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Abraham Diakité se confie : "J’ai échappé à la mort en Libye , j'ai failli mourir enfermé dans un..."


Rédigé par DakarFlash.com, le Jeudi 23 Novembre 2017 || 202 partages || 1 commentaires

 

Abraham Sanfina Diakité est un jeune guinéen qui a vécu l’enfer libyen pendant plusieurs jours.

Il a failli mourir enfermé dans un container. Aujourd’hui, de retour dans sa Guinée natale, il reconnaît avoir fait une grave erreur en décidant de rentrer clandestinement en Europe par la mer. Dans cette interview accordée à APR NEWS, il interpelle tous les gouvernements africains sur la nécessité de s’organiser afin de procéder au rapatriement de leurs ressortissants qui subissent des traitements inhumains dans les prisons libyennes.
 

APR NEWS : Bonjour monsieur  Diakité, comment allez-vous après votre périple libyen ?

Abraham Sanfina Diakité : Je vais bien par la grâce de Dieu.
 

APR NEWS : Quand êtes-vous partis et pourquoi avoir décidé de quitter votre pays la Guinée ?

ASD : J’ai quitté Conakry le 05 mai 2017 pour Alger où m’attendais un intermédiaire. J’ai pris la décision d’effectuer ce voyage, parce qu’après ma formation en mécanique auto, il m’était difficile d’avoir un stage, encore moins un emploi dans une entreprise en Guinée. Et après réflexion, j’ai décidé de me lancer dans le vide. J’ai alors pris attache avec des amis vivant en Algérie, qui m’ont mis en contact avec un intermédiaire. C’est ce dernier qui a tout planifié. Je devais m’acquitter de la somme de 16 millions de francs guinéens (environ 1 200 000 FCFA).
 

APR NEWS : Comment avez-vous pu vous procurer tout cet argent alors que vous nous dites que vous êtes sans emploi ?

ASD : J’ai vendu ma moto que mes parents m’avaient achetée pour aller à l’école. Ensuite, je leur ai menti en leur disant que je disposais d’un peu d’argent et que j’avais besoin de leur aide pour m’acheter un taxi, en leur promettant de leur rembourser cet emprunt. J’ai ainsi pu réunir les 16 millions de francs guinéens que j’ai remis à mon contact. La moitié de cet argent devait être payée en Guinée et le reliquat une fois sur place.  J’avais aussi la possibilité de tout payer mais au Mali, parce qu’ils ont d’autres intermédiaires dans la plupart des pays africains. Mais j’ai choisi la première option.
 

APR NEWS : Votre voyage a duré combien de temps et quel a été votre itinéraire ?

Nous sommes partis d’Alger pour arriver à Bordj, puis Adrar. Après, Debdeb, Gadames qui est la première ville libyenne et Zintan pour enfin rallier Zabratha, ville côtière d’où nous devions embarquer pour l’Europe. Le matin du 20 novembre à 6h, nous avons embarqué sur un canoë gonflable. Nous étions 144 à bord. Et à partir d’un moment notre canoé prenait l’eau de toutes parts car il était en mauvais état. Nous avons donc demandé de l’aide à des pécheurs libyens qui n’ont pas répondu à notre alerte. Ce n’est qu’aux alentours de 23 heures que la marine libyenne est venue à notre secours. Nous pensions qu’ils avaient été informés par les pécheurs Apres notre arrestation, le 07 mai, nous avons étés trainés de prisons en prisons. De Zabrata, nous sommes passés à Zaouia pour enfin atterrir à Garyan. Nos conditions de détention étaient inhumaines. Imaginez-vous, nous étions une centaine emprisonnés dans un container. J’ai cru que j’allais mourir. 

On nous donnait un morceau de pain par jour. L’eau venait par accident. Nous étions constamment battus pour une raison ou une autre. Et ceux parmi nous qui avaient besoin de soins mourraient sous nos yeux. Nous ne recevions aucun soin ce qui entrainait des morts. Il y avait au moins un décès chaque semaine. Nous étions enfermés toute la journée dans la chaleur suffocante du désert. La seule fois ou nous avons été sortis, c’était pour nous dépouiller de tout : téléphone, argent et autres objets précieux. Nos geôliers étaient sans cœur.


APR NEWS : Comment êtes-vous rentrés chez vous et qui a payé pour votre libération ?

