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Transports routiers : La chevauchée macabre de l’indiscipline


Rédigé par DakarFlash.com, le Lundi 28 Septembre 2015 || 101 Partages

Transports routiers : La chevauchée macabre de l’indiscipline

Mercredi 25 mai 2011, un camion, dans une chevauchée macabre, sème la terreur sur la Vdn. Dans une course folle, le poids lourd qui roule dans le sens de la foire, se dispute « ‘irresponsablement »’ la voie avec un « ndiaga Ndiaye » à hauteur de la Caisse nationale de Crédit Agricole (Cnca). Son acte coute la vie à 3 âmes innocentes. Dans sa course folle, il percute un poteau électrique, tue un talibé et termine sa course sur deux élèves de l’école Machala! Un carnage !

Le visage hideux de l’indiscipline routière

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La violence du choc provoque des décibels de cris dont les échos submergent toute la zone. Une foule, transie d’émotion, prend d’assaut les lieux du drame. Quand les cœurs les plus solides tentent d’extirper une des victimes coincées sous le poids lourd, les âmes les plus sensibles pleurent à chaudes larmes devant l’insoutenable scène. Trois vies innocentes s’éteignent brutalement. Par la faute de qui ? La justice désigne le chauffard. 5 ans de prison ferme lui sont infligés, son permis, annulé. Puis, plus rien. La prise de conscience n’aura pas lieu. L’indiscipline reprend de plus belle. Chaque jour, chauffard, « coxers » et autre trouvent du plaisir à se jouer de la vie des centaines de citoyens qu’ils transportent. Surcharge, feu de signalisation brûlé, excès de vitesse, téléphone au volant, fuite après avoir fauché un humain, conduite sans casque ou en état d’ébriété, bref, le Code de la route est violé et piétiné au quotidien sur nos routes.

« Il y a une indiscipline telle que je vais demander au gouvernement de renforcer les moyens de contrôle et de présence pour que nous puissions préserver ces vies humaines, qui auraient pu permettre au pays d’avancer et permettre aux familles éplorées de se développer dans la quiétude », avait déclaré le chef de l’État en février 2014, après l’exacerbation des accidents. Mais, cette promesse de renforcement du contrôle a-t-elle vraiment été tenue? De pauvres citoyens ne sont-ils pas des victimes quotidiennes de l’indiscipline et de la goujaterie des conducteurs et « coxers » ? Trimballés et surchargés sous les yeux des forces de l’ordre,  dans des véhicules de transports pour la plupart inadaptés, ne perdent-ils pas chaque jour la vie dans des accidents où un contrôle en amont aurait pu éviter le pire ? Le constat est sans appel. De 2002 à 2011, 3.177 morts. En 2012, 154 morts. Additionnés aux 570 morts de 2013 et les 518 décès en 2014, cela nous donne un carnage de plus de 4.419 morts et plusieurs dizaines de milliers de blessés graves! Beaucoup d’enfants sont devenus orphelins, des mères perdent leurs fils dans des chocs extrêmes, des hommes jadis valides sont amputés des membres importants de leurs corps du fait de cette indiscipline routière.

Des carnages qui ne servent pas de leçon

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Samedi 2 mai 2015, nouveau drame! Vers 23 heures, alors qu’ils revenaient de la kermesse de la cathédrale de Dakar, un accident spectaculaire, d’une rare violence, se produit à hauteur de l’échangeur de Malick Sy. « Il y avait 2 véhicules. Ils roulaient à une vitesse hallucinante. On aurait dit une course-poursuite comme dans les films. Ils avaient mis leurs feux de détresse. Lors du choc, la première voiture de couleur claire s’est encastrée dans la rambarde du pont. J’en ai encore des frissons », racontait un témoin. De très jeunes garçons, qui revenaient d’une Kermesse à la Cathédrale de Dakar, venaient de perdre la vie dans un accident dont la cause est connue de tous. « Lorsque nous sommes arrivés sur les lieux, les victimes étaient incarcérées dans la voiture. Nous avons procédé à la désincarcération et à l’extraction des corps. L’un des jeunes est décédé sur le coup, l’autre au cours de son évacuation. Nous avons déposé deux corps sans vie et trois blessés graves à l’hôpital Principal de Dakar », avait indiqué le Commandant Moussa Niang de la Brigade nationale des sapeurs-pompiers! À quand la prise de conscience ? Cette tragédie ne doit-elle pas servir de leçon aux automobilistes?

