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Pour la Police, je m’indigne ! (Par Babacar Gaye)


Face à la vague d’indignation naissant de l’incident à la gare de Ziguinchor, je décide de ramer à contre courant. Pourvu qu’elle ne m’emporte pas dans ses profondeurs ! Un déferlement de colère et d’acharnement injustifié inonde presque tous les propos de ceux qui réagissent sur le cas du «policier gifleur».

Rédigé par DakarFlash.com, le Samedi 3 Mars 2018 || 136 partages || 0 commentaires

 

Depuis quelques jours, le commun des mortels ne démord pas et son réquisitoire est unanime : aux poteaux le policier ! Et pourtant, ce lynchage médiatique et populaire n’a pas sa raison d’être. Des incidents, il y en a toujours et dans tous les domaines, mais ils n’ont jamais bénéficié de ce traitement si singulier. Toutes les réactions qui en ont découlé ont jeté les forces de l’ordre, au premier chef le gifleur, à la vindicte populaire. Que c’est écœurant ! Avant que l’on ne m’accuse d’être avocat du diable, je juge important de préciser que la police s’en prend parfois à des innocents, peut-être de bonne foi. Durant le mois de Janvier, un cousin s’est vu interpeler à Diamagueune parce que tout simplement il s’est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Malgré son innocence et les plaidoiries de son école, il a passé une semaine en détention et a atterri même à Reubeuss avant d’être relâché. Amère expérience. Doit-on pour autant s’acharner sur ces gardiens de l’ordre parce qu’ils nous ont une fois indisposé ? La réponse est non car mieux vaut prendre un innocent que de laisser filer un coupable ; cela fait partie de la bonne marche d’un pays.

Comme à l’accoutumée, les forces de l’ordre sont généralement pointés du doigt là où elles mériteraient des honneurs. Elles sont bannies là où elles devraient être bénies.  Loin de moi, l’idée de légitimer cet acte d’un policier que beaucoup jugent déplacé mais n’est-ce pas vrai qu’in medio stat virtus. Il faut y aller avec prépondérance. Je m’indigne autant que tous, si cela peut rassurer, mais je me défends de jeter l’anathème sur ce corps aux exploits connus et rarement chantés. Serait-ce parce que nous vivons dans un pays stable et que leurs efforts dans le maintien de la paix et de la sécurité passent toujours inaperçus? La police n’est honorée par le peuple que dans des pays où règne l’insécurité ou frappés par un attentat. J’en veux pour preuves les différents soubresauts en France dont les forces de l’ordre sont sorties grandies et renforcées avec l’instauration de l’Etat d’urgence. Ou mieux, des foyers de tension comme l’Afghanistan, l’Iraq, ou même notre voisin le Burkina qui vient de subir son énième attentat. Dans ces contrées-là, les efforts des forces de défense et de sécurité sont évalués et appréciés à leur juste valeur et personne ne s’attarde sur les manquements d’un des leurs pour les vouer tous aux gémonies.

Si le rôle de la police c’est de veiller à la bonne circulation des personnes et de leurs biens, devrions-nous nous offusquer d’être interpelés, surtout en ces temps où la menace terroriste prend le peuple en otage ? En ces temps où le rapt des enfants prend des proportions inquiétantes, les citoyens se demandent où est leur police pour les sauver. Mais le paradoxe est que ces mêmes citoyens se sentent ulcérés et déshonorés d’être interpelés, questionnés et fouillés. Il faut quand même un peu de patience !  Il suffit de voir ces braves gens devant leurs casernes ou sur la route pour se rendre compte que ces préposés à la sécurité n’ont guère de répit. S’il y a dans le service public un secteur qui est à cheval sur les principes (horaires notamment), c’est bel et bien celui-ci. Des ministères, des écoles, des inspections, ferment leurs portes à certaines heures et les agents rentrent pour retrouver leur famille en toute quiétude. Une quiétude rendue possible grâce au concours des forces de l’ordre. Ce qu’il y a lieu de dire c’est que comme tout humain (parce qu’ils en sont), les hommes de tenue peuvent naviguer entre bravoure et bavure. Mais une bavure qui sort de l’ordinaire ne doit pas être assez lourde pour nous faire oublier des actes de bravoure innombrables. Ma foi, relever un policier de ses fonctions à cause d’une erreur de genre, qui pouvait se régler à l’amiable comme il est de coutume, c’est vraiment trop.

Combien sommes-nous (enseignants, chefs de service, médecins, politiques) à faire des bêtises plus graves et sans sentence pareille ? Serait-ce parce que ces agents ne sont pas des répondeurs automatiques comme les politiciens que tout est mis sur leur dos ? Est-ce que le peuple est assez discipliné pour obtempérer à la minute même où il est interpelé ? N’est –il pas compréhensible (peut-être pas justifiable) qu’un agent sous le soleil pendant des heures en soit arrivé à ce niveau d’énervement ? Voilà tant de questions auxquelles il faut nécessairement répondre pour régler cette relation conflictuelle police-citoyen. Autant, il faut travailler à humaniser davantage les hommes de tenue, autant il faut éduquer la population civile par rapports à leurs devoirs civiques. Les forces de l’ordre ne sont pas exemptes de reproches, mais la police doit rester forte et aucune mesure qui puisse l’affaiblir ne doit être prise, même pas pour plaire au peuple inconscient et insoucieux de ses devoirs. Un peuple, soutenu par des défenseurs des droits de l’homme, qui, à juste titre, ne réclame que des DROITS. Honni soit qui mal y pense !

Babacar Gaye

 


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