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Reportage-La mendicité au Sénégal : Quelles solutions pour éradiquer ce fléau?


Les dernières statistiques du Fond des Nations-Unies pour l’enfance (Unicef) et de la Banque mondiale ont montré que 7600 personnes sont touchées par la mendicité dans la capitale sénégalaise. Un chiffre assez élevé pour alarmer l’Etat qui interdit la mendicité dans les lieux publics et les grandes artères de Dakar.

Rédigé par DakarFlash.com, le Jeudi 19 Mai 2016 || 404 Partages

Comment en sommes nous arrivés là? 

La mendicité est un phénomène sociétal qui existe depuis des lustres. En effet c’est à la suite des années 70 avec l’installation d’une sécheresse que la plupart des habitants du monde rural est venue s’installer dans la capitale. Celle-ci a débordé et il y a eu la naissance des bidonvilles et la banlieue. Cela a affecté le pouvoir d’achat qui n’est plus au rendez-vous dans certains foyers. Ainsi, les gens devenaient de plus en plus pauvres. Dans la banlieue comme en centre ville, il existe des familles qui peinent à trouver les trois repas quotidiens. De ce fait certains sont obligés de mendier. Selon une enquête faite par le PNUD, 50,6% de la population sénégalaise vit dans une situation d’extrême pauvreté. 

Les mendiants sont très nombreux, il y en a de tout âge et de tous les sexes. Du vieux lépreux aux enfants exploités par des maîtres coraniques, la communauté est sans cesse sollicitée par de pauvres gens parfois sans ressources. 

La mendicité intéresse toute la société car il y a les parents qui sont laxistes, le pouvoir public ne s’investi pas et la population qui n’en parle pas. Et cela nous arrange car nous aimons partir voir le marabout qui forcément nous dira de donner des offrandes à un talibé, à une vieille dame ou à un personne vivant avec un handicap… etc. 

Ainsi dans le cadre de notre reportage, nous avons rencontré plusieurs acteurs de la mendicité qui nous ont parlé à cœur ouvert. 
Arrivée aux HLM GRAND YOFF à 13h 30mn, bruits de moteurs et klaxons des automobiles se mêlent. Une ambiance sonore qui virent au quotidien des HLM GRAND YOFF, dans ce quartier non loin de la mairie dans la route qui mène vers le supermarché, nous avons fait la rencontre de Oustaz Mouhamed Ndiaye. 

Âgé à peu prés de la quarantaine, teint clair, taille 1 mètre 80, habillé en kaftan blanc, affirme que « la mendicité chez les talibés a été initié pour mieux éduquer ces jeunes, les rendre beaucoup plus modestes, les inculquer les valeurs de l’islam. Mais n’empêche que dans chaque travail on y trouvera toujours des brebis galeuses et c’est le cas de certains maîtres coraniques qui sont dans le milieu ». 

D’après lui, la main qui donne surplombe toujours celle qui reçoit car pour Oustaz Ndiaye, un bon musulman doit toujours éviter de tendre la main parce que ce n’est pas dans l’enseignement du prophète (PSL). Il poursuit en disant que sur ce cas il fait appel aux parents de payer ces maîtres coraniques car il est un peu difficile d’entretenir un enfant avec les mains vides, et cela peut être une cause qui pousse les «Serignes de Daara» d’envoyer ces talibés dans la rue. 

La délinquance qui règne dans le pays causée parfois par les talibés est due à l’éducation de la rue au lieu de prendre celle du coran. Certains passent plus de temps dehors que dans les daaras et les tentations sont de plus en plus nombreuses. «Je voulais aussi souligner le problème de la modernisation des daaras, une chose que je trouve normale et je suis d’accord pour cette loi, mais qu’on ne devrait pas forcer à tous les maîtres coraniques de le faire car chacun à ses principes et ces méthodes d’éducation», Souligne-t-il. 

Oustaz Boubacar Diallo rejoint Oustaz Ndiaye sur le manque de moyen. Ce dernier, quinquagénaire, affirme être dans le milieu depuis plus de 20 ans. Interrogé sur le fait qu’il envoi ses talibés dans la rue il répond, » j’ai pas le choix je ne travaille pas. La plupart des enfants qui sont ici, leurs parents les ont abandonnés. Je suis obligé de les envoyer à la quête de l’aumône pour que je puisse les nourrir et les vêtir», explique t-il. Toujours dans cet entretient, il prétend ne pas fixer une somme pour ses élèves. 

Autres acteurs qui souvent laissent sans voix la population sont les talibés. On les reconnait avec leurs pieds nus, leurs vêtements salles et déchirés. 
Nous en avons rencontré un sur les ruelles de la médina. Ce petit «talibé» a juste 5 ans. C’est un petit bout de choux de teint clair avec de beaux yeux tout mignon, parait tout innocent mais qui ne l’est pas car il est bien conscient de sa situation à son jeune âge. En discutant avec, lui il nous a révélé qu’il ne se souvient même plus de la date où il a été amené à Dakar. Il affirme qu’il n’est pas de nationalité sénégalaise et pire Il ne connait même pas ses parents. Interrogé sur ses activités il répond «je me réveille tôt le matin, sans même prendre mon bain ni petit déjeuner pour partir à la quête de l’aumône. Je mange tout et n’importe quoi. Avant de revenir au Daara je dois obtenir la somme de 500 fr sinon mon «serigne»va me battre. On apprend la coran que tard dans la nuit avec des bougies». 

