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Enquête : l’affaire Cheikh Tidiane Gadio ou la guerre totale Chine-USA pour le contrôle du pétrole tchadien


Rédigé par DakarFlash.com, le Lundi 18 Décembre 2017 || 73 partages || 0 commentaires

Ce 18 décembre 2017, la justice américaine doit décider de relaxer ou de poursuivre Dr Cheikh Tidiane Gadio, 61 ans, député au Sénégal, chef du Mouvement panafricain et citoyen Luy Jot Jotna (MPCL) et candidat malheureux aux présidentielles de 2012. Interpellé le 17 novembre 2017 alors qu’il séjournait aux USA, l’ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères (2000-2009), président de l’Institut panafricain de stratégies (IPS), a été inculpé, le 20 novembre 2017, de corruption, blanchiment et, fait gravissime au pays de Donald Trump, d’atteinte aux intérêts américains. Il s’agit là de la face cachée de l’iceberg.
 

Dans le fond, l’homme politique sénégalais  (en liberté sous caution depuis le 28 novembre) est au centre d’une rivalité sino-américaine sur des blocs pétroliers tchadiens. L’actuel secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson, qui fut PDG d’Exxon Mobil entre 2006 et 2016, avait essuyé une lourde amende au Tchad.

En 2009, son groupe est épinglé par Ndjamena qui l’accuse d’avoir pendant dix ans remplacé le taux de redevance pétrolière fixé à 2% par 0,2 % du chiffre d’affaires, économisant ainsi des milliards de dollars. Exxon Mobile a écopé d’une amende de 74 milliards de dollars (40 000 milliards de Franc CFA), un record dans les annales de l’exploitation pétrolière au Tchad et en Afrique. Le montant sera finalement ramené à 500 milliards de FCFA mais le mal était fait. La sanction a terni la réputation d’Exxon Mobil et de son patron.

La montée en force de la Chine

A l’instar de toutes les multinationales américaines, Rex Tillerson assistait à la montée en puissance des entreprises chinoises au Tchad depuis 2007. Les blocs d’exploration et d’exploitation tombaient les uns après les autres dans le cadre d’une politique dite de rééquilibrage engagée par Ndjamena.
Le rouleau compresseur chinois allait contre toute attente rencontrer sa première grosse crise. Accusée de pollution, la China National Petroleum Company (CNPC) est condamnée à une amende de 1,2 milliard de dollars pour violation des réglementations environnementales. L’entreprise fait recours à la médiation.

L’amende est ramenée à 400 millions de dollars en plus d’une rétrocession de 10% des droits au profit du Tchad pour le bloc H.
Confronté aux difficultés financières, le Tchad met en vente les 10% de son pétrole par le biais de négociations directes. Aucune entreprise occidentale et à fortiori américaine n’était intéressée à prendre part dans une joint venture détenue par une entreprise chinoise à 90%.

C’est ainsi qu’en septembre 2014, China Energy Fund Committee, la société CFC de Patrick Ho Chi-ping (ex-Secrétaire des Affaires intérieures du gouvernement hongkongais entre 2002 et 2007, co-accusé dans cette affaire) mandatée par CEFC China Energy, une entreprise basée à Shanghai, prend contact avec Cheikh Tidiane Gadio, via son cabinet Sarata International, mis en place au début de
la décennie 2010 pour, avance-t-on du côté de ses amis, «formaliser ses actes de médiation».

Un mandat est dûment confié au cabinet de Gadio pour jouer les bons offices entre CEFC China Energy et le président Idriss Déby. L’objectif est d’acquérir les fameux 10% mis en vente par le Tchad. Autrement dit, CEFC China Energy souhaite devenir partie prenante d’une joint- venture aux côtés de la China National Petroleum Company.

En paiement de sa prestation (il s’agit bien d’un paiement et non d’une commission), le cabinet Sarata perçoit 400 000 dollars. L’argent n’est pas viré aux USA mais à Dubaï où Sarata disposait d’un compte désormais fermé. Cheikh Tidiane Gadio n’a jamais perçu le virement aux USA.

L’argent parti de HSBC Hong Kong a été viré à la Mashreq Bank Dubaï. La trace de ce Swift, elle, est conservée à la Nost Rose. Est-il besoin de le rappeler, le FBI a accès à tous les mouvements de capitaux dans le monde (surtout ceux effectués en dollar) grâce à ce système de correspondant banking. Il serait, à la lumière de nos investigations, erroné de soutenir que le paiement de Gadio a été viré aux USA.