En attendant, ce fléau qui, dans 92% des cas, est provoqué par le comportement humain nous fait perdre 4% du PIB national. Aujourd’hui, un phénomène, qui n’est cependant pas du tout nouveau, prend de l’ampleur. Certains chauffeurs ne se contentent plus des routes, construites pour leur confort. Au Sénégal, on roule même sur les passerelles ou en sens inverse.

Les folies indignes de nos chauffards

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Juin 2015, en plein jour, une charrette emprunte la corniche ouest! Non satisfait de se retrouver sur un axe formellement interdit aux véhicules à tractation, notre charretier, insolemment debout sur son véhicule, fonce à vive allure en sens inverse.

Septembre 2015, c’est au tour d’un bus Tata de se distinguer de la pire des manières. Au cœur d’une dense circulation, le chauffard s’arrête en pleine autoroute et se paie une marche arrière. Au mépris du danger que son acte fait planer sur les véhicules qui venaient derrière lui! Quelques jours plus tard, cette fois-ci à la tombée de la nuit, un car rapide, là encore, engage une marche arrière au cœur d’une des minces bretelles de l’échangeur de la foire. Il n’aura pas échappé à la vigilance de citoyens comme « Dj Malick » qui s’est donné pour mission d’immortaliser ces comportements irresponsables et dangereux et de les dénoncer sur son compte Facebook. Quid de ce taximan et des particuliers qui ont grimpé sur les passerelles pour handicapés, ou le chauffeur du minibus Tata qui a bloqué toute une circulation en prenant en sens inverse une bretelle lui aussi ? L’heure semble grave !

« Ma vie a basculé après un accident »

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Sa vie a basculé en 2007. Lui, c’est Ousmane Ndoye. Jadis vigoureux et dynamique, il a perdu l’usage normal d’une partie de son corps, à la suite d’un accident. Sa voiture a fait de multiples tonneaux. « J’étais mobile jusqu’au jour où j’ai subi cet accident atroce en 2007. Aujourd’hui, j’ai perdu ma mobilité et je suis dans un fauteuil roulant. Je partais en mission et ma voiture a fait des tonneaux sur la route de Kédougou », confie Ousmane Ndoye. Aujourd’hui, 8 ans après le choc, c’est avec émotion qu’il se replonge dans sa vie d’avant. « J’étais chargé des mouvements de soutien au Pds et en plus j’étais technicien. Je gagnais environ 5 millions par mois. Aujourd’hui, ma mobilité est réduite. Il me faut de l’aide pour faire certaines choses. C’est dur de vivre avec un handicap. Cet accident a changé beaucoup de choses dans ma vie », indique celui qui est aujourd’hui le président de l’Association nationale des personnes accidentées vivant avec un Handicap (Anpavh). Dans son association, les accidents ont décimé la vie de beaucoup d adhérente, comme le vieux Amath Dieng, qui a aussi perdu 4 de ses fils dans un accident.

Aujourd’hui, Ousmane Ndoye s’est fixé pour mission de sensibiliser, prévenir et conseiller les chauffeurs afin qu’ils ne vivent pas ce qui lui est arrivé.  « J’étais au garage des Baux maraîchers pour une campagne de sensibilisation. J’étais devant les chauffeurs, je leur ai dit que j’étais comme eux. J’étais mobile, sans handicap aucun. Aujourd’hui, je suis dans un fauteuil roulant après un accident. Et je ne veux pas que ce qui m’est arrivé leur arrive. C’est pourquoi je leur conseille de rouler avec prudence. Qu’ils sachent qu’ils sont des responsables qui quittent leurs familles pour aller travailler et qu’ils transportent des passagers qui sont des êtres humains. Les véhicules qui roulent sans feux de signalisation, il y en a énormément. Le contrôle doit aussi être renforcé. L’État doit mener des actions sur le terrain ».

