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Coumba Gawlo : «L’histoire de mes trois filles…»


Rédigé par DakarFlash.com, le Mardi 26 Novembre 2019 || 453 partages || 0 commentaires

Coumba Gawlo : «L’histoire de mes trois filles…»

On connaissait sa force, sa hargne… Aujourd’hui, on la découvre sous un nouveau jour, avec ses fragilités et une candeur touchante. Sous le masque de la femme leader, il y a la Coumba Gawlo, d’une sensibilité à fleur de peau. La preuve par cet entretien à bâtons rompus où elle raconte pour la première, son histoire d’amour avec ses filles adoptives, ses derniers instants avec son défunt père, entre autres…

Où en êtes-vous avec la promotion de votre dernier album «Terrou Waar» ?

La présentation de l’album suit son cours. Nous sommes en plein dedans, d’où le démarrage très prochainement du «Terrou Waar», à compter de ce 30 novembre. Nous serons au Musée des civilisations noires. C’est la première fois qu’un show artistique s’y tient. Ce qui n’est pas fortuit par rapport au cadre, au contexte et à l’image de l’album, il n’y a pas mieux que le Musée. Au mois de décembre, le 7 précisément, nous serons au stade Caroline Faye de Mbour. Le 21, ce sera à la communauté de Noto Diobass de communier avec nous. Le reste de l’année sera consacré aux enfants. Depuis quelques années déjà, un programme spécial leur est dédié avec des arbres de Noël. Je peux dire que j’ai démarré ma carrière avec ça. Et pour boucler la boucle, nous irons à Sandiara. Il est aussi prévu que nous fassions des sorties dans la sous-région et en Europe.

Etes-vous satisfaite de l’accueil que lui ont réservé les sénégalais ?

J’en suis très contente. L’album «Terrou Waar» est une nouveauté en terme de concept, d’idée, de création, de chalenge, mais aussi de partage et de solidarité parce que c’est un album très fédérateur. Compte tenu de tout cela, le public l’a reçu et acclamé.

Ces dernières années, la tendance musicale est à l’afro-beat. La plupart des artistes sénégalais s’y sont alignés, là où vous, vous avez choisi de mettre en avant les sonorités et rythmes africains ? Pourquoi ce choix ?

J’aime le terroir et je trouve que l’Afrique a une richesse extraordinaire. Pourquoi aller puiser ailleurs quand on a soi-même quelque chose ? Maintenant je ne dis pas que les autres musiques et cultures ne sont pas belles et qu’il ne faut pas aller puiser ailleurs. J’ai eu à le faire à travers d’autres albums. Seulement, «Terrou Waar» était une priorité artistique. Un artiste ne doit pas être cloisonné, il doit être libre, avoir des ailes et pouvoir voler.

Tous les jours, on assiste à la naissance de nouveaux chanteurs qui disparaissent, comme des éphémérides. Qu’est-ce qui l’explique ?

La raison est toute simple. Ces artistes peuvent-être talentueux et ne pas avoir un bon encadrement. Une carrière est une course de fond et on doit avoir du souffle. Il est très important que ces artistes fassent au préalable, un travail de recherches, d’écritures, de réalisations artistiques. Ils doivent vraiment suer. En sus du travail, il faut qu’ils se dotent d’un encadrement de qualité. Pour éviter d’avoir une carrière éphémère, un artiste se doit d’être exigeant. Un artiste a toujours quelque chose en lui, un génie créateur, mais il faut derrière tout un staff, de bons auteurs, compositeurs, directeurs artistiques. La communication, le marketing, le management compte tout autant. S’il y a toute cette équipe autour, il est clair que quel que soit son âge, l’artiste aura des chances de réussir.

Sur un registre plus personnel, il y a deux ans votre père était arraché à votre affection. Etes-vous parvenue à faire le deuil ?

