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Malick Jones, directeur général de la Grts : «Ce que Yahya Jammeh nous imposait de faire»


Rédigé par DakarFlash.com, le Lundi 30 Janvier 2017 || 2102 partages || 0 commentaires

Malick Jones, directeur général de la Grts : «Ce que Yahya Jammeh nous imposait de faire»
La Gambian radio television service (Grts) a été un outil de propagande du Président Jammeh. Il n’hésitait pas à appeler le Directeur général pour lui demander de modifier le programme et de diffuser des choses caduques, surtout après sa défaite. Malick Jones, après 35 années de service, a gravi tous les échelons pour se retrouver Directeur général de la Grts. Il parle en exclusivité pour Le Quotidien, de l’homme Jammeh, de ses derniers jours de pouvoir, de sa boite et de l’attente du Peuple. Vous êtes à la tête de la Grts depuis quand ? Cela fait juste un mois et quelques jours que j’ai été nommé par le Président Jammeh. C’est lorsqu’il a perdu les élections. Pourquoi avoir accepté en ce moment critique d’être nommé à ce poste ? Vous savez personne ne peut échapper à son destin. Et durant cette période, il fallait bien que quelqu’un occupe le poste surtout que Lamine Manga, le directeur général d’alors, avait quitté son poste. Le Président Jammeh a fait appel à moi pour me nommer Directeur général. Etant agent de l’Etat, je ne pouvais pas refuser le poste par crainte d’être victime de représailles. J’étais conscient qu’il y avait des problèmes, après la proclamation des résultats et la volte-face du Président Jammeh. Quel genre de représailles ? J’avais peur pour ma vie et celle de mes proches. Si je refusais, tout pouvait m’arriver. J’ai finalement accepté le poste. Quelles étaient les relations entre le Président Yahya Jammeh et la presse ? Il n’avait pas de bons rapports avec la presse privée. Les relations n’étaient pas du tout huilées. Mais pour la presse du service public, il contrôlait tout. Il donnait des ordres et nous disait : «Mettez tel ou tel programme.» Il lui arrivait de nous convoquer au Palais et de nous donner des ordres. Je me rappelais qu’il m’avait demandé de diffuser le jour de sa déclaration de candidature à l’élection présidentielle, les meetings qu’il avait faits dans les régions avec les foules qu’il drainait. Son objectif, c’était de montrer que le Peuple, malgré tout ce qui disait à l’extérieur de la Gambie, était avec lui, le chérissait. C’était dépassé. Mais, je n’y pouvais rien. C’était la volonté du chef et il fallait la respecter. Est-ce-que son départ vous a surpris ? Cela ne m’a pas du tout surpris. Il y avait beaucoup de problèmes. La situation était irréversible surtout lorsqu’il a constaté que son recours au niveau de la Cour suprême ne pouvait pas passer parce qu’il n’y avait plus de juges et la Cedeao n’était disposée à désigner des juges au niveau de cette juridiction. Il y a aussi l’erreur d’avoir décrété l’état d’urgence. Les défections des ministres étaient devenues très nombreuses même ceux-là en qui il croyait beaucoup lui avaient tourné le dos. C’était devenu intenable. Ce sont toutes ces choses qui se sont accumulées. Il ne pouvait plus tenir et ne voulant pas un bain de sang, il est parti. Malgré toute cette situation, vous n’avez pas jugé nécessaire de démissionner ? Je n’en voyais pas la raison surtout que je ne travaillais pas pour le Président Jammeh mais pour le Peuple gambien. Est-ce-que la Grts couvrait les activités du Président Adama Barrow ? J’avais envoyé à Dakar un reporter et un caméraman qui filmaient et enregistraient toutes les activités. Est-ce-que le Président Jammeh était au courant ? Non. Jamais. S’il avait un peu soupçonné cela, c’était ma perte. Comment avez-vous trouvé le Président Yahya le jour de son départ à l’aéroport ? C’était très triste et pathétique. Il me donnait l’impression de quelqu’un qui partait sans le vouloir, de quelqu’un qui a été forcé de partir. De quelqu’un qui avait pris cette décision parce que ne voulant pas que l’histoire retienne qu’à cause de lui, le sang a coulé dans son pays. Il ne voulait pas l’affrontement entre les soldats de la Cedeao et les militaires gambiens. J’avais pitié de lui. Il a lutté et a été vaincu. Le Président Yahya Jam­meh est accusé à tort ou à raison d’avoir commis beaucoup de violations de droits humains. En tant que journaliste et proche de l’ex-Président, pouvez-vous éclairer la lanterne des lecteurs ? Seule une enquête indépendante et impartiale peut déterminer avec exactitude, si ce dont le Président Yahya est accusé est vrai ou faux. A dire vrai, je ne sais pas. Je n’ai pas vu cela de mes propres yeux. Mais vous ne pouvez pas nier que c’est son régime qui a mis fin aux jours de votre confrère Deydah Haydara ? Là aussi, seule une enquête peut le dire. La Cedeao, la Communauté internationale, le régime de Jammeh avaient promis de faire des investigations là-dessus mais à ma connaissance, rien n’a été fait à ce jour. Mais est-ce-que vraiment le régime de Jammeh voulait une enquête sur cette affaire ? Je ne pense pas parce que s’il le voulait et étant conscient qu’il n’avait pas les moyens, il pouvait faire appel à d’autres mieux outillés. Ce que je peux dire avec certitude, c’est qu’il est mort durant le régime de Yahya. Comment