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Papy se confie: «J’ai su sur Snapchat que ma copine me trompait. Elle était dans un hôtel avec des...»


Exit les BBC (Born before computer : Nés avant les ordinateurs). C’est l’ère de la génération Z. Les correspondances épistolaires et autres appels téléphoniques sont révolus. Etre au diapason, c’est aujourd’hui être connecté en haut débit.

Rédigé par DakarFlash.com, le Jeudi 19 Mai 2016 || 2710 Partages

Papy se confie: «J’ai su sur Snapchat que ma copine me trompait. Elle était dans un hôtel avec des...»

Le phénomène est en vogue. Même Macky Sall s’y met. «Je tweete, je suis également sur Facebook et sur Whatsapp», avouait le président de la République, tout sourire devant le public du Next Einstein Forum. Les réseaux sociaux et autres plateformes d’échange ne laissent personne indifférent. Décideurs et administrés s’y côtoient sans distinction de sexe, de race ou de religion. Sur la toile, des communautés et des sous-communautés se forment, selon les affinités. Les Nappy (crépus) avec les Nappy. Les play-boys avec les play-boys, les cordons bleus, pareil. D’autres groupes, plus ouverts, ne font aucune forme de restriction. Alassane Mbaye, étudiant à l’université de Dakar, n’utilise aucune plateforme de discussion, excepté Facebook. Jetant un regard furtif vers son camarade, il déclare : «C’est prenant et sans intérêt. En plus, je n’ai pas de problème d’existence sociale.» De l’avis d’Alassane, c’est surtout ceux qui n’ont pas d’attache familiale qui se regroupent sur Internet. «Ils ont besoin du Net pour exister et vaincre leur solitude», argumente-t-il. Cependant, Internet, c’est bien plus que des discussions et des causeries «inutiles» entre personnes en manque d’affection. C’est aussi une plateforme importante pour «communiquer, échanger sur l’actualité et commercer». C’est du moins, ce qu’en pense Adama Bâ. La jeune étudiante de teint clair a jeté son dévolu sur ce genre de groupe qui lui permet de se débarrasser de vieux objets qu’elle n’utilise plus. «Il y a des groupes qui sont vraiment utiles. Par exemple, je suis membre d’un groupe qui me permet de vendre des objets dont je n’ai plus besoin». Adama est aussi membre d’un groupe qui lui permet d’améliorer sa cuisine et de se préparer à la vie conjugale. «On se partage des recettes et des conseils culinaires. Je pense que c’est très important pour une femme», dit-elle, provocatrice.

 

«Ceux qui souhaitent adhérer à notre communauté doivent poster une photo sexy»

 

«Vip Family» est un groupe fermé sur Whatsapp. Pour l’intégrer, il faut avoir une autorisation des administrateurs. «J’en étais membre, mais je l’ai quitté, parce qu’ils ne parlent que de sexe. Aussi, les membres ne publient que des images obscènes», déclare cette demoiselle dans son Wax aux couleurs vives. «J’ai été ajoutée par un ami. La seule obligation pour être accepté est de se présenter». Le problème des groupes, selon Mamadou Sow, étudiant à l’université de Dakar, est que «chacun peut écrire ce qu’il veut. Parfois, des membres passent outre les thématiques et versent dans les invectives et autres commentaires malveillants». Avec les réseaux sociaux, c’est le délire du matin jusqu’au soir. «Quand je me lève, je me connecte. Dans le bus, je me connecte. Je suis devenu accro aux réseaux sociaux», ajoute pour sa part, Moussa Sène, un habitant de Nord-Foire. Dans sa chemise blanche, le bonhomme, un œil sur sa tablette, revient sur les critères très sélectifs de sa communauté sur Whatsapp. «Je ne suis membre que d’un seul groupe, Play-boy». Ce groupe a la particularité d’être très restrictif. «Comme son nom l’indique, nous ne prenons que les play-boys et les play-girls. Ceux qui souhaitent adhérer à notre communauté doivent poster une photo sexy. Le jury va alors apprécier». Pour le casting, chaque administrateur a son mot à dire. Après validation, le nouveau membre peut participer à toutes les activités du groupe. «Nous sommes une famille et organisons des rencontres à la plage, en boîte…». «Play-boy» est aussi un espace où se développent des relations intimes entre jeunes filles et garçons, informe Moussa. «Play-boy» est intransigeant sur ses critères de sélection. «Il faut, non seulement, être stylé, mais aussi, avoir un certain niveau intellectuel». Demandez à cette jeune fille qui avait posté une photo de sa sœur pour intégrer le groupe. Moussa éclate de rires et raconte : «Elle nous a tous eus. Elle avait posté une très belle photo de sa sœur. Sans hésiter, un de mes potes administrateur a commencé à lui faire la cour virtuelle. Lorsqu’il l’a enfin rencontrée, il a failli tomber des nues. La jeune fille était l’opposée de sa photo-profil.» Une déconvenue qui a conduit le groupe à revoir ses critères d’adhésion. «Depuis lors, il faut, en sus de la photo, rencontrer les administrateurs, pour être validé». Raison pour laquelle, le nombre d’abonnés au groupe n’atteint pas des sommets. «Nous préférons la qualité à la quantité», se défend Moussa.

