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Les Dakaroises sont belles, branchées, intelligentes : mais incapables de “dafar thiéré”


Rédigé par DakarFlash.com, le Vendredi 23 Octobre 2015 || 160 Partages

Les Dakaroises sont belles, branchées, intelligentes : mais incapables de “dafar thiéré”

A Dakar, les femmes sont pour la plupart belles, pimpantes, intelligentes, branchées, adorent se mettre sur leur trente-et-un, à tout-va….Mais attention !

Car à force de gratter le vernis qui recouvre la gente féminine de la capitale sénégalaise, on en débusque une dure réalité : rares en sont celles qui savent préparer le fameux “thiéré”, le mets le plus prisé en cette fête d’Achoura, plus connue sous l’appellation de “Tamkharite”.

Pour justifier leur manque de savoir-faire en la matière, les femmes invoquent, dans ce reportage de Actusen.com, une cascade d’arguments qui vont du manque de temps à la famille élargie, en passant par le boulot dans leurs lieux de travail. 

Plus que quelques heures, la communauté musulmane  va célébrer le nouvel an. Communément appelé Achoura ou Tamkharite au Sénégal. Cette fête se distingue des autres par la consommation de « thiéré » (couscous traditionnel). Ce plat, composé essentiellement de mil accompagné d’une sauce tomate à la viande, est typiquement sénégalais.

Consommé, depuis belle lurette, par nos aïeux, le «  thiéré » est riche en apport nutritif. Mais force est de constater qu’actuellement, peu de femmes maitrisent la technique de la préparation de ce mets. Pour en avoir le cœur net, Actusen s’est rendu au marché « Nguelaw » sis à Niarry Tally.

Réputé pour la diversité de ses produits, le marché Nguélaw est à cheval entre les populeux quartiers de Bene Tally et Niarry Tally. Dès notre arrivée, une odeur suffocante  envahit l’atmosphère. Un étage a été construit pour abriter les vendeurs de viandes, de légumes, ainsi que les poissonniers.

Au marché Nguélaw, on a une “usine thiéré”

A l’autre bout du marché, des femmes  pour la plupart d’ethnie Sérère, s’activent à confectionner le «thiéré». Amy Ndiaye fait partie de ce lot. Sanglée dans un pagne assorti d’une camisole qui laisse entrevoir ses épaules squelettiques, la dame, âgée d’une quarantaine d’années calebasse entre ses jambes, remue la farine de mil, pour en  obtenir de petite graine qu’elle casse à nouveau, en humectant le blé avec de l’eau.

De temps à autre, elle prend un tamis,  broie avec sa main les graines de la farine dans une autre calebasse. A ses côtés, une grande marmite remplie d’eau bouillante, est posée sur  un fourneau. C’est ici qu’on torture le fameux couscous. Car, à plusieurs reprises, celui-ci sera passé à la vapeur. Interrogée sur la tendance des femmes à faire des commandes de « thiéré » pour la Tamkharite, notre interlocutrice explique : «à Dakar, beaucoup de femmes ne savent préparer du thiéré, ce qui n’est pas normal pour une bonne sénégalaise”.

Poursuivant, elle ajoute : “nous les Sérères, le thiéré est notre alimentation de base. Depuis 15ans, je reçois des commandes venant de plusieurs ménages, mais elles s’accentuent durant la Tamkharite. Mon prix varie selon la quantité du mil ; pour un kilo, je le fais à 500 francs ».

A peine termine-t-elle sa phrase, qu’une cliente se pointe. Habillée d’un pantalon moulant et d’un débardeur, elle se nomme Awa Gaye, 27ans. Elle nous confie ne point pourvoir préparer du « thiéré », du fait qu’elle n’en raffole pas.

« Je passe la  commande pour le « thiéré » et la sauce je la fais moi-même. Cela fait plusieurs années que je fais passer la commande, dans la mesure où je ne sais pas concocter du thiéré. En plus, je n’en raffole pas  ; c’est seulement lors de la Tamkharite que j’en consomme”, tente-t-elle de se dédouaner.

Mais ajoute-t-elle : “tout le contraire de mon mari, il en raffole ; c’est pourquoi je suis une fidèle cliente d’Amy, elle est la seule en qui j’ai confiance dans ce domaine, car je la connais, depuis des années, elle est propre et très méticuleuse ».

Pour  Aissatou Fall, “une femme qui se respecte doit elle-même préparer son couscous”

Autre lieu, autre décor, à Grand-Dakar. Nous tombons nez-à-nez sur Aissatou Fall. Moulée dans son “meulfeu” (habit maure), la mère de famille fait la queue chez le meunier du coin. A la question de savoir est-ce qu’elle fait une commander de « thiéré », en période de Tamkharite, la mère de famille bondit de sa chaise, pour protester : « jamais !”.

Pour elle, “une femme qui se respecte doit elle-même préparer son couscous. Si, par paresse, plusieurs femmes ont tendance à passer des commandes, c’est leur choix ; quant  à moi,  l’insalubrité de certaines vendeuses de couscous est l’une des principales raisons qui  me réconfortent dans l’impérieuse nécessité pour moi-même de préparer le thiéré».

A quelques mètres de notre interlocutrice, un groupe de femmes s’attèlent à la cuisson du « thiéré ». C’est le G.I.E Jiguénou Sine (les femmes du Sine). Ce groupement de femmes est connu dans le quartier, puisqu’il approvisionne les vendeurs de lait caillé de Grand-Dakar. Nous y faisons la connaissance de Fama Sarr, la Présidente dudit GIE. La vielle femme est une experte, en matière de couscous.

Fama Sarr, Présidente G.I.E Jiguénou Sine : “les commandes affluent de partout, on peut gagner jusqu’à 50.000 F Cfa, par jour”

D’après son expérience, nombreuses sont les femmes de la capitale qui ne maitrisent point l’art de faire du bon « thiéré ». « Notre G.I.E regroupe plus de trente femmes, la Tamkharite est un moment très fructifiant pour notre commerce. Les commandes affluent de partout, on peut gagner jusqu’à 50.000 F Cfa, par jour.

Le temps change, les habitudes aussi. Plusieurs femmes travaillent et n’ont pas le temps de cuisiner, à plus forte raison le couscous qui requiert une certaine technique de préparation », souligne-t-elle. A la rue Baye Mbarick Fall (nom d’une célèbre dibiterie), Aida Timera, récemment mariée, nous reçoit dans ses appartements.

Sanglée dans une combinaison en bustier, la jeune mariée s’affaire dans la cuisine. Elle nous affirme que le fait de passer des commandes de “thiéré” n’a aucun inconvénient. Selon elle, le seul hic, c’est la quantité. « La Tamkharite est l’occasion d’offrir le diner à sa belle-famille et aux voisins. C’est pourquoi, il serait délicat de vouloir préparer à la maison la quantité de couscous requise en de pareille circonstance».

Selon Aïda Timéra, “avec une famille restreinte et faute de temps pour cuisiner, les sachets de couscous rendent les choses plus faciles. « La modernité nous facilite la tache, nous les femmes actives. L’essentiel est d’être rigoureux sur le choix, lors de l’acquisition du “thiéré”. Car hormis les femmes qui s’activent dans ce commerce, il y a des sachets que l’on vend dans les grandes surfaces, donc le problème de choix ne se pose plus”.

D’ailleurs, “je ne comprends pas tout ce tintamarre autour des femmes qui ne savent pas “dafar thiéré” (préparer du couscous.) D’autant plus qu’on achète du couscous marocain, en sachet», justifie-t-elle.

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