On ne fait jamais le deuil d’une personne aussi proche. Un père est un être cher. Mon père a beaucoup compté dans mon existence. Il m’a tout appris. Il m’a forgée. Il était comme un militaire, je devais sans cesse travailler, sans me lamenter. Même dans le choix de mes tenues et coiffures, il ne me laissait pas de répit. Dans ma relation avec les gens, dans mon comportement en tant qu’enfant, dans ma manière de m’assoir. Mes parents étaient impliqués dans tout mon univers et mon père plus encore. Il me conduisait au salon de coiffure et choisissais lui-même mes tresses. J’étais en quelque sorte son égérie, sa muse, son espoir. J’étais celle qui devait travailler pour sortir aider les miens. Je ne pourrais jamais faire son deuil.

Parfois, j’ai des flashs et je me dis que si je savais, j’allais en profiter plus. Les valeurs que mes parents m’ont léguées me donnent une force et me permettent de résister à toutes tentations, de supporter et d’avancer. Quand il était malade, j’étais avec lui à l’hôpital. Je ne m’attendais vraiment pas à sa mort. J’avais l’espoir qu’il allait se relever, malgré le diagnostic des médecins. Mais c’est la vie, il faut l’accepter.

A travers les réseaux sociaux, on a découvert une Coumba émotive, taquine en compagnie de ces filles adoptives. Est-ce facile pour une artiste de cultiver et surtout d’entretenir des liens aussi étroits avec ses enfants ? Encore plus si elles sont adoptées ?

Je pense qu’il n’y a pas plus humain que l’artiste. Il a du cœur, il partage ses émotions et est plus à même de donner de l’affection aux autres et à ses proches. J’aime bien les enfants et il se trouve que les miens, sont des filles. Il existe une complicité mère-fille, même si je suis du reste, très exigeante. Parfois, Dior, la plus âgée, me le reproche et me rappelle qu’elle a 17 ans et tout. Je ressens beaucoup de compassion à leur endroit, un amour et un attachement sans faille. Je m’organise toujours pour passer du temps avec elles. En semaine, j’ai un agenda de folie, lorsque j’ai un moment j’en profite pour leur faire plaisir et me faire plaisir aussi. Ne serait-ce que pour marcher un peu, aller à la plage ou en vacances avec elles. Je fais de mon mieux pour être proche d’elles et discuter. Les filles, c’est assez délicat, surtout lorsqu’elles arrivent à l’adolescence. C’est à ce moment-là, qu’il y a des idées noires dans la tête. Le corps change, on se découvre, on se pose des questions. Il est très important de pouvoir leur apporter des réponses ou anticiper même sur ces questions et des choses qu’elles pourraient faire par ignorance. De nos jours, la vie devient de plus en plus compliquée avec l’avènement des réseaux sociaux. Il faut être très regardant dans l’éducation des enfants.

Qu’est-ce qui se cache derrière l’histoire de Coumba Gawlo et ses filles ?

C’est une vraie histoire d’amour. Pour la petite histoire, mon jeune-frère qui me suit a perdu son épouse. Celle-ci est décédée très jeune, à l’âge de 30

ans. Sur son lit de mort, elle avait émis le vœu que ce soit moi qui garde ses enfants lorsqu’elle ne serait plus de ce monde. Elle savait qu’elle allait partir et m’a confié cette mission-là. De son vivant, elle a vu comment j’éduque mes enfants et l’affection que je leur porte. Mon jeune-frère a respecté sa dernière volonté. Quoi que l’on dise, ce sont mes enfants. Il se trouve que je m’entendais bien avec elles, quand elles étaient en France. Je les aime comme si elles étaient sorties de mon ventre et elles me le rendent bien. Voilà 8 ans qu’elles sont dans ma vie. Tout cela est une question de destin. Mais ce qui est certain, c’est que je ne pourrais jamais leur faire oublier la perte de leur mère. Je ne peux qu’essayer de leur donner le peu que j’ai.