ASD : Ça été un coup de chance pour moi. En fait, le petit frère de mon intermédiaire en Algérie et sa copine faisaient partis du voyage. Lorsque le frère à mon compagnon d’infortune s’est rendu compte que son cadet n’avait pu regagner l’Europe, il a alerté tous ses contacts arabes en Libye qui ont appelé dans toutes les prisons pour le retrouver. Ensuite il a versé la somme de 2000 dinars libyens soit environ 800 000 FCFA, pour obtenir sa libération. C’est ce dernier qui, une fois arrivé en Algérie, a convaincu son ainé de payer ma rançon tout en lui promettant que j’allais la lui rembourser. 
Chose que je n’ai malheureusement pu faire jusqu’aujourd’hui faute de moyens. J’ai été libéré le 02 juillet et ce n’est que le 21 juillet que je suis revenu à Alger.
 

APR NEWS : Comment êtes-vous rentré en Guinée ?

ASD : Arrivé en Algérie où j’ai passé deux mois, j’ai contacté des ONG, les médias et l’OIM (Organisation Internationale pour les Migrations) pour attirer leur attention sur ce qui se passait en Libye. J’avais beaucoup de peine pour ceux qui étaient encore captifs dans les prisons libyennes. Je voulais rentrer chez moi. Après plusieurs démarches infructueuses auprès de tous ces organismes, ce sont encore des amis qui m’ont acheté le billet pour la Côte d’Ivoire. J’ai dû passer par Abidjan car il n’y avait pas de vol direct Alger-Conakry. Une fois en Côte d’Ivoire, c’est la représentante de l’OIM-Guinée qui m’a envoyé un billet d’avion et 50 euros pour que je rentre chez moi à Kankan, (deuxième ville du pays).

De retour au pays, l’OIM m’a d’abord prodigué des soins, et m’a ensuite demandé de choisir une activité qu’ils financeraient. J’ai élaboré un projet de ferme  avicole de poules pondeuses. Ce projet a été remis à un cabinet par leurs soins pour étude. Je suis donc dans l’attente de la réponse et j’ai foi que je serai financé parce que cette organisation a déjà aider beaucoup de jeunes à s’installer à leur propre compte.


APR NEWS : Connaissez-vous des potentiels candidats à l’immigration clandestine ?

ASD : Oui, je connais des gens ici à Kankan qui veulent partir. Et malgré tout ce que je leur dis, ils ne sont pas découragés. Même quand je suis retourné en Algérie après mon échec en Libye, il y a des camarades qui m’ont encouragé à y retourner afin de poursuivre le voyage.

Ce qui se passe aujourd’hui est déplorable. Mais je tiens à dire que c’est la même situation que vivent  les noirs dans tous les pays arabes. En Algérie ou j’étais, des noirs travaillent des mois sans être payés. Ils sont exploités et n’ont aucun recours en cas d’abus. Cette situation est aggravée par le racisme qui est très visible là-bas. Par exemple, dans le bus, quand un noir occupe une place il n’a aucun voisin arabe. Même lorsqu’il descend, personne n’occupe le siège.

Je voudrais profiter de l’opportunité que m’offre APR news pour lancer un appel aux pays africains. Je les invite à s’organiser pour rapatrier leurs ressortissants condamnés dans l’enfer libyen. Une fois j’ai même vu deux ivoiriens, un de Daloa et l’autre de Bouaké se faire passer pour des guinéens afin de faire partie du contingent de guinéens qui devait regagner Conakry.


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1.Posté par mousseul le 23/11/2017 23:22
Pour parler vrai, au Maghreb et encore moins dans les pays du Golfe, les Africains sont traités comme moins que rien. Tous les Gouvernants d'Afrique le savent, mais ils feignent de ne pas savoir par esprit mercantile et par lâcheté. C'est désolant.
Ces pays proclamés musulmans se comportent comme des esclavagistes avec les Africains qui y travaillent. Ces princes de pacotille sont pires que les méfaits de Satan. Leur hypocrisie me donne la nausée !
Ah, si les Africains avaient la fièreté et les moyens de déguerpir de ces pays arriérés du 21e siècle, ce serait le paradis sur terre pour moi. Je le souhaite vivement et de tout mon coeur. Amine Ya Rabbi.

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