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Youssou Ndour, ministre-conseiller, invité de l’émission «l’entretien» sur France 24 : «Je me sens bien dans ma position de ministre-conseiller»


Rédigé par DakarFlash.com, le Jeudi 1 Octobre 2015 || 33 Partages

Youssou Ndour, ministre-conseiller, invité de l’émission «l’entretien» sur France 24 : «Je me sens bien dans ma position de ministre-conseiller»

nvité de «L’entretien», une émission animée par Sylvain Attal sur «France 24», le ministre-conseiller, Youssou Ndour, s’est prononcé sur la vague de migrants qui envahissent chaque jour le continent européen, assimilé à l’Eldorado, et qui périssent au fond de la Méditerranée, alors qu’ils étaient à la quête de lendemains meilleurs. Pour l’artiste planétaire, la responsabilité de ces drames est à chercher dans le manque d’implication des pays européens dans le développement de l’Afrique, malgré les multiples investissements consentis. Il revient aussi sur son implication dans la politique sénégalaise et son soutien au chef de l’Etat, le Président Macky Sall.   

Vous étiez à Paris pour 3 concerts au Cirque d’hiver. Le public a beaucoup communié avec vous, notamment lors de ce pot-pourri de 3 chansons («Partir», «Emigré» et «Solidarité») que vous avez chanté. Evidemment, ce n’est pas la première fois que vous chantez cela mais, il y a eu une coïncidence avec ces vagues d’émigration en Europe. On les appelle des migrants, des réfugiés et c’est le mouvement de personnes le plus important, probablement depuis des décennies, qui est accueilli parfois avec de la crainte, de l’appréhension et même de la peur. L’attitude de l’Allemagne, on la connaît. Il y a aussi l’attitude plus frileuse de la France, un pays qui a une histoire particulière avec le Sénégal. Mais, il y a un débat qui présente cet afflux comme une menace pour un pays qui est certes riche, mais en crise. Est-ce que vous avez un message à lancer à ce peuple français par rapport à ces craintes ?

C’est une situation déplorable et très difficile. J’aime bien quand on sépare les migrants des réfugiés qui arrivent en Europe. Les hommes politiques européens, par rapport au contexte, utilisent cette actualité pour prendre des positions qui les arrangent. Ce sont des positions pour arracher des voix lors des échéances électorales. La France, pays des droits de l’Homme, a un rôle à jouer dans l’accueil de ces migrants.

Un rôle qu’elle ne semble plus vouloir jouer et c’est cela le problème…

Le contexte politique dans les médias donne l’impression d’exprimer le sentiment de tout un peuple, alors que tel n’est pas le cas. Il y a aujourd’hui, beaucoup de solidarité et de gens qui sont préoccupés par cette situation. Ce sont des situations inédites et si on se penche un peu plus sur la question, on se rend compte que ce sont des conflits qui sont allumés par des pays occidentaux et qui font des ingérences dans des pays assez calmes. Et tout d’un coup, on voit qu’il y a des guerres.

Vous diriez aux Européens que vous êtes intervenus dans des conflits et que c’est un peu de votre responsabilité. Mais, paradoxalement, en Syrie, on n’a pas voulu intervenir.

Aujourd’hui, on ne parle que de la Syrie, mais la vague concerne tout le monde. Pour ce qui est de l’implantation de la France dans le monde, je veux parler des sociétés françaises qui font beaucoup de bénéfices en Afrique, ces sociétés-là ont une responsabilité sociale à exercer, en fournissant des emplois pour les jeunes africains.

Dans votre spectacle, vous n’avez pas une vision misérabiliste de l’Afrique. Vous parlez d’un taux de croissance à deux chiffres en Afrique. Comment expliquer, malgré ce taux de croissance élevé, qu’il y ait encore des jeunes qui veulent venir en Europe ?

Je dois dire que cela bouge beaucoup en Afrique dans des pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Congo… L’Occident qui est installé et qui travaille chez nous doit assumer un peu plus de responsabilité sociale, en mettant en place une politique d’emploi viable en Afrique pour les Africains. Mais, sur ce point, le bât blesse.

