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Kaffrine : Une élève se noie juste après avoir décroché son Cfee


Rédigé par DakarFlash.com, le Vendredi 29 Juillet 2016 || 1902 Partages

Après l’inhumation, hier à 17 heures, de son fils, mort par noyade le mercredi 27 juillet 2016 dans un bassin de rétention, suite aux inondations qui frappent actuellement la commune de Kaffrine et environs, Talla Diop continue de pleurer son enfant qui, la vieille, avait décroché son premier diplôme, le Cfee. Récit douloureux d’un papa meurtri dans sa chair.

 

Au quartier Diameguene Ndiobène de Kaffrine, à la maison mortuaire de M. Diop, élève en classe de CM2 qui a décroché son Certificat de fin d’études élémentaires (Cfee) la veille de sa mort, le temps est suspendu. La tristesse se lit sur tous les visages. Et la grande quantité d’eau de pluie enregistrée dans la commune est toujours présente dans toutes les ruelles, rendant difficile l’accès au domicile mortuaire. Rien ne pouvait décourager les personnes décidées à compatir en cette douloureuse circonstance. Parents, proches, amis ou simples anonymes  ont fini d’envahir la cour de la maison des Diop et les tentes installées aux alentours de la demeure. Dans la grande cour, des femmes voilées, assises sur des nattes, expriment encore leurs regrets à voix basses. «Moustapha Diop était l’ami de tout le monde, notamment les enfants de son âge», murmurent-elles en chœurs. De l’autre côté du portail principal, des hommes devisent, le visage grave et la mine affligée. Plus loin, devant les maisons voisines, des groupes de personnes composés d’amis et parents du défunt, bloquent le passage aux véhicules et autres motos Jakarta qui désirent accéder à la maison du vieux Talla Diop. Partout dans ce populeux quartier de Kaffrine, la tristesse est le sentiment le mieux partagé. Tenaillée par le chagrin, la famille Diop est sans voix. Difficile de tirer le moindre mot aux parents et autres proches du défunt. Seul le vieux Talla Diop, papa du défunt, a pris la parole pour rendre un hommage posthume à son fils, décédé dans un défectueux bassin de rétention qui contient les eaux des dernières fortes pluies enregistrées dans la commune.

«C’était mon deuxième garçon. Il a 14 ans et vient tout juste de décrocher son premier sésame (Cfee), mardi passé, veille de sa mort. Il avait des frères et sœurs, mais j’avoue aujourd’hui qu’il n’était pas comme mes autres enfants. C’était une personne extraordinaire. D’ailleurs, j’ai toujours fait la remarque à sa maman qui est, elle aussi, une femme exemplaire. A son âge, «Dinné», comme l’appelaient affectueusement les gens du quartier, était presque «complet». En plus de son intelligence débordante, il était très pieux et sa générosité était incommensurable. Depuis le mariage de sa grande sœur, c’est lui qui fait le linge pour sa maman. Et pour preuve, le jour même de sa mort, avant d’aller se promener avec ses camarades du quartier vers le bassin pour contempler les eaux de ruissellement, il a fait la lessive pour sa mère qu’il ne quitte presque jamais. Tous les jours, même pendant l’année scolaire, il lave tous ses petits frères avant de sortir de la maison pour se rendre à l’école. Pour dire vrai, je n’ai jamais eu d’espoir de le voir grandir un jour comme les enfants de son âge. Car, il ne cessait de nous impressionner sur tous les plans, sa maman et moi. J’étais toujours gagné par une si grande peur de le perdre très tôt quand il posait certains actes. C’était un garçon très respectueux qui raflait également toutes les bonnes notes à l’école, pendant ses compositions. Bref, c’était quelqu’un qui disposait de tous les atouts. Même dans l’enseignement coranique, il surclassait les autres élèves», raconte le vieux Talla Diop, la gorge serrée.

Le papa du défunt poursuit, les yeux embués : «C’est avec beaucoup de peines, de souffrances, que j’ai appris la mort de mon enfant. Car, en dépit de ces graves inondations qui touchent Kaffrine, notre maison n’a pas connu de dégâts matériels. Surtout que mon fils n’avait pas l’habitude de sortir du quartier. Ses camarades avec qui il était au moment du drame, nous ont souligné qu’il ne s’est même pas déshabillé, encore moins se baigner. A leur arrivée sur les lieux, il paraît qu’il a juste trébuché sur un vase avant de se retrouver sous les eaux troubles du bassin. Tout ce que je sais, c’est que j’ai perdu un enfant d’une grande importance pour la famille, notamment pour sa maman. Il m’est très difficile de surmonter sa perte, mais comme tout bon Musulman, je ne peux désormais que prier pour le repos de son âme.»

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