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Pourquoi et comment une intervention a-t-elle été lancée à Saint-Denis ?


Rédigé par DakarFlash.com, le Mercredi 18 Novembre 2015 || 50 Partages

Pourquoi et comment une intervention a-t-elle été lancée à Saint-Denis ?

L’enquête sur les attentats de Paris, qui ont fait au moins 130 morts et plus de 350 blessés à Paris et à Saint-Denis, vendredi 13 novembre, a mené les enquêteurs de la Syrie à la Belgique. Mais c’est finalement sur un appartement situé à Saint-Denis que les policiers du RAID ont lancé l’assaut, mercredi 18 novembre, à 4  h  20 du matin.

  • Pourquoi cette intervention a-t-elle été déclenchée ?

Les enquêteurs recherchaient le commanditaire présumé des attaques, Abdelhamid Abaaoud, un Belge de 28 ans.

L’homme, qui a rejoint les rangs de l’Etat islamique (EI) au début de 2013, est soupçonné d’être l’un des instigateurs de plusieurs projets d’attaques visant la France, dont plusieurs avaient la Belgique comme base logistique. En Syrie, où il a pris le surnom d’« Abou Omar Al-Soussi », il a été parmi les cibles des frappes françaises sur Rakka, la capitale de l’EI, début octobre.

  • Quand et où a eu lieu l’assaut ?

A 4 h 20, lorsque le RAID et les policiers de la sous-direction antiterroriste de la police judiciaire (SDAT) ont pénétré dans le petit immeuble de la rue du Corbillon, situé dans la vieille ville de Saint-Denis, à quelques centaines de mètres du Stade de France, où trois kamikazes s’étaient fait exploser vendredi.

  • Comment s’est déroulé l’assaut ?

Le RAID et les policiers du SDAT ont été accueillis par un feu nourri de tirs. « Ça défouraillait », raconte une source policière. Les enquêteurs soupçonnaient qu’Abdelhamid Abaaoud ne serait pas seul  : ils avaient en revanche sous-estimé le nombre de terroristes présumés qui l’entouraient. Au lieu de deux suspects, ils font face à au moins cinq personnes.

Au cours de l’opération, un deuxième appartement situé boulevard Carnot, à proximité immédiate du premier objectif, apparaît comme devant être examiné. Les hommes de la brigade de recherche et d’intervention (BRI) de la préfecture de police de Paris se chargent de procéder aux vérifications  : il est vide.

Une femme présente dans l’appartement déclenche son gilet d’explosifs.

  • Quel est le bilan de l’intervention ?

L’affrontement a été violent  : une femme est morte en déclenchant son gilet d’explosifs et un autre suspect est décédé lors de l’échange de tirs.

Après quatre heures d’assaut, trois hommes retranchés dans l’appartement sont extraits par le RAID.

Un homme et une femme sont interpellés dans les rues avoisinantes et placés à leur tour en garde à vue.

Au total, cinq personnes ont donc été interpellées et placées en garde à vue.

Cinq policiers du RAID ont été blessés.

Mercredi, en milieu de matinée, les policiers n’avaient pas encore pu totalement investir l’appartement, gravement endommagé par l’explosion et menacé d’effondrement.

  • Abaaoud figure-t-il parmi les personnes interpellées ?

Mercredi en fin de matinée, l’homme était toujours recherché : il n’était pas certain qu’il ait même été présent sur les lieux.

  • Quels sont les soupçons qui pèsent sur Abaaoud ?

La direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) le suspecte, à des degrés d’implication divers, d’avoir joué un rôle dans l’attentat avorté contre une église de Villejuif, le 19 avril, dans un projet déjoué d’attaque contre une salle de concert, dont l’auteur avait été interpellé le 11 août, et dans l’attaque du Thalys, dix jours plus tard, le 21 août.

