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Larry Flynt : "L'Amérique reste le pays le plus chouette du monde"


Alors que Hugh Hefner rhabille son "Playboy", Larry Flynt, patron de "Hustler", se diversifie dans le porno et poursuit son combat contre l’ordre moral. Choqué par les réactions qui ont suivi les attentats de "Charlie Hebdo", ce provocateur-né estime que la liberté d’expression n’est jamais définitivement acquise.

Rédigé par DakarFlash.com, le Dimanche 10 Janvier 2016 || 43 Partages

C ’est un nid d’aigle, un refuge perché au sommet d’une montagne de verre. En sortant de l’ascenseur, légère déception : l’étage est peuplé de petites dames bien tranquilles qu’on imagine en train de papoter autour de la machine à café. Où sont passées les pulpeuses ? Où sont les Donna, Tanya, Katsuni, Teagan ou Angelica ? Nous sommes tout de même au siège de "Hustler", sur Sunset Boulevard ! On parcourt le hall dégoulinant de dorures, de reproductions de tableaux impressionnistes et de statues plus sculpturales que Rita Hayworth, avant de pousser la porte du nid d’aigle. Et là, le choc : au bibelot près, et Dieu sait qu’il y en a, c’est exactement le décor du film "Larry Flynt" tourné par Milos Forman en 1996.

Le pornographe le plus célèbre du pays

Sauf que l’homme assis derrière son bureau géant, à l’autre bout de l’immense rotonde, n’est pas l’acteur Woody Harrelson mais Larry Flynt himself, l’original ! Le vrai Grand Dégueulasse, en tee-shirt, est en train de se faire faire une piquouze dans le bras. On s’apprête à bredouiller une excuse gênée, on se dit qu’on repassera quand il sera redescendu de son trip, mais son épouse (la cinquième) nous rassure : c’est son vaccin contre la grippe. Larry, qu’on se le dise, ne touche plus à ces saloperies qui ont rythmé son quotidien pendant tant d’années. A 73 ans, le pornographe le plus célèbre du pays, après Hugh Hefner, s’est rangé des voitures. Enfin, presque...

Physiquement, l’homme est diminué. Cloué dans un fauteuil roulant depuis qu’un psychopathe lui a tiré dessus, le 6 mars 1978, il a survécu à ses blessures à la stupéfaction des médecins. Mais, aujourd’hui, on sent que les années le rattrapent. En revanche, l’esprit est toujours aussi aiguisé, la capacité à s’indigner et le sens de la formule, intacts. On l’interroge sur la décision du patron de "Playboy" de ne plus mettre de femmes nues dans son magazine, il esquisse un sourire carnassier à propos de son vieil ami :

Quand Hefner a démarré “Playboy”, c’était un artiste, il l’a développé avec une perspective artistique. Et il passera à la postérité pour avoir contribué à la révolution sexuelle. Mais on ne se souviendra pas de lui pour son sens des affaires.
Mon magazine se vend à dix fois moins d’exemplaires que le sien, mais moi je gagne de l’argent tandis que lui en perd. Il supprime la double page centrale, alors que c’est elle qui a donné son identité au magazine, c’est l’élément le plus important ! Hefner a 90 ans. Je savais qu’il vieillissait, mais j’ignorais qu’il avait perdu la tête."


Militant, pour l’abolition de la peine de mort

Le porno est en crise, victime de l’abondance gratuite ? Larry s’adapte. Les traders friqués de New York vont s’encanailler dans ses clubs pour gentlemen, son casino marche très bien, au point qu’il envisage d’en ouvrir un autre, et il se vante d’être "un gros pourvoyeur de contenu pour la télé câblée" (1). Mais Larry Flynt ne pense pas qu’au fric. C’est un militant, engagé à fond dans la lutte pour l’abolition de la peine de mort, alors même que le serial killer raciste Joseph Paul Franklin, l’homme qui lui a tiré dessus, a été exécuté pour un autre meurtre.

Ce n’est pas l’affaire du gouvernement que de tuer les gens, explique-t-il, d’autant que cela ne dissuade personne. Dans l’Angleterre du XVIIIe siècle, quand les pickpockets étaient condamnés à mort, on les pendait le samedi. Pendant l’exécution, d’autres pickpockets se mélangeaient à la foule et faisaient les poches du public tout en regardant les pickpockets être pendus !"

Du pur Larry Flynt : si on pouvait lui prouver que la peine de mort était dissuasive, il serait pour. C’est un pragmatique sans état d’âme, pas un idéologue. Simplement, il ne faut pas lui marcher sur les pieds. Quand il lance "Hustler", en 1972, ce n’est pas avec l’idée de devenir le héraut de la libération sexuelle. "Il faut que vous compreniez, j’étais un péquenot du comté le plus pauvre des Etats-Unis qui démarrait “Hustler” dans l’Ohio, un Etat n’ayant pas la réputation d’être le centre le plus créatif du monde, confie-t-il. Je voulais juste lancer un magazine qui plaise à l’Américain lambda. Comme lecteurs, je préférais dix routiers à un prof d’université."

A l’opposé des playmates gonflées à l’hélium de Hefner, Flynt leur propose la girl next door, "la fille d’à côté", naturelle, pas trop belle et offrant (dès 1974) des pink shots, des gros plans sur son anatomie où pas un poil ne manque.

avec nouvelobs.com

 




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