 

«J’ai su sur Snapchat que ma copine me trompait»

 

Les groupes permettent aussi de réduire la distance ou de se former. Cheikh T. Sylla, assis dans la cour de Iface, déclare : «Grâce au groupe que nous avons créé, je suis en permanence en contact avec des amis qui sont à l’étranger. Je suis aussi membre d’un groupe qui me permet de parfaire mon anglais.» Khadidiatou Diop, témoin de la conversation, affirme également être otage du Net. «Je suis tout le temps sur les réseaux. Je suis membre de Nappy-groupe qui promeut la beauté noire. Nous nous réunissons, de temps en temps, au point E, pour échanger sur certaines thématiques comme la dépigmentation.» Le Net fait aussi des ravages. Certains individus malintentionnés y sont en quête de proies faciles. «Ils sont sans gêne, sans pudeur et sans scrupule. Dès que tu adhères au groupe, ils t’envoient des messages privés pour te faire des avances». Bien des unions se font et se défont, à l’insu des autres membres de la communauté. Ainsi se forment des communautés privées dans la vie publique du groupe. Des relations à durée déterminée (RDD) comme des relations à durée indéterminée (RDI). C’est selon. Papy habite à Rufisque. Il revient sur le jour où les réseaux sociaux lui ont permis de démasquer sa copine qui le trompait. «Elle prétendait être malade. La nuit, je l’ai appelée, mais elle ne répondait pas. Elle était dans un hôtel avec sa sœur et des hommes. Je l’ai su par Snapchat», déclare Papy, le sourire malicieux. Comme pour dire que la génération Z a fini de faire du Net son terrain de chasse.

 

 

EXEMPLE DE GROUPES SUR FACEBOOK

 

Les citadins adhèrent à l’humour et à la solidarité

 

Les réseaux sociaux font partie du quotidien de nombre de Sénégalais. Certains sont généralistes. D’autres spécialisés, avec des thématiques bien précises. Ils ont pour nom Facebook, Twitter, Google+ etc. Selon le bon vouloir des membres de la communauté, le groupe peut être fermé ou ouvert. Chacun y va selon ses propres intérêts. Restez branché partout. Au bureau, chez soi, entre amis (es), dans la rue, se connecter aux réseaux sociaux devient une habitude, un style de vie. Et à ce jeu, des groupes sortent largement du lot au Sénégal.

 

 

T’es de Dakar si…

 

Le groupe a la côte sur Facebook. C’est une plateforme d’échanges et de partages qui compte plus de 60 000 membres et 5 administrateurs. «T’es de Dakar si …» offre aux Dakarois l’opportunité de partager les faits marquants de leur vie citadine. Toute publication doit obligatoirement démarrer par le nom du groupe. La communauté fait fureur. Les citadins voulant montrer leur appartenance à la capitale s’y donnent rendez-vous, pour s’amuser, mais aussi, mener des discussions utiles entre Sénégalais. Ses visiteurs se partagent des contenus : vidéos, images ou autres textes drôles. L’humour y est le maître mot. D’autres individus profitent du succès de ce groupe pour passer leurs annonces de toutes sortes. Lisez : «Secret pour faire grossir les fesses, les seins, les hanches, les mollets, diminuer les cuisses et aplatir le ventre».

 

Inondation Dakar

 

Aider les populations dakaroises, particulièrement celles touchées par les inondations, est le sacerdoce de «Inondation Dakar». Ce groupe ne se limite pas à aider uniquement les victimes des inondations. Il s’investit également dans d’autres actions solidaires, comme le secours aux orphelins, l’organisation de dons de sang, de consultations médicales gratuites. Avec actuellement 6371 membres, le groupe ambitionne même de construire une bibliothèque dans un village. «Ceci dans le but de soutenir l’éducation et la culture. Nous cherchons des livres de poche et des dictionnaires, Par contre, nous n’avons pas besoin de manuels scolaires, car les programmes ne sont pas forcément les mêmes», peut-on lire sur le mur du groupe.

 

PROFESSEUR ALY KHOUDIA DIAO, SOCIOLOGUE

 

«Les réseaux sociaux anéantissent le tissu familial»

 

Pour le sociologue Aly Khoudia Diao, le développement fulgurant des réseaux sociaux s’explique d’une part, par l’évolution des sociétés et d’autre part, par l’avancée technologique. Mais le problème, estime le professeur, ce sont les conséquences qui accompagnent ces mutations technologiques. Lesquelles ont pour nom «acculturation, déracinement, perte des valeurs et reniements. Les réseaux ont un pouvoir de fascination extraordinaire chez toutes les couches de la population, du fait des possibilités qu’ils offrent, en termes de travail, gains et loisirs. Mais ce qui est le plus grave, c’est que ces réseaux ont tendance à remplacer la famille, les parents, les tantes et les oncles». Ce faisant, ils anéantissent le tissu familial qui ne joue plus convenablement son rôle traditionnel. Selon Aly Khoudia, la famille ne remplit plus «son rôle de protection et d’éducation». Remplaçant la famille et la société, «les réseaux sociaux construisent un monde virtuel autour de la personne, avec un lien factice, des amitiés artificielles, des relations sans lien social fort, bref un monde éphémère où rien n’est naturel, juste et vrai», déclare le spécialiste, selon qui, les avantages que les adeptes en tirent ne compensent nullement les inconvénients encourus. «On peut certes faire des rencontres, travailler, se parler, partager des infos et des connaissances, dans l’anonymat ou à partir d’une image fausse et créée. A l’inverse, les inconvénients reposent sur le fait que l’individu, de plus en plus, s’isole de la famille, ne discute plus avec ses parents ou ses frères et sœurs, mais va préférer sa tablette ou sa machine qui vont progressivement remplacer ses interlocuteurs naturels». Ce qui n’est pas sans danger, selon le sociologue. «La personne peut être victime de chantage, de harcèlement, de détournement et de déballage». Aussi faut-il recommander la plus grande prudence chez nos enfants qui sont les premières victimes des réseaux sociaux. Les parents n’ayant pas toujours les moyens de les surveiller».

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