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Me Babacar Ndiaye: «Il y a beaucoup de choses à revoir dans le basket sénégalais»


Rédigé par DakarFlash.com, le Mardi 3 Novembre 2015 || 81 Partages

Me Babacar Ndiaye: «Il y a beaucoup de choses à revoir dans le basket sénégalais»

Me Babacar Ndiaye pouvait mettre sa toge d’avocat pour plaider sa propre cause. Mais dans cette affaire où on l’accuse d’avoir mis son nom en tête de la liste envoyée au ministère des Sports pour les récompenses promises par le président de la République Macky Sall aux «Lionnes» championnes d’Afrique, il préfère balayer d’un revers de la main. L’avocat a choisi de porter son manteau de président de la Fédération sénégalaise de basketball et avancer dans sa nouvelle mission : la gestion du basket sénégalais où, à ses yeux, beaucoup de choses sont à revoir. Subtile plaidoirie.

Avez-vous des nouvelles de la présidence de la République concernant la cérémonie d’hommage aux «Lionnes» vainqueurs de l’Afrobasket 2015 ?

Non pour le moment. Nous attendons la réaction de la Présidence. Ça se fera parce que le Président Macky Sall a pris l’engagement. Quand ? On ne sait pas. Le Président avait reporté la cérémonie, compte tenu du deuil national, suite aux décès de Sénégalais à La Mecque (lors de la bousculade de Mouna). Pour la nature des récompenses et les personnes à récompenser, je n’ai aucune information.

On vous accuse d’avoir mis votre nom en tête de la liste envoyée au ministère des Sports pour les récompenses. Qu’en est-il réellement ?

Mon rôle dans cette affaire a simplement consisté à confectionner la liste de la délégation officielle au moment du départ de l’équipe pour Yaoundé. J’ai envoyé cette même liste au ministère des Sports.

Il se susurre qu’il y a deux listes, une de 18 concernant les logements et une autre de 24 pour la prime spéciale. Est-ce sur cette dernière que vous vous êtes inscrit ?

Je ne suis pas au courant de l’existence de deux listes. La Fédération a une seule liste : celle de la délégation officielle qui est de 24 personnes, c’est-à-dire les 12 joueuses, les trois entraîneurs, le Dtn, les trois médicaux, l’arbitre, le délégué fédéral, le délégué ministériel et le président de la Fédération. C’est ça la liste officielle de la délégation qui était à Yaoundé. D’autres personnes étaient à Yaoundé apportant un soutien à la Fédération, mais ne faisaient pas partie de la délégation officielle. On me parle d’une liste de 18, de 19, de 20. Là aussi, je dois faire une précision. Le nombre 18 est invoqué simplement à titre de prise en charge. Lorsque vous venez à Afrobasket, vous êtes pris en charge 48 heures avant le démarrage de la compétition et 48 heures après. Compte tenu des conditions de voyage en Afrique, nous sommes partis 72 heures avant, pour mettre l’équipe dans des conditions de performance. On a payé un jour à l’avance au taux de 100 dollars, au lieu de 60 dollars. La délégation de 18, c’est simplement pour la prise en charge. Pour les 18 premières personnes, vous payez au taux de 60 dollars par jour au comité d’organisation. Vous pouvez demander une dérogation pour augmenter cette liste jusqu’à 21 personnes au taux de 60 dollars. Si vous dépassez le nombre de 21, la personne de plus n’est pas prise en charge au taux de 60 dollars, mais au taux normal. Si la délégation officielle était de 18, la Fiba n’allait pas nous donner 22 médailles. D’autres pays sont venus avec une délégation de 30 personnes. Quand vous allez en Afrobasket pour gagner, vous ne pouvez pas y aller avec 18 personnes. Il faut nécessairement un encadrement de qualité et un nombre suffisant pour atteindre les objectifs.

Si le président de la République, comme on l’annonce dans la presse, devrait donner 18 appartements et une prime spéciale à 24 personnes, qui seraient les bénéficiaires ?

