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Mendicité, prostitution et criminalité transnationales: L’unité africaine à l’épreuve de la transfrontalité ( par Dr Ousmane Thiam)


Rédigé par DakarFlash.com, le Mardi 4 Juillet 2017 || 23 partages || 0 commentaires

Mendicité, prostitution et criminalité transnationales: L’unité africaine à l’épreuve de la transfrontalité ( par Dr Ousmane Thiam)
Au moment où l’Union africaine (UA) vient de lancer le passeport africain et de proclamer solennellement son intérêt pour la jeunesse du continent à l’occasion du 29ème sommet de l’Union africaine qui se tient actuellement à Addis-Abeba (Ethiopie), il nous semble opportun de s’interroger, de manière critique, sur la politique africaine d’une manière générale, et sur ses résultats surtout. Si les succès sont mis sous le feu des projecteurs et fièrement médiatisés, les échecs sont délibérément passés sous silence et mis sur le compte du sous-développement et de l’insécurité, ou de la fatalité tout simplement. 

C’est trop facile !!! Une politique africaine efficace ne saurait être une réalité que si les insuccès sont courageusement affrontés et traduits en opportunités et pas ignorés de peur d’y faire face. La politique de l’autruche systématiquement adoptée par la plupart des Etats est une hypocrisie. Sous prétexte de lutter contre le terrorisme et les trafics illicites, le repli et la répression d’étrangers africains s’y sont érigés en modes de gouvernance, celle-ci emportant parfois avec elle d’honnêtes et courageux individus dont le seul tort est d’avoir choisi l’exil, faute de pouvoir espérer un avenir meilleur dans leur propre pays d’origine. 

Aujourd’hui, après plus de 50 ans de politique africaine, la misère semble encore la chose la plus partagée. La mendicité des jeunes guinéens ou maliens à Dakar, la prostitution des burkinabé et des ghanéennes à Abidjan, la chasse aux étrangers africains dans certains pays ou la criminalité transnationale sont autant de maux et de contre-valeurs qui mettent à nu les limites et les errements de la politique africaine. L’ouverture des frontières n’a pas produit les résultats escomptés. Les populations bougent certes avec plus de facilités, mais souvent malgré elles. La plupart d’entre elles voyage sans projet migratoire et se jettent dans le vide sans aucune idée précise de ce qui les attend à l’autre bout. La prostitution, la mendicité ou la criminalité dans les pays d’accueil sont souvent le fait d’individus dépourvus de projets migratoires clairs et qui, par manque de moyens de subsistance, se retrouvent fragilisés et inévitablement exposés au tourbillon des réseaux qui entretiennent ces filières. 

Loin des solennités et des salons feutrés d’Abuja (pour le cas de la CDEAO) ou d’Addis Abeba (UA), les populations africaines souffrent encore et se sentent de plus en plus délaissées par leurs décideurs plus accrochés à une « utopie » panafricaniste qu’à la résolution des problèmes internes qui gangrènent celles-ci. 

A notre humble avis, l’ouverture des frontières et l’assouplissement des formalités douanières – et mieux la création d’un passeport africain – sont des options légitimes certes, mais ne sont pas des urgences absolues. Les efforts de développement doivent davantage être orientés vers le renfoncement et la fortification internes des Etats pour non seulement améliorer les conditions d’existence des populations, mais également pour encourager leur fixation. Tan que les territoires étatiques resteront économiquement déséquilibrés et les populations des régions défavorisées négligées, les efforts de développement demeureront vains et sans véritables résultats. Les guerres et rebellions constatés dans les différentes régions du continents ne sont rien d’autre que les conséquences de politiques intérieures boiteuses et sans réel ancrage territorial. 

Nous pensons, sans être provocateur, que la cause terroriste est certes, pour certaines régions (le Mali, l’Afrique du Nord, la Corne de l’Afrique) une réalité qu’il faut absolument prendre en compte, mais reste un facteur de déstabilisation relativement secondaire par rapport au déséquilibre criard qui caractérise le développement de ces contrées. Ainsi, l’aménagement intérieur des Etats est une condition sine qua non pour retenir durablement les populations, stimuler le développement et limiter la mobilité contreproductive et avilissante. 

Une Afrique forte et unie, OUI ! Mais adossée à des Etats forts et sécurisés. Des Etats entre lesquels la mobilité ne sera plus une réponse à la misère – et donc un réflexe de survie -, mais un moyen de développement de soi et de la communauté. 

Dr Ousmane Thiam 
Géographe/Expert en gouvernance territoriale 
E-mail : ousmane_thiam2000@yahoo.fr

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