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Du décisif discours de De Gaulle au coup de poignard de Sarkozy: Macron va-t-il faire du Hollande ou du Sarkozy?


Ce samedi, troisième et dernier jour de la visite de Macron au Sénégal. Au programme du Président français : une visite à Saint-Louis, qui sera ponctuée par un discours à la Place Faidherbe. Avant l’actuel locataire de l’Élysée, sept de ses prédécesseurs ont respecté la tradition de l’adresse au pays hôte. Avec plus ou moins de tact et de succès.

Rédigé par DakarFlash.com, le Samedi 3 Février 2018 || 46 partages || 0 commentaires

Août 1958 : De Gaulle agacé

L’histoire des discours des Présidents français à Dakar a démarré le 26 aout 1958 avec Charles de Gaulle. Ce jour-là, alors que la France organisait un référendum sur l’indépendance dans ses colonies, le Général débarque à Dakar. Face à la débordante aspiration à la l’indépendance qui s’était emparée de la Place de Protêt (Place de l’indépendance), le Président français, agacé, amer, dit : «Je veux dire un mot aux porteurs de pancartes. S’ils veulent l’indépendance, qu’ils la prennent le 28 septembre.»

Une phrase qui donnera le ton de la marche irréversible vers l’indépendance.

Février 1971 : Pompidou, «l’avocat de l’Afrique»

Treize années après de Gaulle, Georges Pompidou arrive au Sénégal le 5 février 1971 pour une visite de trois jours. Il est accueilli dans la liesse, sous le rythme des tam-tams. C’était la veille de la fête de Tabaski. Pompidou se présente comme «l’avocat de l’Afrique». Il plaide : «Ma présence à vos côtés témoigne de la reconnaissance d’un passé dont nous pouvons être fiers, et de notre volonté, de marcher vers l’avenir par les chemins de la coopération.»

Avril 1977 : L’aveu de Giscard

Valéry Giscard d'Estaing, qui succède à Pompidou, effectue au Sénégal sa première comme Président de la France en avril 1977. Venu dans le cadre de la Conférence franco-africaine, Giscard d’Estaing est porteur d’un discours clair sur la responsabilité de la France dans le passé douloureux de son ancienne colonie.

Il dit : «Lorsque les français ont abordé, il y a 4 siècles, au voisinage de Saint-Louis, votre continent, ils ne l'ont pas fait dans un mouvement de philanthropie. Mais, dans un mouvement qui était celui du processus historique de leur époque, où la curiosité, pourtant forte, n'était pas le sentiment dominant et ou sans doute l'intérêt ou les intérêts jouaient aussi leur rôle. Et d'ailleurs, à cet égard, ils préfaçaient l'effort vers ce qu'il est convenu d'appeler aujourd'hui le commerce triangulaire.»

Giscard n’a pas manqué de saluer l’excellence des relations franco-sénégalaises : «Je ne crois pas qu'il y ait à l'heure actuelle dans le monde beaucoup d'exemples de simplicité, de réciprocité, d'intérêt et d’égalité dans les relations humaines et internationales qui puissent se comparer à celles du Sénégal et de la France.»

Mai 1982 : Mitterrand et la dette de la France

Après Giscard, Mitterrand. Le Président français, élu en 1981, arrive à Dakar un an après son élection. Le 25 mai 1982, il choisit Saint-Louis pour s’adresser au Sénégal. Macron en fera de même ce samedi.

Mitterrand dit : «Le Président français ne peut pas oublier l'immense contribution des populations africaines à l'édification de la France contemporaine. Le prix élevé que tous ces hommes ont payé pour leur attachement à la France donne droit à notre reconnaissance dans les mots et à notre reconnaissance dans les actes.»

Le Président socialiste reconnaît que la France a «une dette de reconnaissance envers les anciens combattants». Ce qui le pousse à rétablir le principe de la reversion des pensions des anciens combattants, qui a été supprimé : «Des dispositions seront prochainement adoptées pour augmenter les pensions. Nous nous attacherons également à poursuivre la politique d'harmonisation des taux.»

L’harmonisation n’interviendra qu’en 2011.

Février 2005 : Chirac «l’Africain»

Après Mitterrand, Jacques Chirac. Surnommé « Chirac l’Africain », tant il revendiquait un attachement sa faille au continent. Arrivé à Dakar en février 2005, il sera chaleureusement accueilli. Jacques Chirac promettra la réfection du Pont de Faidherbe. Qui ne se matérialisera qu’en 2011.

Juillet 2007 : Et Sarkozy entra dans l’histoire !

Le 26 juillet 2007, Nicolas Sarkozy, en visite à Dakar deux mois après sa brillante élection à la tête de la France, prononce un discours à l’Ucad. «Le drame de l'Afrique, c'est que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire, ose le Président français dans une salle bondée. Le paysan africain qui, depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l'idéal de vie est d'être en harmonie avec la nature, ne connaît que l'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.»

Très en verve, Sarkozy poursuit : «Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine, ni pour l'idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, l'homme échappe à l'angoisse de l'histoire qui tenaille l'homme moderne mais l'homme reste immobile au milieu d'un ordre immuable où tout semble être écrit d'avance (…) Le défi de l'Afrique, c'est d'entrer davantage dans l'histoire.»

Tollé ! Indignation ! Condamnations ! Et une série de répliques…

Octobre 2012 : Le rattrapage de Hollande

Cinq ans après le Discours de Dakar, signé Sarkozy, et le tollé qu’il a suscité, il fallait éteindre le feu, se rabibocher avec un continent blessé. La tache incombera à François Hollande, premier Président français socialiste depuis Mitterrand. Il ne se fera pas prier : «C’est ici, en Afrique, que vont se produire les plus grandes évolutions : évolution démographique, qu’il va falloir maîtriser, évolution économique parce que c’est un continent plein de richesses et donc de potentialité de croissance. L’Afrique est non seulement dans l’Histoire, mais l’Afrique est aussi une partie de notre avenir.»

Lequel de ces discours, dans le ton comme dans le fond, inspirera Macron ce samedi à Saint-Louis ?

Réponse dans quelques heures. 

 
 

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