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Radovan Karadzic, l'ex-chef politique des Serbes de Bosnie, rejugé à partir de ce lundi


Rédigé par DakarFlash.com, le Lundi 23 Avril 2018 || 48 partages || 0 commentaires

L’ancien chef politique des Serbes de Bosnie pendant la guerre intercommunautaire, Radovan Karadzic, est à nouveau à la barre ce lundi. L’homme a d’abord été poète, président, puis guérisseur. Mais il est surtout connu pour avoir été l’un des pires purificateurs ethniques de l’histoire européenne, depuis les sauvageries nazies de la Seconde Guerre mondiale. Voici pour vous le portrait de celui que certains qualifient de ‘‘boucher des Balkans’‘.

C’est le Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux (MTPI, basé à la Haye, Pays-Bas), instance des Nations unies, qui prend le relai dans le porècs de l’ancien chef politique serbe. Le premier procès ayant été sous la houlette du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), lui aussi instance onusienne.

Radovan Karadzic avait déjà écopé d’une peine de 40 ans de prison infligée par le TPIY pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. L’ancien homme fort des Serbes de Bosnie avait qualifié ce jugement de “monstrueux” et cette décision de justice avait fait l’objet d’appel de la part des deux parties.
Aujourd’hui gagné par le poids de l‘âge (72 ans), Karadzic croupit derrière les barreaux depuis 2009, logé au quartier pénitentiaire des Nations unies, à La Haye.

L’on se souvient qu’en 2008, c’etait un Radovan Karadzic difficilement reconnaissable qui se faisait arrêter. Cela, après 13 longues années de cavale. L’homme cachait son visage derrière une grosse barbe blanche, la tête surmontée par une impressionnante chevelure, portant le nom de Dragan Dabic et se faisant passer pour un spécialiste en médecine alternative.

Les Croates et la communauté musulmane de Bosnie ont cet ancien chef politique en horreur. Qualifiés par eux comme étant un monstre mégalomaniaque (ils le désignent comme responsable de la mort de milliers de personnes, surtout civiles), Karadzic est au contraire un ‘‘heros’‘ de la guerre de Bosnie pour les Serbes.

L’américain Richard Holbrooke, maître à penser des accords de Dayton (États-Unis), l’un de ceux-là même qui ont mis fin à la guerre en Bosnie, abonde dans le même sens que les musulmans et Croates. Pour lui, l’ex-homme fort de Belgrade est “un des pires” hommes au monde. Quelques temps après l’arrestation de Karadzic, Holbrooke disait : “il croyait vraiment aux théories racistes (…) Il aurait fait un bon nazi.“

L’homme aux “mille visages différents”

“Un menteur accompli, intrinsèquement paranoïaque, un buveur invétéré qui s‘était adonné à l’alcoolisme”, voilà ce que disait à son tour (à propos de Karadzic ) le général britannique Michael Rose, commandant des forces de l’ONU en Bosnie en 1994.

Radovan Karadzic voit le jour dans la misère le 19 juin 1945 à Petnjica, un village délabré du Monténégro. Ce n’est qu‘à l‘âge de 5 ans qu’il rencontre son père pour la première fois, alors que ce dernier est emprisonné par le rigide pouvoir communiste yougoslave. Il lui est reproché d’avoir pris part au mouvement royaliste serbe des Tchetniks pendant la Seconde Guerre mondiale.

A 15 ans, le jeune homme débarque à Sarajevo et débute des études de médecine en 1964, se spécialisant en psychiatrie. Déjà à l‘époque, son mentor, le psychiatre Ismet Ceric, le décrit comme un homme possédant “mille visages différents” et souffrant vraisemblablement d’un trouble de la personnalité.

Mirsada Malagic, dont le mari et les deux fils et ont été tués lors du tristement célèbre massacre de Srebrenica (est), déclare : “en témoignant contre lui (devant le TPIY), j’ai remarqué que cet homme n’avait aucun remords.” Au cours de ce massacre resté dans les mémoires, les forces armées et milices serbes de Bosnie se sont ont brutalement attaquées aux civils, tuant environ 8.000 hommes et adolescents musulmans en juillet 1995.

Le référendum comme excuse toute trouvée pour les massacres

C’est au début des années1990 que Karadzic crée sa formation politique, le Parti démocratique serbe (SDS) de Bosnie, qui reste jusqu‘à ce jour l’un des plus importants de Serbie. En mars 1992, l’homme fait partie de ceux qui rêvent d’une Bosnie indépendante et débarrassée des autres communautés. Le référendum de la même année, ayant pour but la création de la Bosnie, est boycotté par les Serbes eux-mêmes. Excuse toute trouvée pour Karadzic, qui met en branle ses opérations militaires destructrices.

Les résultats de ces opérations sont apocalyptiques. Les troupes de l’ancien chef politique se livrent à une vaste campagne de nettoyage ethnique. Celle-ci a pour cible les non-Serbes, qui sont purement et simplement massacrés, souvent dans des conditions cauchemardesques. Environ 100.000 d’entre eux sont tués, les survivants sont expulsés de leurs maisons. Ils sont plus d’un million à perdre ainsi leur toit. Les hommes de Radovan Karadzic ne manquent pas de décharger leur folie bestiale sur les femmes, dont plus de 20.000, de divers âges, sont violées.

Slobodan Milosevic, l’ancien homme fort de Belgrade (et ancien allié de Karadzic), écarte Karadzic des négociations de paix à Dayton à la fin 1995. Voyant ses apparitions publiques limitées en juillet 1996 par la communauté internationale, le ‘‘boucher des Balkans’‘ verse dans la clandestinité. Certains affirment qu’il se cachait dans des monastères orthodoxes de la région. Nul ne l’imaginait, mais l’un des criminels de guerre les plus recherchés de la planète se terrait à Belgrade, déguisé en banal guérisseur.

Le siège de Sarajevo, qui a duré 44 longs mois et au cours duquel 10.000 civils ont péri, puis le massacre de Srebrenica, ont valu à l’ancien psychiatre sa condamnation en première instance. Mais le meneur des Serbes s’est voulu serein et inébranlable à l’anonce de son verdict. Fin 2012, il lançait aux juges du TPIY : “j’ai fait tout ce qui était humainement possible pour éviter la guerre et réduire la souffrance humaine.”

Le ‘‘boucher des Balkans’‘ était si sûr de s’en sortir, qu’il aurait même fait ses valises avant le verdict, convaincu qu’il quitterait sa cellule (le quartier pénitentiaire des Nations unies avec) le jour-même, libre comme l’air. Il s‘était lourdement trompé.


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