Les stars sont souvent mises sur un piédestal. On a tendance à leur ôter leur part d’humanité, leurs joies et peines. Comment définiriez-vous la sœur, la mère que vous êtes sous le masque de la femme forte que vous incarnez ?

Je suis une personne d’une grande sensibilité, mais aussi très fragile. Je reste un être qui peut pleurer parce que je vois l’autre souffrir et suis dans l’impossibilité de lui venir en aide. Avec tous les défis et les combats que la vie met devant moi, je ne peux pas me permettre de mettre en avant mes fragilités. Je dois me battre car j’ai des responsabilités et toute une famille à prendre en charge. Je suis en quelque sorte une référence auprès des femmes, aux yeux du monde. Pour cela, je dois tenir comme un roc. Si j’ai envie de flancher, je le fais seule et je retourne dans ma réalité de femme forte, de leader qui doit impulser d’autres.

Justement, les violences faites aux femmes sont devenues monnaie courante sous nos cieux. Les épouses meurent sous les coups de leurs conjoints…

Les violences faites aux femmes m’attristent au plus profond de moi-même pour la simple et bonne raison qu’elles sont répétitives. Même si les auteurs sont condamnés, il y a toujours ces violences. Il est temps que le sort des femmes soit pris à bras le corps, avant tout par elles-mêmes. Il faut qu’elles osent parler et ne pas se soucier des préjugés de la société. Si une personne tue une autre volontairement, qu’elle soit tuée à son tour, en dissuadera beaucoup.

Vous êtes donc pour le retour de la peine de mort ?

Oui, si c’est le seul moyen. L’homme est ainsi fait, il aime les sanctions et il faut que justice soit faite. On ne peut pas continuer à tuer banalement des êtres humains comme si c’étaient des animaux. Même l’opinion ne s’alarme plus autant face à tous les cas de meurtres de femmes parce que c’est devenu récurrent. Les familles des victimes n’ont que leurs yeux pour pleurer. Je peux comprendre que dans ton couple, tu trimes, tu acceptes de supporter ton conjoint parce qu’il n’a pas les moyens. Ma mère, je l’ai vu supporter et des millions de femmes dans ce pays le font. Mais quand ça va jusqu’à ce qu’un homme lève la main sur toi, là ça devient grave, il faut partir. En amour, s’il n’y a pas de respect, de considération, cela ne sert à rien. Le fait d’être violentée devant ses enfants et qu’on en arrive à retourner cette violence avec des injures, disputes, de l’agressivité, ce n’est pas bon pour les enfants. Ils ont des chances de recréer le même schéma, de devenir des agresseurs, des bandits…

Ne serait-ce pas mieux de revoir l’éducation des hommes dans la société sénégalaise où les filles font tout le travail, au moment où les garçons sont traités comme des rois ?

Non seulement la fille se tape tout le boulot, mais le garçon lui rajoute même du travail avec le bol qu’il va tranquillement déposer sans le laver. Certains hommes n’ont même pas l’habitude de dire «s’il te plait», quand ils commandent une chose. Ils sont autoritaires parce que dès le bas-âge, ce sont les filles qui font le ménage, la chambre… Lorsqu’une femme est donnée en mariage, on lui dit d’être résiliente à tout. Je pense que les parents sont responsables, il faut qu’il y ait équité dans l’éducation. Il faut plus de compassion dans l’éducation. Mais dans nos sociétés, un homme qui aide sa femme à la cuisine est même mal vu.

Votre carrière dure depuis 30 ans maintenant. Vous avez tout gagné. Qu’est-ce qui fait encore courir Coumba ?

Le travail, la passion, l’envie de continuer à travailler. Je dis souvent à mes amis que je me reposerais quand je serais partie à l’endroit où c’est mentionné Ici repose… Nous sommes sur terre pour une mission bien définie. Je continue ma mission. Le jour où ça s’arrêtera, quelqu’un d’autre prendra la relève.


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