Incivisme chronique

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« Qu’un conducteur de taxi pense qu’il peut monter sur une passerelle aménagée pour des personnes à mobilité réduite (les handicapés), je pense que ce sont des problèmes de civisme », a martelé le Directeur des transports routiers. Pour El hadj Seck Ndiaye Wade, partager la route est avant tout un acte de civisme. Et la manière de conduire n’est, malheureusement, que le reflet du rapport que l’individu entretient avec la discipline : « Le partage de la route c’est un acte de civisme. Les gens, quand ils n’ont pas un comportement civique dans leur vie quotidienne, c’est ce qu’ils répercutent sur la route. Notre rôle c’est de les ramener à l’ordre et de leur rappeler les comportements qu’il faut avoir », indique le directeur des transports routiers. Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui pointent du doigt les auto-écoles, le système de délivrance des permis de conduire et l’importation de comportements strictement ruraux en ville. « Il y a des mesures dissuasives qu’il faut avoir. C’est d’abord l’organisation des examens de permis de conduire, nous allons travailler à améliorer les systèmes de délivrance des permis de conduire. Nous allons faire en sorte d’avoir des auto-écoles de qualité », indique M. Wade. La Direction des transports routiers veut également instituer un système d’évaluation qui va abolir le contact entre l’examinateur et le candidat : « Le projet est à l’étude, il y a des cabinets qui sont en cours de sélection pour mettre en place une application audiovisuelle qui permettra d’évaluer les candidats à l’examen théorique sans contact avec l’examinateur. Ce sera avec un écran tactile. Quelqu’un qui porte un casque pourra répondre aux questions qui lui sont posées et immédiatement avoir ses résultats qui lui sont fournis par un ordinateur. Nous travaillons aussi à mettre en place un travail de formation poste permis », renseigne-t-il. Quant à la mise en place du permis à point, tant promis, ce n’est pas chose aisée répond M. Wade. Mais, « avant décembre 2016, tous les jalons qui pourront mettre en œuvre le permis à point pourront être posés », indique-t-il.

Que faire pour juguler cette l’indiscipline ?

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Cependant, l’indiscipline dans la circulation est-elle le seul fait des chauffards? Les piétons qui font fi des passerelles, pour aller détruire les murs de protection des autoroutes et traverser ces voies à grande circulation, les conducteurs de deux roues qui ne portent pas de casque, semblent tous aussi comptables du désordre qui règne aujourd’hui dans la circulation. « Hier j’ai vu deux jeunes qui traversaient l’autoroute à pied. Malgré tout ce qui a été fait par l’État. Les autoroutes sont protégées par des murs de clôture. Des passerelles sont aménagées pour les piétons », s’est exclamé M. Wade.

Pour Ibrahim Ndongo, cet expert en Transport et en sécurité routière, c’est « la boulimie financière » qui est la cause véritable de l’indiscipline, de la violence routière et du carnage qu’elles occasionnent. De son avis, il faut absolument, dès la maternelle, inscrire l’éducation à la sécurité routière dans les manuels scolaires.  À ses yeux, le permis à point n’est pas une panacée. L’Etat devra renforcer le contrôle technique,  sanctionner et former. « Il faut de la sanction et de la dissuasion. Il faut former, recycler, former les formateurs, faire comprendre aux forces de l’ordre que maintenant, il n’est plus possible de laisser faire certaines choses. Que certaines choses ne peuvent plus continuer. Aujourd’hui, combien de policiers et gendarmes contrôlent la circulation, mais c’est toujours dû n’importe quoi », regrette M. Ndongo.

Au Sénégal, le visage du transport urbain est devenu indissociable d’avec celui hideux de l’indiscipline. Elle règne presque en maître sur nos routes et tue de plus en plus de vies humaines.
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