Deuxième acte de la médiation, la dite tentative de corruption du chef d’Etat tchadien. Selon le document envoyé par l’ONG chinoise et dont Financial Afrik a une copie, les 2 millions de dollars qui auraient été versés au chef d’Etat tchadien représentaient une donation destinée à l’assemblée nationale tchadienne. Ce qu’on peut reprocher à Gadio à ce niveau c’est le fait d’avoir relu le document chinois (envoyé en Français) et de l’avoir corrigé.

C’est fort de ce document mentionnant le transfert des fonds en question à l’assemblée nationale tchadienne que le président Idriss Déby a réfuté, le 28 novembre dernier, lors de son discours célébrant les 59 ans de l’indépendance de son pays, toute corruption, dénonçant une tentative de déstabilisation du Tchad.

«Votre frère, votre président, est blanc comme mon habit, il n’a pas volé, il n’a pas été corrompu et il ne sera jamais corrompu. (…) De toutes les entreprises ou les partenaires qui ont travaillé au Tchad, qui peut me reprocher de m’avoir donné un seul dollar ? Cet acharnement obéit
à un agenda caché qui vise à détruire le Tchad», a fustigé le président Idriss Déby, qui assure que «le Tchad est souverain,
et la souveraineté du Tchad ne se marchande pas ».

Pour le moins, la rivalité sino-américaine sur le Tchad est aujourd’hui à son comble. Le rapport de force initialement en faveur des USA (alors destinataire de 70% du pétrole tchadien) s’est progressivement renversé au profit de l’Empire du Milieu. Pour rappel, en 2000, lors de la construction du pipeline tchadien sur plus de 1000 km, Exxon Mobil en contrôlait 40% dans le cadre d’un consortium comprenant Chevron (épinglé aussi), Petronas, la Banque Mondiale et la SFI.

Et pour ne rien arranger aux choses, un nouveau pipeline de 300 km a été attribué à des groupes chinois il y a quelques mois sous fond de fortes rivalités sino-américaines. Le gazoduc devrait relier Sédigui à Djarmaya (sortie nord de Ndjamena) où seront installées entre autres une unité de purification de gaz et des cuves de stockage. Ces rivalités sur le pétrole tchadien sont-elles à l’origine des tensions entre Ndjamena et Washington?

Quand le patron d’Exxon est nommé au Foreign Office, en 2016, le Tchad, premier contributeur militaire dans la lutte anti-terroriste en Afrique de l’Ouest, est placé dans …la liste des États souteneurs du terrorisme. Des missions de bons offices sont entreprises depuis pour infléchir l’administration Trump. Washington allait revoir son «erreur d’appréciation» au courant de ce mois de décembre grâce à un lobbying  mené par plusieurs personnalités dont Cheikh Tidiane Gadio.

Le député sénégalais s’était rendu aux USA quelques semaines avant son arrestations pour plaider le retrait du Tchad, pilier du G5 et de la lutte contre AQMI. Dans cette ultime médiation, Gadio avait actionné tous ses réseaux réputés proches de Hillary Clinton.

Aussi, sa brusque arrestation semble, au delà de la prétendue filature  du FBI, remonter à un Secretaire d’Etat qui a beaucoup de mal à rentrer dans son nouveau costume de diplomate.
N’étant pas américain mais titulaire d’une Green Card, Gadio est la victime collatérale de la guerre sino-américaine pour le contrôle du pétrole tchadien. Les déclarations du Général Seck, ancien ambassadeur du Sénégal aux USA (son ordre de remplacement avait été signé par Cheikh Tidiane Gadio en 2000), devant les parlementaires sénégalais, sur une prétendue nationalité américaine du président de l’IPS, sont sans fondements croit savoir une source proche du dossier.

Bref, le dossier judiciaire de Cheikh Tidiane Gadio est désespérément vide ( à moins que les USA ne déclarent le lobbying désormais hors la loi, eux qui en sont les maîtres) et lui fait rassembler à un otage plutôt qu’à un prisonnier.

Qu’il soit député africain et non américain n’enlève rien à la condition présente de celui qui déclarait que la seule nationalité qu’il souhaiterait avoir, à côté de la sénégalaise,  est la panafricaine. Panafricaniste, une profession de foi qui a valu la potence à beaucoup de dirigeants du continent.


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