Interpellé sur ce qu’il fait, il dit s’être habitué à la routine mais qu’il a envie de connaitre ses parents et pouvoir avoir une vie normale. Avec un visage triste il dit « je veux connaitre mes parents ». 

Très sensible à la situation de ces petits, Mme Sy, mère au foyer affirme «j’ai le cœur lourd quand je vois ces petits déambulaient dans les artères de la capitale. C’est à la limite une torture pour moi. Un enfant a des droits. Il a droit de grandir et s’épanouir au près de ses parents mais pas dans la rue. Je ne parviens toujours pas à comprendre comment peut on mettre au monde un enfant qui est un trésor de Dieu et ensuite le jeter à la rue c’est injuste» exprime cette mère de 4 enfants et qui exhorte l’Etat à déployer des sanctions. 

Toujours dans le thème de la mendicité nous avons les plus exposés: les personnes souffrant d’un handicap. 
Au Sénégal nous n’avons pas de loi ni financement pour protéger les personnes qui souffrent d’un handicap. Souvent ils sont des lépreux, des aveugles des martyrs de la poliomyélite ou autres malheureux ayant sauté sur une mine. Avoir un travail, chose difficile pour les valides, les handicapés ont hélas très rarement l’opportunité d’en trouver. Même si différentes ONG militent dans ce sens avec une proposition de travaux de confection dans les ateliers de réintégrations, malgré tous ces efforts la mendicité des handicapés demeure un réel problème. 

M.D handicapé visuel affirme vivre dans la galère depuis plus de 10 ans. «J’aime pas tendre la main, quand j’étais plus jeune on me disait toujours que j’étais orgueilleux. Mais la situation dans laquelle je suis, je suis obligé de le faire parce que je ne voit personne qui peut m’aider et ma famille est pauvre», raconte t-il. 

Dans un autre sillage, nous avons constaté que ce ne sont pas seulement les invalides ni talibés ou pauvres gens qui s’adonnent à la mendicité. Des gens qui sont mentalement bien et physiquement valide préfère la facilité plutôt que d’aller chercher du travail. 

Toujours dans cette optique aussi, nous avons le trafic des enfants qui inquiète vraiment tous les parents. Les mendiants sont toujours exposés à des dangers. Ils sont tout le temps victime de viols, d’agressions et même pire le phénomène des trafics d’organes. 

Face aux dangers qu’est ce que l’Etat a fait? 
L’Etat a de nombreuses fois pris des mesures mais le problème c’est que cela ne dure pas. Récemment, le maire de la Medina Bamba Fall a affirmé qu’il allait interdire la mendicité dans cette localité après l’incendie qui a eu lieu dans un daara dans cette zone. Mais reste à voir s’il va y arriver. 

Malgré les efforts de l’Etat le problème persiste, là déçu, nous avons recueilli l’avis d’un étudiant en master 2 en sociologie. Il soutient que l’être humain a des droits: manger, boire, se vêtir, dormir sous un toit… Mais la mendicité est un problème qui est accentué par la pauvreté. Donc selon lui, les droits de l’homme ne seront respectés que s’il y a autosuffisance de nos ressources. 

A côté de lui, l’imam Tall fustige la mendicité surtout celle des talibés car selon lui le Prophète (Psl) malgré le nombre de disciples qu’il avait, il ne les a jamais obligé de mendier. De même que nos guides religieux. «D’ailleurs je connait un maître coranique qui gère une centaine de talibés avec de petites revenues et la cotisation parentale. Ces derniers ne mendient pas et ils sont à l’abris», renseigne t-il. 

Face au nombre exponentiel de mendiants dans le pays, que faut-il faire? 
La lourde tâche incombe à l’Etat qui est le premier garant de la sécurité des citoyens. Il doit appliquer des règles car les textes sont là alors pourquoi leur applicabilité reste un problème? 
Mais l’Etat à lui seul ne peut pas gérer le problème, il faut l’implication des parents. Ils doivent prendre leur responsabilité, c’est pas parce que la vie est dure qu’ils doivent abandonner leurs enfants au contraire ils doivent se sacrifier nuit et jour pour mettre à l’abris leurs progénitures. 

En fin il y a la société qui encourage ce phénomène avec leurs offrandes qu’elle doit forcément donner à un aveugle, talibé etc. 
Tout le monde doit s’investir dans cette mission surtout les médias. Ils doivent arrêter de s’investir dans le sensationnel et remplir leur mission qui est d’informer d’éduquer et de sensibiliser les populations. 

Ainsi nous achevons ce travail avec un conseil: si vous avez du temps ou quand l’occasion se présente, il est préférable de donner aux mendiants un «travail» d’une minute tel que la mission d’aller chercher une boisson ou des fruits. Les payer pour un service plutôt que de donner de l’argent sans contrepartie permet d’envisager cette aide avec un autre état d’esprit que la charité. 


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