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« Ki moy diiw », « Mokay corote », « Moy baatre », « Moy carte gab », « Ki du ndawsi », « Yoruko », « Te du si leen »…Ce qui se cache derrière « les Ndayalé » au Sénégal


Rédigé par DakarFlash.com, le Jeudi 2 Juin 2016 || 2523 Partages

« Ki moy diiw », « Mokay corote », « Moy baatre », « Moy carte gab », « Ki du ndawsi », « Yoruko », « Te du si leen »…Ce qui se cache derrière « les Ndayalé » au Sénégal

En Afrique, particulièrement au Sénégal, certaines traditions sortent de l’ordinaire. Et c’est le cas du ‘ndayalé’ où marraine dans la culture wolof. Un fait social réel dont nous avons chercher à percer les mystères qu’il recèle. Cela en nous posant une question importante. A savoir ce qui se cache vraiment derrière ces ‘ndayalé’ des temps modernes ?

 

Réalité sociale et sociologique du Sénégal, notamment au sein de la communauté wolof, le ‘ndayalé’ est devenu une pesanteur dans nos sociétés. Et nous avons cherché à en savoir davantage sur cette notion qui renvoie tout simplement au fait de se donner une marraine. L’idée se recoupe ici en plusieurs notions. Ainsi, use-t-on dans le langage courant en la matière de termes comme : « Kii moy diiw », « Moy corote », « Moy battré », « Moy bomb », « Ki du ndawsii », « Kii yoruko yaaw ».
Voilà autant de concepts soulevés que des Sénégalaises interpellées sur cette question du ‘ndayalé’ et qui semblent la maîtriser parfaitement, décortiquent. Du fait justement qu’ils sont bien ancrés dans la société, ces expressions qui collent au ‘ndayalé’ ont encore de beaux jours devant elles. Pourtant, le ‘ndayalé’, c’était surtout et avant tout une affaire de famille, de solidarité et pour se donner un modèle. Mais aujourd’hui, tel n’est plus le cas. Et nous avons cherché à savoir ce qu’il en est auprès des Sénégalaises.
« Le ‘ndayalé’, une grosse perte de nos jours »
Selon Kiné, cette cinquantenaire rencontrée chez sa mère, les cheveux tirés derrière, voile autour de la tête, « les histoires de ‘ndayalé’, c’est une grosse perte de nos jours. Imaginez-vous, je donne à la personne concernée, c’est-à-dire ‘ndaay-ji’, par exemple la somme de 50 000 francs Cfa pour son événement. Mais en retour, lorsque ce sera mon tour, elle me donne le double de la somme que je lui avais offerte ».
Aussi, cette femme d’informer:  « Par exemple, entre temps, si elle, la ‘nday-ji’ organise une autre cérémonie, soit un mariage ou un baptême, forcément je dois doubler la somme et même parfois tripler ce qu’elle m’avait donné. Donc, des  100 000 francs Cfa, on passe ainsi à 200 ou 300 000 francs Cfa, et même parfois au-delà. En plus de cela, je dois lui donner des tissus et d’autres cadeaux. C’est une grande perte pour moi. C’est une coutume qui a été dévoyée au point de devenir très mauvaise pour la société Sénégalaise ».
‘Ndayalé’, pesanteur sociale et poids financier
Abondant dans le même sens, une autre dame du nom de Arame Niang,  renchérit: « Celle qui te dit que ‘mala ndayalé sama doom’ (tu es la marraine de ma fille), elle t’as mis un couteau à la gorge. Car c’est t’imposer une épreuve avec des dépenses incommensurables. Car, le jour où cette fille aura un ‘xew’ (une quelconque cérémonie), c’est sûr que cette femme là, la ‘nday-ji donc, va faire des ‘téranga’ (des largesses) très importants. Et financièrement et matériellement, elle est obligée de se saigner pour être à la hauteur, quitte à se ruiner ».
Poursuivant, elle indique : « Si elle avait ramené la somme de 200 000 francs Cfa ou bien 500 000 francs Cfa pour marquer l’acte, en retour, on est dans l’obligation de doubler la somme qu’on doit lui remettre. Non seulement on va donner à boire et à manger à la ‘ndey’, mais également à toute sa délégation, sans compter le ‘téral’ (les présents) pour ses griots et ses esclaves (jaam), entre autres. Donc, on doit donner des présents à cette personne et en offrir aussi à toutes les personnes avec qui elle se déplace. Et ce sont des millions parfois que ça coûte ».
