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Police nationale: Le bilan de Anna Sémou Faye de son passage à la DGPN


Après 26 mois passés à la tête de la Police nationale, l'Inspecteur général de Police, Anna Sémou Faye, passe le témoin à Oumar Maal, jusqu'ici Directeur de la sécurité publique (DSP). Jointe par Leral, le Directeur général sortant de la Police fait le bilan de son passage à la tête de cette institution. La native de Mbodiène, village situé sur la Petite-Côte, vers Joal, revient sur ses nombreuses réalisations pour redorer le blason d'un corps fortement secoué par un scandale suite aux graves accusations du Commissaire Cheikhna Keïta, alors Directeur de l'OCRTIS (Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants) contre le DGPN de l'époque, le Commissaire Abdoulaye Niang.

Rédigé par DakarFlash.com, le Mercredi 14 Octobre 2015 || 68 Partages

Nomination à la tête de la Police dans un contexte tendu 

« Je suis arrivée à la tête de la Police nationale dans un contexte extrêmement difficile. C’est pourquoi j’ai eu peur. Lorsqu’on m’a surprise pour m’annoncer la nouvelle de ma nomination au poste de DGPN, ma première réaction fut : « comment est-ce possible ? ». Je savais que cela allait être extrêmement difficile et ça l’a été. Le contexte était très lourd et très chargé. La Police vivait des moments assez difficiles que nous ne souhaitons plus jamais revivre parce que notre institution mérite plus que cela. La Police est une grande institution, une belle institution. Il faut que nous-mêmes, les commissaires de Police, nous nous battons davantage pour redorer son blason. Donc, le contexte de ma nomination comme DGPN était très difficile. En plus, le président de la République, Macky Sall, venait de faire une grande innovation : une femme à la tête de la Police nationale. N’oubliez pas que nous sommes dans une société où il y a des grincements de dents lorsqu’une femme accède à certaines stations. Voilà le contexte et dans lequel je me suis dit : « j’y vais mais avec ceux qui sont là ». J’ai essayé de rassembler. C’est pourquoi, dans mon discours, et je le répète partout, j’ai martelé ce mot « ensemble ». C’est ensemble qu’on peut réaliser de grandes choses. C’est dans l’unité et la concorde qu’on peut bâtir de grandes choses. Les grands directeurs y ont cru et la troupe a adhéré. Ils ont tous accompagné leur chef. 

27 juillet 2013 – 14 octobre 2015, un « temps assez long » 

Je suis restée 26 mois à la tête de la Police nationale. C’est assez long pour ce poste si l’on sait l’ambiance et toute la pression qui m’ont accompagnée. C’était aussi légitime puisque c’est la première fois qu’une femme arrive à la tête de cette institution. Je suis restée assez longtemps DGPN parce que quand on voit la moyenne de la longévité à ce poste, il y en qui n’ont pas fait deux ans, d’autres ont fait quelques mois. Bien qu’à la Police, si on veut dérouler tout un programme, il faut peut-être un peu plus. Mais, l’essentiel, c’est de marquer quelque chose et de céder la place parce que c’est une mission que chaque commissaire de Police doit pouvoir remplir. Lorsqu’on est nommé, on ne peut pas se débiner. Mais aussi, lorsque l’autorité estime qu’on doit remplir une autre mission, il faut savoir partir de la même manière qu’on est venu, c’est-à-dire le sourire aux lèvres. 

Tournée nationale, une démarche de proximité 

Tout de suite après mon arrivée à la DGPN, j’ai estimé qu’il fallait faire une grande tournée. Il fallait faire ce que d’autres n’avaient pas encore fait : aller à la rencontre de cette troupe. Il y a des hommes (de Police) qui peuvent avoir un DG pendant deux ans et ne jamais le rencontrer. Ils l’aperçoivent juste à la télévision lors de grandes cérémonies. Je voulais cette proximité avec les hommes. Pour cela, il fallait les trouver là où ils sont. Nous avons presque fait le tour du Sénégal. Je pense que c'est cette communion que nous avions eue avec les hommes qui a fait naître ce sentiment (de respect). Ils ont adhéré au projet que j’avais pour la Police nationale. Moi, je pense que c’est quelque chose qu’il faudrait d’ailleurs pérenniser. Le DGPN doit pouvoir sortir de la capitale, aller aux fins fonds du pays, partout dans le Sénégal, là où ses hommes sont en train de mener leur mission pour toucher du doigt leurs difficultés et pour pouvoir les remonter afin d’améliorer leurs conditions. 

