina et le Mali, occuper la ville burkinabè de Bobo-Dioulasso et, de là, lancer une contre-révolution. »
 
À la fin du mois d’octobre 1985, Sankara lance un avertissement à son homologue malien, par l’intermédiaire du président algérien Chadli Bendjedid. Pas de réponse de Traoré, qui ne reçoit pas non plus les émissaires envoyés par Ouagadougou. Il ne suffit plus que d’une étincelle pour mettre le feu aux poudres, laquelle intervient quelques semaines plus tard avec la répétition d’incidents frontaliers dans la bande d’Agacher.
 
Le 25 décembre 1985, l’armée malienne lançait une offensive en territoire burkinabè. Officiellement déclenchée en raison d’un litige frontalier dans la bande d'Agacher, cette seconde « guerre des pauvres » constitue surtout l'apogée de plusieurs mois de tensions entre le Mali de Moussa Traoré et le Burkina Faso de Thomas Sankara.
 
Cinq jours de combats meurtriers
Le 25 décembre 1985, aux premières lueurs du jour, environ 150 chars maliens franchissent la frontière et attaquent plusieurs localités. Dans le ciel, des Mig 21 bombardent les deux principales villes du nord du Burkina, Djibo et Ouahigouya. L’armée malienne, dont la puissance de feu est supérieure, s’enfonce en territoire burkinabè. Son objectif est de prendre en tenailles la seconde ville du pays, Bobo-Dioulasso.
En face, ses adversaires peinent à contenir son offensive. Ils sont débordés sur le front nord mais tiennent le front ouest. Commandées par le capitaine Blaise Compaoré, les forces burkinabè se sont éparpillées et ont adopté la technique de la guérilla, comme le décrit Andriamirado. « Elles se sont déployées en plusieurs petits groupes qui pratiquent le harcèlement avec un certain succès. Blaise Compaoré nous dira : ‘Il est facile à des blindés d’entrer dans un territoire. Il leur est très difficile d’en sortir.’ Des combattants attaquent les chars maliens à la roquette et parfois même à la grenade ou au couteau, après avoir ouvert les écoutilles. »
 
Les affrontements sont meurtriers. Plus d’une centaine de Burkinabè et une quarantaine de Maliens sont tués, militaires et civils confondus. Le bombardement aérien du marché de Ouahigouya est particulièrement sanglant. S’ajoute à cela des exécutions sommaires de prisonniers de guerre, au mépris des règles internationales. Après cinq jours de combats, un accord de cessez-le-feu est trouvé le 30 décembre sous l’égide d’une médiation ouest-africaine menée par l’Ivoirien Félix Houphouët-Boigny.
 
Le 17 janvier 1986, à Yamoussoukro, en présence de Moussa Traoré et de Thomas Sankara, cette mesure est complétée par un retrait des belligérants du champ de bataille. Le différend frontalier de la bande d’Agacher est finalement réglé le 22 décembre 1986, lorsque la Cour internationale de justice de la Haye, à laquelle ce dossier a été confié en 1983, partage la zone litigieuse entre les deux pays.

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