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Mali - La visite du président Sall, un tournant… (par Karfa Sira Diallo)


Rédigé par DakarFlash.com, le Lundi 23 Novembre 2015 || 36 Partages

En se rendant à Bamako, le président Macky Sall crée un précédent panafricaniste dans la lutte contre le terrorisme et renforce sa diplomatie offensive.

On se rappelle la levée de boucliers qui avait suivie la participation du chef de l’Etat sénégalais (aux côtés de ses homologues maliens, gabonais, togolais, béninois et nigériens) à la manifestation parisienne du 11 janvier en hommage aux victimes de l’attentat terroriste contre l’hebdomadaire Charlie Hebdo. De nombreux groupes religieux allant jusqu’à lui reprocher de n’être pas « un bon musulman », certains franchissant le rubicond en l’accusant « d’apostasie » par son soutien à un journal qui s’était permis de caricaturer le prophète Mohamed (PSL) et l’opinion publique africaine de s’être « inféodé aux intérêts français ». Qu’il est loin le temps de ces polémiques que le président sénégalais avait vainement essayé d’éteindre en interdisant la parution au Sénégal du numéro de l’hebdomadaire satirique qui avait suivi l’attentat.

N’ayant pu saisir l’opportunité de la marche de Tunis du 31 mars après l’attentat du Bardo, à laquelle de nombreux chefs d’Etats occidentaux avaient participé, le président Macky Sall devait absolument rectifier le tir pour regagner l’estime des sénégalais et des africains. Président en exercice de la CEDEAO, l’absence physique de Macky Sall ainsi que celle de ses pairs africains, aux côtés des pays et des peuples africains, comme le Nigéria, le Tchad, le Niger ou le Cameroun, frappés de plein fouet par le terrorisme de Boko Haram, ne cessait d’indigner les intellectuels et les populations africaines ainsi que de nombreux observateurs.

La violence des derniers attentats à Paris et à Bamako aura permis de souder l’opinion africaine contre une menace qui montre son vrai visage : celui d’une criminalité aveugle qui frappe froidement et indistinctement. Et dont chacun se sait désormais la cible potentielle.

«Le Mali ne sera jamais seul»

En décidant d’aller soutenir le Mali, quarante-huit heures seulement après l’attaque criminelle qui a visé l’Hotel Radisson de Bamako et qui a causé la mort de vingt et une personnes dont un sénégalais, le président Macky Sall démontre, encore une fois, des qualités d’anticipation, d’écoute et de réaction qu’il faut saluer.

En cela Macky Sall reste l’héritier déterminé et fidèle de ses prédécesseurs. Le Sénégal et le Mali partagent en effet une destinée commune que la géographie, l’histoire et la culture ont tissé depuis des millénaires. Brièvement réunis dans un même Etat pour arracher leur indépendance, ces deux peuples n’ont cessé de cultiver leurs singularités tout en œuvrant à renforcer leur intégration dans divers domaines et divers espaces régionaux et internationaux.

Il faut aussi reconnaitre que bien avant que le Mali ne fasse l’objet d’une nouvelle attaque, le président sénégalais avait nettement saisi les enjeux de sécurité liés à la propagation terroriste en Afrique. Lors du dernier forum international sur la paix et la sécurité en Afrique, le chef de l’Etat avait alerté l’opinion nationale et internationale sur la nécessité de promouvoir un « Islam tolérant » en exerçant une vigilance et une répression accrues, à la fois contre certains signes ostentatoires qui peuvent constituer une menace sécuritaire mais aussi en renforçant la surveillance des mosquées abritant des imams ouvertement djihadistes.

Même s’il semblerait que le président sénégalais continue d’avancer prudemment sur cette question (en témoigne les réserves exprimées lors de sa conférence devant la presse malienne), sa visite à Bamako devrait marquer un tournant dans la détermination des Etats africains à lutter contre le terrorisme mais surtout à mobiliser leurs populations autour de cet enjeu sécuritaire incontournable pour la réussite des projets d’émergence de pays dont la riposte ne peut être réussie que dans l’unité des forces. En cela, la décision annoncée d’observer un deuil de trois jours au sein de l’espace de la CEDEAO devrait participer à développer le partenariat entre les Etats pour faire face à la menace djihadiste dans la région.

La solidarité entre les pays africains et leur coopération restent, en effet, indispensables pour faire face aux défis nouveaux que la violence de la mondialisation capitaliste impose à l’Afrique. Malgré des taux de croissance importants, la forte croissance démographique et le désespoir d’une jeunesse exclue du travail exposent les populations africaines à l’accroissement d’une compétition pour le contrôle des richesses. Et, comme l’Occident, l’Afrique devra affronter ses propres fils que la mort n’effraie plus.


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