En tant que responsable moral, je ne peux pas me prononcer sur la base de si… Le moment venu, les autorités diront ce qu’elles feront pour les «Lionnes». Pour moi, au-delà des récompenses individuelles, la fédération de basket, en tant que structure, doit être récompensée. Nous sommes une fédération qui gagne. Et à ce titre, nous méritons une discrimination positive. Mon combat, c’est la récompense de la structure de la fédération, pour lui permettre de faire face à ses engagements. Maintenant, qui aura quoi, c’est laissé au pouvoir discrétionnaire du président de la République. Encore une fois, il n’y a pas de deux listes confectionnées par la Fédération.

Avez-vous le sentiment que ces récompenses promises par le chef de l’Etat commencent à polluer l’atmosphère dans votre fédération ?

A la fédération, on n’en a jamais parlé. On n’a jamais parlé de récompenses, de cérémonie, de maison ou de cadeaux à recevoir. Je suis surpris d’en entendre parler. Le basket est géré par des personnes assez responsables. Nous ne sommes pas venus au basket pour chercher de l’argent. Si les gens sont honnêtes, ils doivent le savoir. Il n’y a pas d’argent à la fédération. Au contraire, il faut en chercher pour permettre à la fédération de fonctionner. Pendant les deux Afrobasket, il y avait de l’argent dans les caisses de la fédération. Je n’ai personnellement utilisé aucun sou de la fédération. Je me suis pris en charge personnellement durant les deux compétitions. Je l’ai fait pour deux choses. Premièrement, cet argent devait être utilisé pour terminer la saison. Deuxièmement, je ne voulais pas qu’on me reproche d’avoir utilisé l’argent de la fédération et de laisser les autres. Maintenant, il y a eu des dépenses de fonctionnement pour l’équipe qui ont été faites, mais à des portions très raisonnables.

Le fait de vous séparer du chargé de la communication Bamba Kassé, n’explique-t-il pas un peu l’atmosphère polluée par les cadeaux du Président ?

Non, loin de là. Je ne veux pas me prononcer sur ça. Tout ce que je peux vous dire, c’est que le chargé de la communication, c’est moi qui l’ai nommé. La loi me donne la possibilité de le changer sans motif. Je ne suis pas obligé, pour des raisons personnelles, de dire pourquoi je me suis séparé de lui. Je n’avais consulté personne pour le nommer.

La saison de basket 2015 vient de s’achever. Quel bilan tirez-vous, même si vous n’avez fait que trois mois à la tête de la Fédération ?

Globalement, la saison a été réussie. Nous avons été installés le 5 juillet 2015. Il fallait automatiquement prendre en charge le regroupement de l’Équipe nationale masculine qui préparait l’Afrobasket (19 août au 3 septembre), organiser les play-off, terminer la Coupe du Sénégal et organiser le Championnat de deuxième division. Dans l’ensemble, toutes ces compétitions ont été tenues à terme. Nous avons bien préparé l’Afrobasket masculin où malheureusement, nous avons perdu après prolongation dans des conditions difficiles. C’est la loi du sport. Mais l’objectif minimum qu’on s’était fixé, c’est-à-dire la qualification au tournoi préolympique, a été atteint. Chez les filles, Dieu merci, l’objectif a été atteint. On a non seulement gagné le trophée continental, mais on s’est également qualifié pour les Jeux Olympiques (à Rio). D’ailleurs, on nous a invités à participer au tirage au sort prévu le 24 novembre à Genève.

Ce qui est une excellente chose pour le basketball sénégalais. On peut dire que sur le plan international, notre basket a gagné sa place. Sur le plan national, toutes les compétitions ont été tenues. Le Championnat et la Coupe du Sénégal sont allés à leur terme. Maintenant, on doit terminer la deuxième division. Ce week-end, on termine les phases régulières, pour entamer les demi-finales, le week-end prochain.

En arrivant à la Fédération, vous avez hérité du Cnbs d’un compte crédité. Cet argent a-t-il suffi pour le fonctionnement de la fédération ou vous avez dû trouver d’autres ressources pour le financement du basket ?

