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La rumba millésimée de Bumba Massa


Étincelante, séduisante sinon charmante, la musique afro-cubaine que Bumba Massa met à l’honneur sur son nouvel album V70 a le gout de la rumba authentique, celle que le chanteur congolais a connue, avant de l’interpréter avec les plus grands et de participer ensuite à sa renaissance au début des années 2000 avec le groupe Kekele.

Rédigé par DakarFlash.com, le Samedi 13 Janvier 2018 || 50 partages || 0 commentaires

La rumba millésimée de Bumba Massa
 

Tous les Fally Ipupa  et autres stars actuelles de la musique congolaise n’y pourront rien : Bumba Massa, 72 ans sans en avoir l’air, n’a aucune envie de raccrocher. « Je ne vais pas arrêter ma carrière parce qu’il y a aujourd’hui une autre génération qui est là et qui fait de la rumba autrement ! » assure avec détermination le chanteur congolais.

Dans sa voix teintée de malice comme dans son attitude, on sent poindre l’envie de montrer à la relève ce dont il est capable sur le plan artistique à travers ce nouvel album V70, baptisé ainsi pour désigner les valeurs d’un septuagénaire – et qui évoque le V12 de Koffi Olomide, disque phare de son compatriote dans les années 90.

Avec ce projet, il rappelle également les fondamentaux du genre, et assume un parcours aussi loin d’être linéaire qu’il s’est avéré riche en expériences. « À chaque fois que j’étais dans un orchestre et que ça ne me convenait plus, je partais. Je me suis rendu compte que c’est grâce à ça que j’ai appris beaucoup dans la rumba congolaise », relève-t-il. Et qu’il a su durer, traverser le temps, contrairement à la plupart de ses congénères incapables de rebondir, figés dans une époque.

« Je sais d’où je viens », lance-t-il en guise d’explication, avant de remonter dans le passé : « En 1955, quand le roi Baudoin (du royaume belge, NDLR) est arrivé à Léopoldville, j’ai défilé avec mon école. En 1960, il est venu pour l’indépendance eu Congo et j’étais là, devant le building administratif de la fonction publique. Il est revenu en 1970 et je suis allé à l’aéroport pour l’accueillir, avec ma petite voiture, une Fiat décapotable. Tout le monde ne peut pas dire qu’il y était ! »

Témoin de l’histoire qui s’est déroulée sous ses yeux, il en a également été acteur, tout au moins pour son volet musical, en prenant part à de nombreux orchestres qui ont façonné la rumba, l’ont inscrite dans le patrimoine culturel du pays et l’ont partagée avec le reste du continent, voire même au-delà. Certains ont joué un rôle décisif dans son évolution personnelle, comme Conga 68 emmené par Jean « Johnny » Bokelo : c’est sur les conseils de ce chanteur guitariste populaire que Bumba Massa a commencé à s’illustrer dans un registre vocal plus large et osé exploiter davantage sa voix puissante. Puis auprès de Vicky Longomba, son « idole », qui vient le chercher en 1972 pour le rejoindre dans la formation qu’il vient de monter, Lovy du Zaïre, et à qui il ne manque pas de rendre hommage aujourd’hui avec le morceau Souvenirs Vicky Longomba.

L’ascension se poursuit quand, à son tour, Franco, patron de l’OK Jazz, le recrute au moment où son orchestre, dont le nom se confond parfois avec la musique congolaise post-indépendance tant son empreinte est profonde, célèbre ses vingt ans. Mais suivre un chemin « déjà tracé » par un autre nécessite une adhésion totale.

L’aventure Kekele

Lorsqu’il se sent mis « en difficulté de s’exprimer en tant qu’interprète ou compositeur » avec un répertoire qui ne correspondait plus à sa sensibilité, Bumba Massa préfère suivre son instinct solitaire. Dernier exemple en date, Kekele. Réuni par l’entremise du producteur sénégalais Ibrahima Sylla, personnage incontournable de la musique africaine durant plus de trois décennies, ce all stars de vétérans congolais installés en France a redoré le blason de la rumba d’antan dans les années 2000. Malgré le succès rencontré par la formule et après deux albums, Samuel « Massa » Bumba a tenu à reprendre sa liberté, celle qui lui a permis de se faire un nom au début des années 80. À l’époque, il avait quitté Kinshasa au Zaïre pour s’installer à Lomé, la capitale du Togo, où les conditions techniques d’enregistrement étaient meilleures (un studio quatre pistes au lieu de deux pistes rudimentaires !). Gare à toi, qu’il a repris sur son nouvel album figurait à l’origine sur son premier 33 tours paru en 1981. Lequel sera suivi par L’argent et la femme, perle de la rumba qui circule de la Côte d’Ivoire jusqu’à Paris et le lance définitivement.

Quand les modes changent, que de nouveaux sons apparaissent, il s’adapte, en gardant cette faculté de donner à ses chansons une prestance, un langage « soigné », comme le qualifiait l’universitaire Manda Tchebwa au verso de la pochette de l’album Maria Theresa en 1988 : « Un langage fluide et pourtant fort, où les plans sonores se pénètrent sans heurts, où les voix se répondent en un chant toujours superbement plastique, et qu’éclaire de l’intérieur une flamme toujours vivace. » Trente ans après, dans le contexte très afro-cubain de V70, elle brille avec la même ardeur.

Bumba Massa V70 (Cantos/Pias) 2017

Page Facebook de Bumba Massa
En concert le 3 février 2018 au Studio de l’Ermitage à Paris


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