Il était enfin en contact avec Mehdi Nemmouche, le tueur du Musée juif de Bruxelles, le 24 mai 2014. En Belgique, il a été condamné par contumace à vingt ans de prison en juillet, dans le cadre d’un dossier de filière djihadiste.

Les enquêteurs le soupçonnent d’avoir participé à l’élaboration des attentats de vendredi, à Paris et Saint-Denis. Il apparaît dans l’entourage de Salah Abdeslam, l’un des suspects des attentats de vendredi à Paris, toujours en fuite. Les deux hommes ont notamment fait de la prison ensemble en 2010 en Belgique pour braquage.

Le 11 août, un jeune Français interpellé à son retour de Syrie, Reda Hame, avait désigné Abdelhamid Abaaoud comme le commanditaire d’un projet d’attentat visant une salle de spectacle. En garde à vue, l’homme affirmait avoir reçu pour mission de cibler un « concert de rock » pour faire un « maximum de victimes ».

Abdelhamid Abaaoud lui aurait remis à cette fin une clé USB contenant des logiciels de cryptage et 2 000 euros, en lui suggérant de passer par Prague, en République tchèque, pour éviter de se faire repérer.

  • Que sait-on du parcours de Abaaoud ?

Décrit comme « un petit con » par ses anciens camarades de classe, Abdelhamid Abbaoud a eu affaire à la justice dès 19 ans, condamné pour divers vols. Il était libre, porteur d’un bracelet électronique, lorsqu’il est entré dans le radar de l’antiterrorisme.

Son père, un épicier de Molenbeek, dans la banlieue de Bruxelles, dit aujourd’hui avoir « horreur » de son fils. Il avait auparavant, et sans succès, tenté de le faire étudier dans un collège chic de Uccle, où Abdelhamid a laissé la pire des réputations.

« C’était en fait un gamin de la classe moyenne, et, en ce qui le concerne, les concepts de discrimination et de frustration sociale ne s’appliquent pas », commente un policier belge.

Il avait quitté la Belgique via Dusseldorf, puis la Turquie. Il était accompagné de son jeune frère Younes, 13 ans, qu’il aurait enlevé. Le gamin a posé sur des photos, comme « plus jeune djihadiste du monde ».

 
  • Quels sont les liens supposés de Abaaoud avec l’EI ?

Abdelhamid Abaaoud semble avoir effectué plusieurs allers-retours entre la Syrie et la Belgique sans être inquiété. Dans une interview donnée en février au magazine de l’EI Dabiq, il affirme qu’il se trouvait en Belgique le jour du démantèlement de la cellule terroriste de Verviers, fin janvier, et se vante d’avoir pu rejoindre la Syrie sans être intercepté, malgré un contrôle à un barrage de police.

Ses déclarations ne sont pas confirmées de sources officielles, mais il est établi que le djihadiste le plus célèbre de Belgique a effectué plusieurs trajets entre la Belgique et la Syrie sans éveiller les soupçons.

Selon une source judiciaire française, le jeune homme se serait envolé pour la Syrie au début de 2013, avant de rentrer en Belgique à la fin de la même année en transitant par la Grèce, pour ensuite regagner la Syrie.

On retrouve une trace de sa présence dans les rangs de l’EI en mars 2014  : il apparaît dans une vidéo de propagande à bord d’un pick-up traînant au sol des cadavres mutilés.

Qu’a-t-il fait depuis ? Selon une source proche de l’enquête, son téléphone a été localisé en Grèce en 2015.

  • Comment les enquêteurs ont-ils  ciblé l’appartement à Saint-Denis ?

C’est un SMS, dont l’existence a été révélée par Mediapart quelques heures avant le début de l’assaut à Saint-Denis, qui a permis d’accélérer les recherches.

Avant de déclencher l’attaque qui a fait 89 morts et des dizaines de blessés, à 21 h 42, l’un des trois terroristes prévient une personne qui reste à identifier. « On est parti on commence », écrit-il précisément, selon les informations du Monde.