La lutte contre l’insécurité, la bataille de tous les jours 

L'insécurité, c’est une bataille de tous les jours. On ne la gagne pas à 100%. C’est en dents de scie ; ça monte et ça dégringole. Mais, malgré cela, il y a des hommes et des femmes qui, tous les jours, s'activent pour la sécurité des populations. Nous avons mis en place un nouveau dispositif que nous avons appelé « Sentinelle ». La « Sentinelle », c’est cette personne qui veille sur vous, qui rassure. Elle permet d’avoir des unités de la Police dans les grands carrefours pour pouvoir, en cas de besoin, intervenir. Pour accompagner ce dispositif, il a fallu donner des moyens. Je suis tombée sur ça, peut-être qu’un autre DG à ma place, aurait eu la même chose. Mais, en 2014, la Police nationale a vu ses moyens de mobilité considérablement changés avec une sérigraphie qui a rendu les policiers très fiers de pouvoir patrouiller avec ces nouveaux véhicules. Ça a été une promesse que nous avions faite de renforcer leurs moyens. Et cette promesse a été tenue. Elle a permis de renforcer la proximité entre la Police et les citoyens. 

Le Kanrangué 2, une synergie entre Police et Gendarmerie 

Nous avions trouvé sur place un dispositif « Karangué 1 ». Nous avons monté « Karangué 2 » qui consiste à avoir une synergie entre Police et Gendarmerie. Allez sur le terrain, cette synergie est réelle. Vous voyez désormais, à Dakar, policiers et gendarmes dans un même véhicule patrouillant pour sécuriser et rassurer les populations. Nous y avons travaillé. C’est le lieu de rendre hommage au Haut Commandant de la Gendarmerie nationale parce que c’est ensemble que nous avons décidé d’unir nos forces et de mutualiser nos moyens pour davantage lutter contre l’insécurité qui est un phénomène contre lequel on ne peut pas baisser les bras. Notre « Sentinelle » est toujours là et elle est visible. Nous l’avons fait monter en puissance lors des grands événements comme l’organisation du Sommet de la Francophonie ou durant la Tabaski. Il manquait un organe à la Police nationale. J’ai eu beaucoup de mal à mettre ça en place mais j’ai quand même réussi à l’installer : un organe de coordination à l’échelle cabinet DGPN. Il nous fallait un centre de veille opérationnelle qui est un outil d’aide à la décision. Il faut que la Police sénégalaise sorte des sentiers battus et accepte de faire sa mue. 

Journées portes ouvertes et « Mercredi de la Police » pour ouvrir les portes de la Police 

Nous avons essayé de matérialiser cette proximité avec les citoyens en organisant des journées portes ouvertes pour permettre au citoyen de venir et discuter avec sa Police. Nous avons aussi créé les « Mercredi de la Police », un moyen d’ouvrir les portes de la Police dans un cadre de réflexion et d’échanges avec les populations. A chaque conférence, le monde universitaire et les ressources humaines des autres départements ministériels sont conviés pour participer aux débats. Nous avons voulu une réflexion intellectuelle avec tout le monde intellectuel et avec tous les citoyens pour faire une synthèse de tout cela et regarder là où il y a des manquements et quels leviers il faut encore activer pour répondre aux aspirations de la population. Il ne faut pas que la Police cherche à se recroqueviller sur elle. C’est la Police du citoyen. J’ai aimé voir un sociologue nous faire des critiques parce que, pour moi, ces critiques sont constructives. 

Le cadeau de nouvel an (2014) pour la Police 

J’avais dit, personnellement, que j’aurais aimé travailler pour rendre le cadre du travail du policier plus agréable. J’avais souhaité que l’autorité réévalue un peu la rémunération du policier. Ce n’est pas une doléance mais, une vieille aspiration au sein de la Police. Il fallait revoir le traitement salarial. C’est vrai que c’est ma proposition et j’y ai travaillé d’arrache-pied mais, c’est Monsieur le président de la République qui m’a permis, dès le début de l’année 2014, de réaliser cette promesse que j’avais faite à l’Ecole nationale de Police. Depuis février 2014, tout membre de la Police nationale, de l’agent à l’inspecteur général, a vu son indemnité pour charges de Police doublée. Cette décision a marqué la troupe parce qu’on l’a attendue des années et des années et ça a permis de sentir tout l’attachement et toute l’ambition du chef de l’Etat pour améliorer la condition du policier. 

