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Mozambique: la filiale locale de l’EI ravage deux villes du nord


Après des mois à massacrer des civils dans le nord du Mozambique, la filiale locale du groupe État islamique a franchi une nouvelle étape la semaine dernière : la prise de deux villes, sans grandes difficultés. Ce mouvement inquiète les autorités, qui ne semblent pas parvenir à enrayer un cycle de violences qui s’accentue depuis 2017.

Rédigé par DakarFlash.com, le Lundi 30 Mars 2020 || 171 partages || 0 commentaires

Dans la région du Cabo Delgado, à l’extrême nord du Mozambique, on a pris l’habitude des attaques du groupe islamiste qui ravage la région depuis 2017. Pourtant, lundi dernier, le 23 mars, les membres d’Ansar al-Sunnah ont surpris les autorités : à 4h du matin, ils prenaient le contrôle de Mocimboa da Praia. Ils y détruisaient les bâtiments liés à l’État, les banques et pillaient les commerces. Deux jours plus tard, ils renouvelaient ce sinistre exploit à Quisanga, quelque 200 kilomètres plus au sud.
 
« C’est la première fois qu’ils attaquent des villes, deux jours de suite, explique Éric Morier-Genoud, chercheur à l’université de Belfast qui travaille sur le Mozambique. Ils ont occupé Mocimboa da Praia jusqu’à 20h puis ils sont partis. C’est un changement de tactique de leur part et une véritable démonstration de force. »
 
Branche locale de l’État islamique
 
Ansar al-Sunnah est connu dans la région sous le nom d’« al-Shabab », les « jeunes », bien que cela n’ait rien à voir avec le groupe actif en Somalie. En 2008, ce groupe émerge comme une secte qui revendique de pouvoir vivre sous un régime de charia, sans contact avec l’État. En 2015, il évolue dans une logique insurrectionnelle, et multiplie les violences à partir de 2017, jusqu’à prêter allégeance à l’État islamique en juillet 2019.
 
« Jusqu’en 2019, ils visent beaucoup les civils, analyse Matteo Puxton, fin connaisseur de l’État islamique et de ses différentes émanations, contraint de travailler sous pseudonyme à la suite de menaces. Puis ils ont commencé à s’attaquer aux forces de sécurité, en tendant des embuscades, des attaques sur les routes et même sur des positions fixes. »
 
Les membres de ce groupe portent désormais tous des tenues camouflées et sont systématiquement équipés de fusils d’assaut, alors que beaucoup se contentaient d’armes blanches il y a quelques années. Un nombre croissant de leurs attaques donnent lieu à des communications officielles d’Amaq, l’agence de presse officielle de l’État islamique, dont la première en juin 2019. Depuis, ce groupe et les Forces démocratiques alliées (ADF) qui opèrent en République démocratique du Congo, forment la « province Afrique centrale » de l’organisation terroriste. Il ne semble pourtant pas y avoir de liens ou d’échanges concrets entre eux.
 
« Ils se consolident sur leur territoire, confirme Éric Morier-Genoud. La crainte, c’est qu’ils progressent au-delà. » Les revendications de ce groupe sont pour l’instant très floues. Outre cette revendication politico-religieuse assez générale, difficile de dire ce qu’ils proposent aux populations locales. Après leur attaque à Mocimboa da Praia, ils ont distribué aux habitants l’objet de leur pillage : de l’argent et des vivres. La population, majoritairement musulmane, souffre de la pauvreté et de l’absence de l’État, dans une zone propice aux trafics en tous genres.
 
L’État mozambicain dépassé
 
Sur le terrain, les forces de sécurité semblent débordées. Lors de la plupart des attaques, les militaires sont forcés de se sauver. Fautes de moyens pour surveiller les communications et les déplacements des insurgés, ils sont contraints d’attendre que ces derniers déclenchent des assauts.
 
Dépassé, le gouvernement mozambicain a discrètement fait appel à la Russie. En septembre 2019, un détachement estimé à 200 hommes, dont on ne sait pas trop s’ils appartiennent à l’armée russe, à la société militaire privée Wagner, ou aux deux, a foncé tête baissée dans le nord pour mater les insurgés. Mal préparés, face à un adversaire qui maîtrise parfaitement le terrain, les Russes ont été obligés de se replier malgré l’appui de plusieurs hélicoptères et après avoir encaissé des pertes importantes, avec au moins une dizaine de morts.
 
Menace sur le cœur gazier du Mozambique
 
La province de Cabo Delgado est cruciale pour le Mozambique. Deux immenses blocs offshore de gaz, les réserves les plus importantes d’Afrique de l’Est, y sont exploitées par les grands géants internationaux, protégés tant bien que mal par les forces spéciales mozambicaines : Total, ENI ou encore ExxonMobil. « Ils sont très inquiets qu’il y ait des attaques sur les sites gaziers, constate Éric Morier-Genoud. Mocimba est un centre logistique important pour cette industrie, avec un aéroport et un port par lesquels transite le matériel. Avec ces attaques, les choses se compliquent. »
 
Le 22 février dernier, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, s’est rendu à Maputo pour parler notamment de lutte contre le terrorisme. C’était la première visite de ce type au Mozambique depuis 2002. L’État français reste discret sur la nature de ces échanges mais une source confirme à RFI que la Direction du renseignement militaire (DRM) française s’intéresse de plus en plus sérieusement à cette zone.
 

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