Pour revenir aux migrants, il faut signaler qu’il y en a très peu qui veulent venir en France. Ils veulent plutôt aller en Allemagne, en Suède. En Afrique, on constate que les Français sont, de moins en moins, présents, même dans des pays comme le Sénégal. Vous êtes d’accord ?

Le monde s’est globalisé. Auparavant, tout passait par ici (Europe) avant d’arriver en Afrique. Récemment, on a vu la Chine investir en Afrique et on a beaucoup plus de ressources pour la coopération. La France a reculé par rapport à cela. Il n’est jamais trop tard pour bien faire, mais la France s’est «endormie» sur ce point.

Cela vous chagrine ? Vous vous sentez un peu Français, en raison des liens particuliers qui unissent la France et Le Sénégal ?

Cela ne nous plait pas et on doit encourager les pays qui s’implantent en Afrique, à jouer un rôle plus social et à accompagner les Etats dans la création d’emplois. L’Europe est toujours vue comme un Eldorado par les Africains en quête de lendemains meilleurs.

Vous êtes l’ambassadeur de la «Chaîne de l’espoir» qui est une Ong médicale qui va construire une unité pédiatrique pour soigner sur place, alors qu’elle le faisait, depuis des années en Europe, pour des enfants qui souffrent de pathologies cardiaques lourdes. Alain Deloch qui est le fondateur de la «Chaîne de l’espoir», me disait que vous aviez beaucoup réfléchi avant d’accepter ce titre d’ambassadeur. Pourquoi ce long moment de réflexion ?

J’avais besoin de faire le point. Il fallait qu’on soit sûr de trouver les moyens nécessaires pour ces interventions, mais aussi un commun accord de tous les concernés pour mener à bien ce projet.

Vous avez pris ce dossier comme un homme d’affaires ?

C’est important parce que l’enfant, c’est la vie. Et quand on s’engage dans l’avenir d’un enfant, il faut qu’il y ait des résultats. Rien que pour le Sénégal, on parle de 25 000 enfants concernés. Nous avançons à grands pas et je pense que nous allons bientôt ouvrir cet hôpital qui sera un hub hospitalier dans Dakar.

Et vous mettez votre carnet d’adresses à la disposition de la «Chaîne de l’espoir», car vous avez toujours le rang de ministre au Sénégal. Cependant, il y a un problème avec les médecins de la «Chaîne de l’espoir» qui doivent être de plus en plus formés au Canada ou au Viêt-Nam. Et on peut, de moins en moins, les former en France, car il y a des problèmes de visas et de réglementation. Cela aussi, c’est un recul…

Il faut comprendre aussi que ces médecins qui seront formés en Europe vont, à leur tour, former d’autres médecins. La nature a horreur du vide.

Dans 10 ans, vous serez encore sur scène, en politique ou Président du Sénégal ?

Je me sens bien dans ma position actuelle. Je suis ministre-conseiller du chef de l’Etat et je l’aide de mon mieux, transversalement. J’exerce toujours mes activités de musicien. Les deux me vont très bien. On ne sait pas de quoi demain sera fait. J’ai démarré ma carrière depuis 13 ans et si demain, le Sénégal a besoin de moi, je serai disponible, en lui rendant la monnaie de sa pièce.

Il y a eu une exception sénégalaise. Vous avez fait partie de ce mouvement qui a œuvré pour empêcher le Président Abdoulaye Wade de se maintenir indéfiniment au pouvoir. Mais si vous regardez partout ailleurs, ils veulent tous rester au pouvoir, jusqu’à leur mort…

La Constitution, c’est un contrat entre les citoyens. S’il y a des changements, il faut une concertation nationale, au préalable. Chaque pays a ses réalités. Il faut éviter de mettre le feu à des pays qui baignent dans la stabilité. Une Constitution ne peut être touchée que quand le peuple est d’accord, parce que c’est le seul contrat qui lie les gouvernés et les gouvernants. Et je pense qu’au Sénégal, nous avons donné le bon exemple. Cela n’enlève en rien les mérites du Président Wade, mais sur ce point, nous n’étions pas d’accord. On s’est battu. On a gagné et, aujourd’hui, nous sommes derrière le Président Macky Sall qui trace une voie vers la bonne gouvernance et qui respecte le contrat qu’il a avec le peuple.

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