Le tournoi du DGPN pour solidifier les liens entre policiers 

Nous sommes tout le temps dans le stress. Ça travaille tout le temps, 24 heures sur 24. J’ai proposé de mettre sur pied un cadre où, une fois par an, on s’amusait un peu. Et j’ai créé le tournoi de la coupe du DGPN. Ça a permis de faire jouer, dans une même équipe, un commissaire et un agent ou un auxiliaire de Police. Cette année, au stade Demba Diop où nous avons organisé la finale, j’ai eu la chair de pouls en voyant toute cette jeunesse de Police pour qui il faut mettre les conditions d’épanouissement pour qu’elle puisse relever tous les défis sécuritaires. 

Les multiples actions sociales du DGPN 

Une femme, c’est une mère. C’est pourquoi, j’ai décidé, avec mon équipe, de soutenir les établissements scolaires dans lesquels se trouvent nos enfants, des écoles qui sont ouvertes au niveau de nos casernes. Nous l’avons fait à Dakar puis à Thiès. Nous ne sommes pas des êtres qui vivent à part ; nous avons des familles. Nous devons aller communier avec ces enfants qui subissent les contrecoups du travail de leurs parents. Nous avons aussi travaillé à recréer la maternité de la Police nationale. En 2014, nous avons offert un don important de matériels qui permettent de faire revivre cette structure. Nous avons aussi augmenté sensiblement l’aide de la Police nationale aux familles des policiers décédés. Nous avons doublé cet appui pour accompagner ces familles qui sont parfois dans des conditions difficiles. Nous avons également tenu à ce que les orphelins des policiers assistent à l’Arbre de Noël pour communier avec les autres enfants. Ces deux dernières années, nous avons soutenu les veuves de policiers pour leur permettre de bien préparer des fêtes comme la Tabaski. Nous avons beaucoup appuyé sur le levier social pour soutenir toutes ces familles. 

Une pensée pour les anciens 

Une institution doit avoir une mémoire. J’ai tenu à travailler pour rendre hommage aux anciens de la Police. Pour les femmes, nous avons organisé, le 08 mars (Journée internationale de la femme), une fête pour rendre hommage aux pionnières, les premières femmes qui sont entrées à la Police nationale et qui ont balisé le chemin. Certaines sont déjà à la retraite. C’est le cas des Commissaires Aby Diallo et Codou Camara, des Officiers de Police Awa Koné et Fatou Diop. Je veux les montrer en exemple aux jeunes générations. Nous avons revisité le parcours de ces grandes dames. Lorsqu’on a choisi, cette année, comme thème la formation dans les écoles, lors de la fête du 04 avril, j’ai saisi l’occasion pour faire réapparaître nos directeurs d’école qui sont aux oubliettes. Après le défilé, nous nous sommes retrouvés tous à l’Ecole de Police pour rendre hommage à ceux qui ont tenu cette école et qui nous ont tous formés. On les a montrés à tout le monde pour que les jeunes les connaissent et retiennent leur brillant parcours. 

Un grand « bravo » à cette « infatigable » équipe 

Ce que je retiens le plus de mon passage à la tête de la Police, c’est l’engagement indéfectible de la plupart des grands collaborateurs, des directeurs qui y ont cru jusqu’au bout et qui m’ont accompagnée de jour comme de nuit. Mais, tout particulièrement, la troupe qui m’a surnommée, je ne sais pas pourquoi, « Badiène (tante)». Je pense que c’était très affectif. Je demanderais pardon à mes plus proches collaborateurs de manière très sincère. J’ai un rythme de travail insoutenable. Mes collaborateurs sont les premiers à arriver au bureau et les derniers à rentrer chez eux. Ils ne l’ont pas fait pour ma tête mais pour l’institution et pour la République. Je remercie infiniment tous ces garçons et filles qui m’ont accompagné dans cette mission. 

La vie après la DGPN 

Je suis fonctionnaire, je fonctionne en fonction des besoins de la République. Je suis un fonctionnaire à la disposition de la République. J’ai toujours mon baluchon à côté, prête à aller partout où l’autorité jugera nécessaire de me déployer. Il faut être républicain. Je tiens à remercier le chef de l’Etat pour la confiance qu’il m’a accordée parce que ce n’était pas du tout évident. Quand il me choisissait, je n’étais pas la seule à pouvoir occuper le poste. Il l’a fait et je suis restée tout ce temps malgré beaucoup de difficultés. Le président de la République a pris une décision qui va permettre aux femmes de dire : « nous avons été à ce niveau-là ». Donc, c’est 

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