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Oumou Sy revient sur l'«Afffaire des 100 mannequins »


Rédigé par DakarFlash.com, le Vendredi 19 Août 2016 || 725 Partages

Oumou Sy revient sur l'«Afffaire des 100 mannequins »

Mardi 28 août 2001. La gendarmerie intercepte à l’aéroport Léopold Senghor un avion devant convoyer une centaine de mannequins et leurs encadreurs en Libye pour les besoins de la célébration des 32 ans de la Révolution libyenne. Présentée comme le cerveau de cette affaire que les autorités de l’époque présentaient comme un « trafic de filles vers la Libye avec des ramifications internationales », la styliste Oumou Sy est arrêtée le 30 août avant d’être inculpée et placée sous mandat de dépôt, le lendemain, pour complicité de proxénétisme. Elle bénéficiera, au mois d’octobre suivant, d’une liberté provisoire. 

 

Quinze ans après les faits, les données restent intactes. Elles ne se sont ni effacées ni altérées, malgré les années qui sont passées. Dans un coin de sa mémoire, la styliste planque soigneusement l’« affaire des 100 mannequins », qui lui a valu 33 jours de prison, la fermeture du Metissacana et une réputation longtemps chahutée. 

Dans un long entretien paru dans le journal Le Quotidien de ce vendredi, Oumou Sy rembobine. Elle assure avoir été désignée comme l’agneau du sacrifice du Sénégal sur l’autel de ses relations économiques et diplomatiques avec respectivement la France et les États-Unis. 

À l’époque, la styliste tenait le Metissacana, pionnier des cybercafés et des fournisseurs d’internet au Sénégal, voire en Afrique de l’Ouest. Durant la même année, Colin Powel, l’ancien secrétaire d’État américain, avait effectué une tournée africaine sans passer par Dakar. Une façon pour les États-Unis, croit savoir la styliste, de sanctionner Wade pour sa proximité supposée avec Khadafi, devenu un ennemi de Washington. 

« Les autorités sénégalaises voulaient se débarrasser d’une concurrente de la Sonatel et régler en même temps d’autres problèmes diplomatiques », avance Oumou Sy. L’invitation de Khadafi pour les 32 ans de la révolution libyenne, envoyée à la styliste sénégalaise, tombait donc à pic. 

« J’ai appelé le ministère de la Culture pour savoir si on devait se rendre à Tripoli ou pas, ils m’ont donné une réponse positive en affirmant que même les artisans du village de Soumbédioune et le groupe culturel de Thionk Essyl étaient aussi invités, fouille dans sa tête la fondatrice du Metissacana. Il y avait un document daté du 15 août de la République arabe de Libye, adressé au président de la Chambre de commerce du Sénégal, informant de l’intention de présenter des mannequins du Sénégal à Tripoli. Donc, les autorités sénégalaises étaient bien au courant. Ils m’ont d’ailleurs demandé de préparer mon casting pour le défilé. J’ai pris mes élèves, mes cousines et mes filles pour partir en Libye. Comment pourrais-je vendre mes filles ? C’est impossible et insensé. » 

La version des autorités est tout autre. Le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Cheikh Tidiane Gadio, disait devant la presse que l’affaire des 100 mannequins est une histoire de proxénétisme. Pour sa part, le ministre de l’Intérieur de l’époque, le général Mamadou Niang, parlait de « trafic de filles vers la Libye avec des ramifications internationales ». 

L’affaire se dégonfla la même année avec la libération des principales mises en cause (les sœurs Campbell et Oumou Sy). Mais les relations diplomatiques entre Dakar et Tripoli connaissent un coup de froid. Chaque pays appelant son ambassadeur pour consultation. Huit mois après, le Metissacana ferme ses portes, après avoir subi un incendie et son propriétaire ainsi que des membres de sa famille, des menaces de mort. 

Ainsi, laisse entendre la styliste, Wade réussit, en se servant d’elle, la prouesse de se rabibocher avec les États-Unis, en se brouillant (même momentanément) avec la Libye, et d’ouvrir à France Telecom, qui venait d’entrer dans le capital de la Sonatel, un boulevard pour le contrôle de l’internet au Sénégal. 

Par la suite, Wade tente de renouer le fil avec la styliste. Son épouse Viviane Wade la contacte pour un défilé. Oumou Sy refuse en exigeant d’abord des excuses publiques à l’ancien chef de l’État. Ce dernier ne s’exécutera pas, mais rencontre la promotrice du Metissacana. 

« Il a appelé ses hommes pour leur demander de tout régler concernant le scandale des mannequins et le Metissacana, se remémore Oumou Sy. Il m’avait préparé un cadeau empoisonné parce qu’il a donné un papier sur lequel il m’était permis de rependre mes ateliers qui ont été incendiés, pour une valeur de 305 millions. Mais il fallait que je me rapproche de l’Adepme pour mendier un remboursement. Ils m’ont fait du mal, au lieu de réparer cela et respecter mes droits en me dédommageant, ils ont voulu me donner un cadeau empoisonné. Chose que j’ai refusée farouchement. » 

Malgré ses déboires, Oumou Sy poursuivra ses activités dans la mode. Et ça fait 15 ans que ça dure. Aujourd’hui, elle n’écarte pas de rouvrir les portes du Metissacana « dans un nouveau registre ». « Il y a des gens qui veulent acheter le nom, mais je ne vends pas, avertit-elle. Je veux des partenaires et non des gens qui veulent se l’approprier parce qu’ils ont des pouvoirs. Ce n’est pas un nom à bazarder. » 


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