A cette heure-là, deux kamikazes se sont déjà fait exploser aux abords du Stade de France, à 21 h 20 et 21 h 30.

Une autre équipe, armée de fusils d’assaut, a achevé son parcours meurtrier dans l’est parisien  : quinze personnes tuées à l’angle de la rue Bichat et de la rue Alibert, dans le 10e arrondissement, puis cinq victimes au coin de la rue de la Fontaine-au-Roi et de la rue du Faubourg-du-Temple (11e arrondissement), dix-neuf au bar la Belle Equipe, rue de Charonne, et enfin, une attaque kamikaze en bas du boulevard Voltaire, à 21 h 40. Quelques minutes plus tard, un troisième kamikaze explose à Saint-Denis.

Les enquêteurs ont retrouvé le SMS dans un téléphone découvert dans une poubelle, à proximité du Bataclan. Au-delà du message, l’appareil a surtout permis aux policiers de remonter la piste jusqu’à l’un des points de chute des commandos, un appartement loué dans une résidence hôtelière à Alfortville (Val-de-Marne).

La recherche sur la géolocalisation du téléphone indique que son propriétaire y était passé avant les attaques. Il avait été loué au nom de Salah Abdeslam, 26 ans.

Ce Français, résidant en Belgique, a également loué la Volskwagen Polo utilisée par les assaillants du Bataclan, et il est soupçonné d’avoir fait partie du commando chargé des fusillades dans les rues parisiennes, à bord d’une Seat découverte à Montreuil.

Déserté par les terroristes, le logement d’Alfortville st investi par les enquêteurs, qui effectuent des prélèvements, pour permettre d’identifier les occupants du lieu. Contrairement à ce qui avait été indiqué sur LePoint.fr, aucune seringue n’a été retrouvée lors de la perquisition.

Un deuxième site ayant été utilisé lors de la préparation des attentats a également été découvert, à Bobigny.

Le frère de Salah, Brahim Abdeslam, qui s’est fait exploser boulevard Voltaire, avait en effet loué un pavillon dans la préfecture de Seine-Saint-Denis, du 10 au 17 novembre. Trois hommes s’étaient présentés au propriétaire comme appartenant à une société de sécurité belge.

  • Où en sont les recherches visant Salah Abdeslam ?

Salah Abdeslam est en fuite depuis les attentats. Samedi matin, il est parvenu à retourner en direction de la Belgique avant d’être identifié comme l’un des suspects.

Les deux Belges qui sont venus le chercher à Paris ont été placés sous mandat d’arrêt, lundi 16 novembre, pour « attentat terroriste » par la justice belge.

  • Où en sont les procédures lancées en France depuis samedi ?

Mercredi, toutes les gardes à vue de membres de l’entourage familial d’Ismaël Omar Mostefai et de Samy Amimour, deux des assaillants du Bataclan, ont été levées. L’une des sœurs de Samy Amimour était notamment connue pour avoir facilité le départ d’une mineure, née en 1997, vers la Syrie afin qu’elle rejoigne son frère pour l’épouser.

Samy Amimour était déjà connu de l’antiterrorisme pour avoir tenté de partir vers le Yémen en 2012 en compagnie de Samir B. et Charafe E., deux amis originaires comme lui de Drancy (Seine-Saint-Denis).

Le troisième assaillant de la salle de spectacle, tué à l’étage lors de l’assaut de la BRI, est toujours en cours d’identification, tout comme l’un des kamikazes du Stade de France.

Les enquêteurs ont lancé un appel à témoins, mardi soir, pour identifier un autre membre du commando de Saint-Denis, auprès duquel un passeport syrien avait été découvert. Les policiers ont établi que la photoutilisée sur le document, qui lui a servi à rentrer en Europe via la Grèce, lui correspondait bien. Le troisième kamikaze est un Français de 20 ans, Bilal Hadfi.

lemonde.fr

 

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