Quand on prenait service, on nous avait laissé un compte de plus de 6 millions de FCfa. Il y avait également de l’argent attendu de Orange et de Nike (les sponsors). L’argent de Orange a été entièrement payé et nous a permis d’organiser le Championnat, la Coupe du Sénégal et de prendre en charge les frais de regroupement des Équipes nationales masculine et féminine. L’argent de Nike, je n’ai pas voulu en toucher. Au moment où je vous parle, cet argent n’a pas été encaissé, parce que je veux qu’on l’utilise pour le démarrage de la prochaine saison. C’est 50 000 dollars (environ 25 millions de FCfa), payables en deux tranches. Et les résultats de nos Équipes nationales ont valu un bonus de 25%. Maintenant comme dans toutes les fédérations, il y a eu un moment où il y avait des problèmes de fonctionnement, parce que le compte n’avait pas d’argent. Mais, on a réussi, tant bien que mal, à trouver des solutions.

Les distinctions du Roi et Reine du basket mises au frigo par le Cnbs n’ont pas été réactualisées, cette saison. Un problème de moyens ou une logique de les supprimer pour toujours ?

Ce n’est pas un problème de moyens. Notre philosophie : les récompenses individuelles ne doivent plus primer sur les récompenses collectives. Nous devons encourager les récompenses dues aux clubs, parce que nous pratiquons un sport collectif. Je trouve aberrant, en tant qu’un président, qu’un Club qui remporte la Coupe du Sénégal, se retrouve avec 750 000 F Cfa et au même moment, qu’un de ses joueurs, désigné roi ou Reine de la saison, encaisse plus de 10 millions. Mais on va revenir à la récompense de Roi et Reine pour pousser les jeunes à se distinguer. Cette année était exceptionnelle et compte tenu de plusieurs facteurs, il était impossible d’organiser cette élection. Mais à partir de l’année prochaine, on va reprendre cette distinction.

Trois mois à la tête de la fédération… avez-vous pris vos marques ?

Effectivement ! Quand nous sommes venus, nous étions pris par les deux Afrobaskets. Sur le plan interne, il y a beaucoup de choses à faire. D’abord, il faut nécessairement tirer le bilan de la saison et s’attaquer à la saison à venir. Cette semaine, nous avons la visite de la Fiba qui, du 5 au 8 novembre, verra dans quelles conditions on travaille. Ils nous ont également demandé de recenser les problèmes que rencontre la Fédération, dans le cadre de son fonctionnement. On est en train de préparer un dossier pour cette rencontre. A la fin de cette visite, on va s’attaquer à la prochaine saison. Il faudra revoir la formule du championnat et sa durée. La question financière de l’organisation du championnat est également très importante, à mes yeux. Aujourd’hui, une journée de championnat est chère. A-t-on les moyens d’organiser une journée de championnat au taux actuel ? C’est une question qui mérite d’être posée. Doit-on utiliser tout l’argent qu’on a pour l’organisation d’un championnat d’élite et de deuxième division et laisser de côté la petite catégorie ? Ce sont des questions qui doivent être développées. Je suis pour qu’on revienne au taux pratiqué par l’ancienne fédération.

Lorsque le Cnbs est venu, il a procédé à une augmentation des charges. Est-ce qu’en tant que fédération, on doit revenir sur le taux normal ou continuer à pratiquer les taux laissés par le Cnbs, quitte à ne pas prendre en charge la formation de la petite catégorie ? Toutes ces questions doivent être discutées.

Est-ce-que les U18 du Sénégal vont retrouver la compétition internationale, après ce qui s’est passé ?

On va voir à partir de la semaine prochaine. Ce n’est pas parce qu’il y a eu cette affaire de fraude qui nous a valu une sanction, qu’on ne doit plus revenir aux compétitions des jeunes. Nous devons préparer de bonnes équipes de U18, U16 pour avoir de bonnes Équipes nationales, les années à venir.

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