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Tabassage dans un commissariat haïtien : la vidéo qui dérange en pleine période électorale


Une vidéo relayée sur les réseaux sociaux haïtiens a créé la polémique dans le pays, en pleine crise électorale. On y voit deux personnes se faire piétiner par des policiers. L’une des victimes est contrainte de descendre son pantalon et de compter le nombre de coups de fouet que le policier lui administre.

Rédigé par DakarFlash.com, le Mardi 26 Janvier 2016 || 163 Partages

Haïti est secoué par une grave crise électorale. Suite à de violentes manifestations, le second tour de l'élection présidentielle, initialement prévu dimanche 24 janvier, a été annulé pour raisons de sécurité. Les protestataires dénoncent des irrégularités lors du premier tour et accusent le président actuel, Michel Martelly, d’avoir manipulé les chiffres et monté "un coup d’État électoral".
 
Capture d'écran. 
 
Le gouvernement est également pointé du doigt suite à la diffusion d’un enregistrement vidéo sur les réseaux sociaux : on y voit plusieurs policiers haïtiens torturer deux jeunes hommes. Les deux victimes allongées au sol sont violemment piétinées par les policiers puis l’un d’entre eux est contraint de baisser son pantalon. Le policier lui annonce qu’il va lui donner 50 coups de fouet et qu’il devra les compter, sans se tromper. En cas d’erreur, il recommencera depuis le début.

La première occurrence que l’on a pu trouver de ces images remonte au 20 janvier. Le YouTuber, qui est membre de l’opposition, explique qu’il s’agit de manifestants arrêtés après un des rassemblements réclamant l’annulation de élection, sans en préciser la date. Le "Groupe des huit candidats à la présidence", composé des opposants au gouvernement actuel, a rapidement dénoncé ces exactions dans un communiqué.
 
Capture d'écran. 

Mais pour le premier ministre Evans Paul, cette scène n’a rien à voir avec les récentes manifestations contre la tenue de l'élection. D’après un communiqué officiel, elle aurait été filmée il y a plusieurs semaines, à Arcahaie, une municipalité au nord de la capitale Port-au-Prince. Dès septembre 2015, il y a en effet eu de violentes manifestations dans la ville contre la proposition du gouvernement de créer une nouvelle municipalité," Arcadins", entre Arcahaie et la ville voisine Montrouis.

Pourtant, une source proche du commissariat de l’Arcahaie contactée par France 24 remet en cause la version du gouvernement :

Une enquête est en cours, pour le moment nous ne pouvons pas dire où se déroule la scène. La vidéo est peut-être ancienne mais en tout cas, au commissariat, nous l’avons découverte la semaine dernière, comme tout le monde.
Dans la vidéo, plusieurs détails ne collent pas avec le commissariat de l’Arcahaie. Par exemple la porte marron : ici toutes les portes sont bleues.
 
Selon une source contactée par France 24, il n'y a pas de porte marron dans le commissariat de l'Aracahaie.

"Ce sont des membres de l'UDMO, une force spéciale au sein de la police nationale d'Haïti"

Notre Observateur Nelson Deshommes, bloggeur au Mondoblog, lui aussi doute de la version du gouvernement :
La scène se passe indéniablement chez nous… On reconnaît l’uniforme des agents sur la vidéo. Ce sont des membres de l’UDMO (Unité Départementale pour le Maintien de l’Ordre), une force spéciale au sein de la police nationale d’Haïti.

J’ai reçu cette vidéo sur WhatsApp, via un groupe d’échange d’informations politiques. Selon plusieurs sources, elle aurait été filmée par un des policiers.
 
Capture d'écran. 
C’est la première fois que je vois ça à Haïti. Je ne serai pas étonné que la scène se soit déroulée en marge des manifestations contre le gouvernement la semaine dernière, à Port-au-Prince. En ce moment les contestataires dénoncent régulièrement le rôle joué par la police, qu’ils accusent d’être devenue une milice pro-gouvernement.
 
Capture d'écran. Le policier tient un fouet dans sa main. 

En revanche, dans les médias haïtiens, on se demande si certains n’ont pas intérêt à faire sortir ce genre de vidéo en ce moment. Même si j’ai beaucoup de réserve sur la version donnée par le gouvernement, il ne faut pas oublier que l’enregistrement a été relayé essentiellement par des membres de l’opposition.

Depuis l’annonce de l’annulation du scrutin vendredi 22 janvier, Haïti continue de s’enfoncer dans une crise politique. De nouvelles manifestations ont eu lieu ce weekend à Port-au-Prince. Les manifestants anti-gouvernement réclament maintenant le départ du président Michel Martelly et la formation d’un gouvernement de transition.
 
 
Capture d'écran. La deuxième victime a été contrainte de baisser son pantalon.

Contacté par France 24, le Réseau national de défense des droits de l'Homme en Haïti (RNDDH) a affirmé sa volonté de mener son enquête afin de retrouver les policiers et a rappelé que ce n'est pas la première fois que les forces de l'ordre sont pointées du doigt pour leur usage de la violence. En février dernier, un étudiant accusé d'avoir incendié un bus avait été sévèrement battu lors de son arrestation

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