comptez-vous travailler avec le nouveau régime ? Je sais une seule chose, rien ne sera plus comme avant. Il y aura la liberté de la presse. Elle pourra bien, je pense, laisser la presse faire correctement son travail parce qu’elle est là pour informer juste et vrai. Il faut qu’on lui laisse vraiment sa place. Chaque régime vient avec ses réalités. Yahya a fait beaucoup de réalisations. Il ne faut pas qu’on l’oublie. Qu’est-ce qu’il a fait de bon ? Il a mis en place une université, une télévision. Il a fait de l’agriculture le socle du développement. Avec lui, la scolarisation des jeunes filles était gratuite. Il payait aussi de sa poche la scolarisation de beaucoup d’enfants issus de familles démunies. Chaque année, il amenait 200 musulmans aux lieux saints de l’islam et 50 catholiques accomplir le pèlerinage. Il a instauré la discipline. Avec Yahya, chaque quinzaine, il y avait des séances de set setal pour nettoyer tous les artères de la ville de Banjul. Si la population ne venait pas le faire, il donnait des ordres aux forces de défense et de sécurité pour qu’elles le fassent. Mais aussi, il faut noter qu’il a fait aussi des choses répréhensibles. Quelles sont ces choses ? Il a mis la main sur les maisons de plusieurs personnes sans même les dédommager. Surtout du côté de Batecongo. Est-ce-que vous avez eu des tête-à-tête avec l’ex-Président ? A plusieurs reprises. Vous avez travaillé avec le régime de Dawda Diawara et celui de Yahya Jammeh. Peut-on faire une comparaison ? Du temps de Diawara, les Gambiens étaient plus libres mais le pays n’était pas développé. Avec Yahya Jammeh, il y a eu une restriction des libertés, la Gambie est devenue plus développée. Il a pris des mesures comme celle qui consiste à tuer toute personne qui commet un meurtre. Ce qui a fait beaucoup baissé le taux de criminalité. En Gambie maintenant, les gens ont peur même de brandir un couteau. Pensez-vous que le Prési­dent Jammeh doit être traduit en justice ? Si des enquêtes approfondies sont menées et qui montrent l’ampleur des crimes avérés qu’il a commis, il devrait normalement répondre de ses actes. Yahya est parti, nous devons ensemble faire développer le pays. Personne ne le fera à la place des Gambiens. Pour toutes ces raisons, nous devons être unis. Il ne faut pas qu’il y ait une chasse aux sorcières. Ceux qui sont dans le parti de Yahya ne doivent être traqués et pourchassés. Il en est de même pour les fonctionnaires. Les nouveaux maîtres de ce pays ne doivent pas perdre de vue que les régimes passent mais les travailleurs gambiens restent. Ils ne sont pour personne. Certains étaient en service durant le règne de Diawara et ont continué à travailler avec le régime de Jammeh. C’est comme cela que marche un pays. Ce que je conseille au nouveau régime, c’est de ne pas tomber dans les travers de la politique politicienne. Le Président Adama Barrow doit essayer de faire plus que Jammeh et éviter les erreurs qu’il a commises. Quel type de personnage était Yahya Jammeh ? Une personne très suffisante, imbue de sa personne. Est-ce qu’il écoutait les gens ? Il n’avait pas de conseillers. Il pensait tout connaître. Il était son propre conseiller. Les gens avaient une peur bleue de lui. Même ses ministres avaient peur de lui. Ils ne lui disaient pas la vérité. Ce qui m’étonnait beaucoup. Aviez-vous peur de Yahya Jammeh ? Non. Je n’avais pas peur de lui parce qu’on s’est connus lorsque j’étais animateur à l’hôtel Novotel et lui officier au sein de la garde rouge. Il venait dans ma boite. On discutait beaucoup. Même quand il est devenu président, il ne cessait de me rappeler ces moments et ensemble, on en rigolait. Quel genre de musique aimait écouter le Président Yahya Jammeh ? Il en écoutait beaucoup, mais le reggae était sa musique préférée. Il aurait tué beaucoup de personnes ? Vrai ou faux… Je ne suis pas au courant. Mais vous êtes journaliste ? Et alors. J’ai entendu qu’il a mis en prison plusieurs personnes. A-t-il tué, je ne saurais le dire. Ma position ne me permettait pas d’en savoir beaucoup plus. J’occupais de hautes fonctions au ministère de l’Infor­mation. Lorsque j’étais reporter, il n’y avait pas tous ces problèmes. Les vrais problèmes ont commencé en 2012. C’estdurant cette période que le régime de Jammeh a commencé à connaître des difficultés. Les anciens compagnons de Jammeh comme Edward Signateh, il ne les écoutait pas. Il était devenu mégalomane. Il ne discutait qu’avec les jeunes soldats qui ne lui disaient que ce qui lui plaisait. Il a commis des erreurs que les Gambiens ne lui ont pas pardonnées. La goutte de trop, c’est lorsqu’il a insulté les Socés publiquement et déclaré la Gambie république islamique. Qu’est-ce-que la Grts attend du nouveau régime ? Nous sommes un service public. Nous sommes comme des soldats. Nous souhaitons qu’il nous donne des moyens conséquents. Nous avons une technologie obsolète. Voyez-vous même le direct, nous ne pouvons pas le faire parce que nous n’avons pas le matériel. Il nous faut toujours enregistrer avant de diffuser. Nous n’avons pas les moyens humains. Comparée aux autres, la Grts est vraiment en retard. Nous n’avons plus de partenaires surtout avec les pays membres du Commonwealth.

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