« Il faut laisser tomber ces histoires de ‘ndayalé’ et retourner à notre culture »
« Il faut laisser tomber ces histoires de ‘ndayalé’ et retourner à notre culture. Faire ce que nos arrières grand-mères faisaient avant. C’est-à-dire qu’à l’époque, par exemple, quand un membre de ta famille accouchait, tu lui donnais soit du savon, soit du Omo, soit tu lui préparais de la soupe ou de la bouillie de mil, etc. Mais, maintenant, les affaires de ‘ndayalé’ prennent de l’ampleur et les traits d’un troc financier. C’est devenu un moyen de dépenser ou de gaspiller de grosses sommes d’argent, et souvent en s’endettant jusqu’au cou », se désole Mme Guèye.
Pour cette quinquagénaire, « ces histoires de ‘ndayalé’, c’est fatiguer d’abord sa fille, son beau fils et la ‘ndey' ». « Car, poursuit-elle, pendant la période du Ramadan, la Korité, la Tabaski ou la Tamkharite, il y a toujours un cadeau à offrir, soit à cette ‘ndeey’ soit à sa belle famille. Et de nos jours, si on ne le fait pas, ‘nit yi sik le’ (les gens vont te critiquer) ».
D’après Imah, une enseignante dans une école de la place, « le ‘ndayalé’ est bien une réalité dans la société sénégalaise. Car, maintenant, c’est affaire de ‘kii moy diiw’, mais c’est l’homme qui donne, c’est cette personne qui débloque de l’argent. Et finalement, nous les femmes on souffre. Car, c’est devenu une tendance. Et après, quand la ‘ndeey’ a un événement quelconque, ton entourage commence à te demander ce que tu comptes donner à la marraine pour préparer les ‘teral’ (les présents) ».
« Nous les femmes, nous subissons tout et nous mettons la main à la poche pour ‘sagaal suñu bop’ (préserver notre réputation). Moi, j’ai eu un ‘ndayalé’. Mais j’avoue que j’ai presque tous les problèmes du monde une fois que ma ‘ndeey’ a une cérémonie. Car je suis obligée de me saigner pour faire face à toutes les contraintes que cela induit », avoue-t-elle.
« Les ‘ndayalé’, une affaire de ‘yakoy corote’, ‘ak yay bomb’
Autres lieux, autres réalités, c’est du côté de cette étudiante à la Faseg. Daba Guèye elle se nomme déclare avoir été élevée par sa tante. « Depuis que je me suis mariée, elle m’a clairement fait savoir que j’ai affaire à une ‘ndeey’ qui débloque, donc je dois me démerder à tout prix et faire le maximum sur tout ce que je dois lui offrir ».
Astou, quant à elle explique que sa mère lui a clairement dit : « Du mala ndayaale n’importe qui. Parce que je fais partie d’une bonne famille. J’avais à faire à des ‘ñeeno’ (des castés) et nous évoluons dans le monde des ‘teranga’ et du ‘defante lu baax’ (présents de valeur). Donc, pour être digne de mon rang, même si je dois récupérer mes ‘nat’ (tontines), je dois tout faire l’impossible pour être à la hauteur et me faire voir ».
Coiffeuse de son état, Maty explique pour sa part que, « de nos jours, les réalités sont différentes. Et en disant ça, je fais allusion au proverbe wolof qui dit : ‘dërëm ak dërëm ño wara aand’ (ceux qui se  ressemblent s’assemblent). Personnellement, les affaires de ‘ndayalé’, j’y tiens. Car, j’ai affaire à une belle famille assez particulière. Et là-bas, nous avons cela dans le sang. Nous y tenons et moi, je vous dis que j’ai déjà  plus de trois ‘ndey’. Parce qu’il y a des dames qui te disent carrément je suis ta marraine, alors que d’un autre côté, j’avais déjà une marraine. Le problème, c’est que tu ne peux pas dire non quand on te fait un honneur ».

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